La souveraineté numérique et sa perte progressive

La souveraineté numérique est devenue l'un des grands enjeux stratégiques du XXIe siècle.

Pendant longtemps, l'informatique a été considérée essentiellement comme un outil technique. Aujourd'hui, cette vision est devenue insuffisante. L'informatique contrôle une partie croissante de notre vie quotidienne, de notre économie, de nos administrations, de nos communications, de notre santé, de nos infrastructures et même de notre capacité à accéder à l'information.

Celui qui contrôle les infrastructures numériques, les logiciels, les plateformes et les données possède donc une forme de pouvoir considérable.

La question fondamentale devient alors :

Qui contrôle réellement notre environnement numérique ?

Une dépendance principalement américaine et, de plus en plus, chinoise

L'Europe possède de nombreuses entreprises numériques performantes, mais elle ne dispose pas aujourd'hui de géants équivalents à l'ensemble des grandes plateformes américaines.

Une grande partie de notre environnement numérique dépend ainsi d'entreprises américaines telles que :

La Chine dispose parallèlement de ses propres géants technologiques :

Le phénomène est donc double : la France et l'Europe présentent une forte dépendance à l'égard de technologies américaines et, dans certains domaines, de technologies chinoises.

Des travaux publics français soulignent d'ailleurs explicitement que l'Europe est fortement dépendante des technologies américaines et, dans une moindre mesure, chinoises.

La souveraineté numérique ne signifie pas refuser les technologies étrangères

Il faut préciser un point essentiel.

Défendre la souveraineté numérique ne signifie pas qu'il faudrait refuser tous les produits américains ou chinois. Ce serait irréaliste.

La question est différente :

Une nation, une administration, une entreprise ou un citoyen doivent-ils conserver la capacité de changer de solution lorsqu'ils le souhaitent ?

La souveraineté repose notamment sur :

C'est précisément cette capacité de choix qui devient progressivement fragile.

Une dépendance qui se construit progressivement

La perte de souveraineté numérique ne se produit généralement pas brutalement.

Elle commence souvent par un choix parfaitement rationnel : on choisit un logiciel parce qu'il est performant, puis un deuxième logiciel compatible avec le premier, puis un service en ligne, un espace de stockage, une messagerie, un outil collaboratif ou encore une plateforme cloud.

Chaque choix paraît raisonnable pris séparément. C'est leur accumulation qui finit progressivement par créer une dépendance.

Cette dépendance peut se construire de la manière suivante :

Au bout de plusieurs années, l'ensemble peut constituer un écosystème tellement intégré qu'il devient extrêmement difficile et coûteux de le remplacer.

C'est ce que l'on appelle notamment le vendor lock-in, ou enfermement technologique.

Microsoft : l'exemple d'un écosystème complet

Microsoft constitue un exemple particulièrement important.

Dans une administration ou une entreprise, on peut retrouver simultanément :

Le problème n'est pas qu'un de ces produits soit mauvais.

Le problème apparaît lorsque l'ensemble devient tellement intégré qu'il devient extrêmement difficile de fonctionner autrement.

L'administration ne dépend alors plus d'un logiciel : elle dépend d'un écosystème complet.

Plus cet écosystème est profondément intégré dans les procédures de travail, plus le coût d'une migration augmente.

La France commence à réduire cette dépendance

Cette question n'est plus simplement théorique.

En avril 2026, l'État français a annoncé une stratégie visant à réduire ses dépendances numériques extra-européennes.

La DINUM, l'ANSSI, la Direction générale des entreprises et la Direction des achats de l'État travaillent notamment à cartographier ces dépendances et à les réduire.

L'État prévoit notamment :

Cette évolution est particulièrement significative : l'État reconnaît officiellement que la dépendance technologique peut devenir un problème de souveraineté.

Pourquoi Linux revient dans cette stratégie

Le choix de Linux ne doit pas être présenté comme une solution magique.

Passer de Windows à Linux représente une opération considérable pour une grande administration. Il faut notamment prendre en compte :

Mais Linux possède une caractéristique stratégique importante : il ne dépend pas d'un fournisseur unique pour son existence.

Il existe de nombreuses distributions et de nombreux prestataires capables de les administrer. Une administration peut donc conserver une capacité de remplacement plus importante.

La question n'est donc pas simplement :

« Linux est-il meilleur que Windows ? »

La véritable question est :

« Est-ce que l'administration peut changer de fournisseur ou de solution sans devoir reconstruire entièrement son système informatique ? »

Google : une autre forme de dépendance

Google représente un autre exemple particulièrement important.

Google n'est pas seulement un moteur de recherche. Son écosystème comprend notamment :

Mais Google possède également une caractéristique particulièrement importante : la capacité à établir des profils extrêmement détaillés des utilisateurs à partir de leurs activités numériques.

Nos recherches révèlent énormément de choses sur nous

Une recherche Google peut sembler anodine.

Mais l'accumulation de recherches peut révéler énormément d'informations.

Une personne qui recherche régulièrement :

révèle progressivement ses centres d'intérêt, ses préoccupations, ses projets et parfois ses inquiétudes.

Une recherche isolée a relativement peu de valeur. Des milliers de recherches accumulées sur plusieurs années peuvent en revanche dessiner un portrait extrêmement précis d'une personne.

La CNIL rappelle que les techniques de profilage permettent d'analyser et de prédire certains aspects du comportement, des habitudes, des préférences ou du mode de vie d'une personne.

Nos goûts, nos souhaits et parfois nos désirs

La valeur du profil numérique ne vient donc pas uniquement des informations explicitement déclarées.

Elle vient également de ce que l'on peut déduire.

Une personne ne dit pas nécessairement :

« Je suis intéressé par tel produit. »

Mais si elle effectue régulièrement des recherches sur ce produit, regarde des vidéos correspondantes, consulte des sites spécialisés et clique sur certaines publicités, son comportement révèle progressivement cet intérêt.

L'analyse de ces comportements peut permettre d'estimer :

C'est précisément le principe du profilage.

Facebook et les « likes »

Facebook a rendu particulièrement visible un autre mécanisme : le « like ».

Un simple clic sur « J'aime » peut sembler insignifiant.

Mais une succession de milliers de likes peut révéler :

La valeur ne réside donc pas dans un « like » isolé.

Elle réside dans l'accumulation et le croisement de milliers de comportements.

Nous produisons nous-mêmes une partie de notre profil

C'est probablement l'un des aspects les plus étonnants du monde numérique.

Nous fournissons volontairement une partie des informations qui permettent de nous connaître.

Nous écrivons, recherchons, regardons, achetons et partageons :

Puis les algorithmes analysent ces informations.

Recherche
+ Like
+ Achat
+ Vidéo regardée
+ Site visité
+ Localisation
+ Contact
+ Publication
        ↓
Profil numérique

Ce profil peut devenir beaucoup plus révélateur que les informations que nous avons volontairement écrites dans notre profil.

Le paradoxe de la vie privée

Nous pouvons avoir l'impression de protéger notre vie privée parce que nous n'écrivons pas publiquement certaines choses.

Mais notre comportement numérique peut parfois révéler indirectement ces mêmes informations.

Par exemple :

L'accumulation de ces informations peut permettre de construire un profil comportemental très détaillé.

Les réseaux sociaux créent une dépendance sociale

Facebook, Instagram, WhatsApp ou TikTok posent également un problème particulier.

Il ne suffit pas de dire :

« Si vous n'aimez pas cette plateforme, quittez-la. »

Dans la réalité, ce n'est pas toujours aussi simple.

Une personne peut y retrouver :

Si tout son entourage utilise la même plateforme, quitter celle-ci peut signifier perdre une partie de ses moyens de communication.

La dépendance devient alors collective.

WhatsApp : un exemple particulièrement parlant

WhatsApp est devenu pour beaucoup de personnes un outil quotidien de communication.

On peut y retrouver :

Quitter WhatsApp n'est donc pas nécessairement aussi simple que désinstaller une application.

Si toute une communauté utilise cette messagerie, le choix individuel est fortement influencé par les choix des autres.

TikTok : une autre dimension du phénomène

TikTok illustre également la puissance des plateformes capables d'analyser les comportements des utilisateurs.

Selon les fonctionnalités et les données disponibles, différents signaux peuvent être analysés :

Le système peut ainsi apprendre progressivement ce qui attire l'attention d'un utilisateur.

Le problème de souveraineté ne concerne donc pas seulement :

« Où sont stockées mes données ? »

Il concerne également :

« Qui possède l'infrastructure algorithmique qui analyse mon comportement numérique ? »

La Chine possède également ses propres géants numériques

Il serait cependant injuste de présenter le problème comme exclusivement américain.

La Chine a développé un écosystème numérique extrêmement puissant.

On peut notamment citer :

La Chine a adopté depuis longtemps une stratégie visant à développer ses propres infrastructures et plateformes numériques.

Elle dispose donc d'un écosystème technologique largement autonome dans plusieurs domaines stratégiques.

Le problème européen

L'Europe se trouve dans une situation particulière.

Elle possède :

Mais elle a laissé se développer une dépendance importante envers des entreprises étrangères dans des domaines stratégiques.

Le cloud en constitue un exemple particulièrement significatif.

Le cloud : une infrastructure devenue stratégique

Une administration peut avoir l'impression que ses données sont « en France » parce que les serveurs sont physiquement situés sur le territoire français.

Mais cela ne suffit pas nécessairement à garantir une souveraineté complète.

Il faut également examiner :

La souveraineté d'une infrastructure dépend donc de beaucoup plus que de l'adresse physique du serveur.

Le problème des législations extraterritoriales

C'est un point essentiel.

Une donnée peut être physiquement stockée en France tout en dépendant d'une entreprise soumise à une législation étrangère.

Le Cloud Act américain constitue l'un des exemples les plus connus.

Cela ne signifie pas que les autorités américaines peuvent librement prendre n'importe quelle donnée française.

En revanche, il existe des situations dans lesquelles une entreprise américaine peut être soumise à des obligations légales américaines concernant certaines données auxquelles elle a accès.

C'est précisément ce type de dépendance juridique qui préoccupe les pouvoirs publics français.

Le risque de fuite des informations

La question n'est donc pas uniquement :

« Est-ce que quelqu'un vole nos données ? »

Elle est beaucoup plus large.

Il faut se demander :

Plus une infrastructure est complexe et internationale, plus il devient difficile pour le propriétaire des données d'avoir une maîtrise absolue de toute la chaîne.

Le risque de chantage doit être compris comme un rapport de force

Il serait excessif d'affirmer que les entreprises américaines ou chinoises exercent actuellement un chantage sur la France.

Le problème réel est plus subtil.

Une dépendance crée un rapport de force.

Si une administration est totalement dépendante d'un fournisseur pour une fonction essentielle, ce fournisseur possède nécessairement une capacité d'influence importante.

Cette influence peut prendre des formes beaucoup plus banales qu'un chantage :

Si le client peut facilement partir, son pouvoir de négociation reste important.

S'il ne peut plus partir, la situation est complètement différente.

Le véritable risque est de ne plus être en position de dire non.

La dépendance peut devenir une dépendance financière

Imaginons une administration utilisant depuis quinze ans le même fournisseur.

Elle possède :

Le fournisseur augmente alors ses tarifs de manière importante.

L'administration peut théoriquement changer de fournisseur.

Mais le coût de migration est tellement élevé que le changement devient très difficile.

La dépendance technologique devient alors une dépendance économique.

La dépendance peut également devenir une dépendance politique

Dans une situation internationale normale, cette dépendance peut rester invisible.

Mais imaginons une crise géopolitique :

Dans une telle situation, une administration fortement dépendante d'une technologie étrangère possède moins de marges de manœuvre.

C'est précisément pourquoi la souveraineté numérique est devenue une question stratégique.

La souveraineté numérique de l'individu

Le problème concerne également les citoyens.

Un individu peut aujourd'hui dépendre simultanément de :

Il peut avoir confié à ces différents services :

Il ne s'agit pas nécessairement d'une violation de la vie privée. Une partie de ces traitements peut être parfaitement légale et encadrée.

Le problème de souveraineté est différent :

Une partie importante de notre identité numérique se trouve dans des infrastructures que nous ne contrôlons pas.

La souveraineté numérique de la mairie

On retrouve exactement le même problème à l'échelle d'une commune.

Si la mairie possède :

elle conserve une capacité de décision.

Elle peut changer d'hébergeur.

Elle peut changer de prestataire.

Elle peut installer son site sur un autre serveur.

Elle peut conserver une copie locale.

Elle peut faire évoluer son architecture.

Le principe peut être représenté ainsi :

              PATRIMOINE DE LA COMMUNE
                        │
                        ▼
                 Fichiers maîtrisés
                        │
             ┌──────────┼──────────┐
             ▼          ▼          ▼
            OVH    autre hébergeur  mairie
             │          │           │
             └──────────┼───────────┘
                        ▼
                  SITE INTERNET

Le site n'est alors plus prisonnier d'un hébergement particulier.

C'est exactement le principe de la maquette estagel.ovh

La maquette estagel.ovh applique à l'échelle d'Estagel un principe extrêmement simple :

Le patrimoine numérique doit appartenir à la commune et rester transférable.

Le choix de l'hébergeur devient secondaire.

La commune pourrait choisir :

Le plus important est que les fichiers et l'architecture restent sous le contrôle de la commune.

C'est cela, la réversibilité.

La souveraineté est inséparable de la réversibilité

On peut résumer le principe en une phrase :

Si je peux partir, je suis libre.

Si je peux :

alors je conserve une véritable liberté de décision.

À l'inverse, si le coût et la complexité du changement deviennent tellement importants que je ne peux pratiquement plus partir, ma liberté devient théorique.

La perte de souveraineté est souvent invisible

C'est ce qui rend le phénomène particulièrement dangereux.

Personne ne se réveille un matin en constatant :

« Aujourd'hui, nous avons perdu notre souveraineté numérique. »

La perte est progressive :

  1. choix pratique ;
  2. habitude ;
  3. accumulation de données ;
  4. interdépendance ;
  5. dépendance ;
  6. augmentation du coût du changement ;
  7. enfermement ;
  8. perte de liberté de choix.

C'est pourquoi la souveraineté doit être pensée avant que la dépendance soit devenue trop importante.

La souveraineté est aussi une question de coût

La souveraineté n'est pas seulement une question de sécurité.

C'est également une question économique.

Une organisation qui peut changer de fournisseur possède un pouvoir de négociation. Elle peut comparer les offres, mettre les fournisseurs en concurrence, négocier les prix et choisir une solution différente.

Une organisation qui ne peut plus changer de fournisseur perd une grande partie de ce pouvoir.

La dépendance peut donc conduire à une augmentation durable des coûts.

La souveraineté est aussi une question de continuité du service public

Pour une administration, le problème est encore plus important.

Un service numérique municipal, départemental ou national peut devenir indispensable aux citoyens.

Si ce service dépend entièrement d'une infrastructure extérieure, une défaillance importante peut avoir des conséquences sur :

Une administration doit donc prévoir :

La France commence à prendre conscience du problème

Cette évolution est désormais officiellement reconnue.

L'État français a annoncé une stratégie de réduction des dépendances numériques extra-européennes.

L'objectif est notamment de travailler sur :

Cette évolution montre que la souveraineté numérique n'est plus seulement une préoccupation d'experts.

Elle est devenue une politique publique.

De l'individu à la France : une même problématique

La question se pose finalement à tous les niveaux :

CITOYEN
   ↓
MAIRIE
   ↓
COLLECTIVITÉ
   ↓
ADMINISTRATION
   ↓
ÉTAT
   ↓
FRANCE
   ↓
EUROPE

À chacun de ces niveaux, la question est identique :

Qui contrôle les données ?

Qui contrôle l'infrastructure ?

Qui contrôle la technologie ?

Et surtout : peut-on changer de solution ?

La souveraineté numérique européenne

Le problème ne peut finalement pas être résolu uniquement à l'échelle française.

La France fait partie de l'Union européenne.

Or l'Europe dispose d'un marché considérable mais reste dépendante de technologies développées ailleurs.

Il devient donc nécessaire de développer :

La souveraineté européenne ne signifie cependant pas l'isolement.

Une Europe souveraine doit pouvoir travailler avec les États-Unis, la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée et tous les autres pays sans être obligée de dépendre totalement de leurs technologies.

Coopérer n'est pas dépendre.

Utiliser une technologie étrangère n'est pas nécessairement perdre sa souveraineté.

Être incapable de s'en passer peut en revanche devenir une perte de souveraineté.

Le principe fondamental : conserver une alternative

On peut finalement résumer toute la question de la souveraineté numérique par un principe extrêmement simple :

Il faut toujours conserver une alternative.

Pour une administration :

Pour une commune :

Pour un particulier :

Le véritable danger n'est pas seulement le vol des données

On parle souvent de souveraineté numérique uniquement en termes de cybersécurité.

C'est trop limité.

Le problème est beaucoup plus large.

La perte de souveraineté peut signifier :

Le problème fondamental est donc :

la perte de liberté.

La question du chantage doit être comprise comme un rapport de force

Il serait excessif de dire :

« Les entreprises américaines ou chinoises vont faire du chantage à la France. »

Ce n'est pas ainsi qu'il faut présenter le problème.

Le risque réel est plus subtil.

Une dépendance suffisamment importante crée un rapport de force.

Si une organisation ne peut plus changer de fournisseur, elle possède moins de pouvoir de négociation.

Elle peut alors être confrontée à :

Le véritable risque est de ne plus être en position de dire non.

Pourquoi cette réflexion concerne directement Estagel

C'est précisément pour cette raison que la question du site Internet de la mairie d'Estagel prend une dimension beaucoup plus importante qu'il n'y paraît.

Il ne s'agit pas seulement de savoir si :

La véritable question est :

Qui maîtrise le patrimoine numérique de la commune ?

Avec une architecture dépendante d'une plateforme, la commune dépend davantage de cette plateforme.

Avec une architecture conçue pour être indépendante et réversible, la commune peut conserver :

Elle peut également choisir son hébergement.

Estagel peut appliquer concrètement un principe national

La France cherche aujourd'hui à réduire ses dépendances numériques.

Une petite commune ne peut évidemment pas résoudre seule le problème de souveraineté numérique du pays.

Mais elle peut appliquer concrètement le même principe à son propre patrimoine :

Ne pas créer de dépendance inutile lorsque l'on peut construire une solution réversible.

C'est précisément ce que cherche à démontrer la maquette estagel.ovh.

Elle ne propose pas simplement un nouveau design.

Elle propose une architecture dans laquelle :

Conclusion générale

La perte de souveraineté numérique est aujourd'hui l'un des grands risques stratégiques auxquels sont confrontés la France et l'Europe.

Cette perte ne résulte pas d'un événement unique. Elle résulte d'une accumulation de dépendances :

Les États-Unis occupent aujourd'hui une position dominante dans une grande partie de ces domaines.

La Chine possède parallèlement ses propres géants technologiques et développe une stratégie de souveraineté numérique particulièrement structurée.

L'Europe, quant à elle, doit encore reconquérir une partie importante de son autonomie technologique.

La situation est suffisamment sérieuse pour que l'État français ait engagé officiellement une politique de réduction de ses dépendances numériques extra-européennes.

Mais cette reconquête ne pourra pas être réalisée uniquement par les gouvernements.

Elle doit également concerner :

Car la souveraineté numérique est constituée de milliers de décisions individuelles et collectives.

La véritable définition de la souveraineté numérique

La souveraineté numérique pourrait finalement être résumée par cinq mots :

« Je peux changer si nécessaire. »

Je peux récupérer mes données.

Je peux changer de fournisseur.

Je peux changer d'hébergeur.

Je peux changer de logiciel.

Je peux sauvegarder mon patrimoine numérique.

Je peux continuer à fonctionner.

Je ne suis donc pas prisonnier d'une infrastructure particulière.

C'est cela qui fait la différence entre utiliser une technologie et en être dépendant.

Et c'est précisément l'enjeu du projet d'Estagel

La maquette estagel.ovh s'inscrit dans cette philosophie.

Elle propose à une petite commune de construire son site Internet comme un patrimoine numérique communal, et non simplement comme un service fourni par une plateforme.

Cette différence peut sembler modeste.

Elle ne l'est pas.

Car dans dix, quinze ou vingt ans, le site contiendra probablement beaucoup plus de pages, de documents, de photographies et d'archives qu'aujourd'hui.

Si la commune conserve dès maintenant la maîtrise de cette architecture, elle préservera sa liberté de choix pour l'avenir.

Si elle devient progressivement dépendante d'une plateforme, la migration pourra devenir de plus en plus complexe et coûteuse.

La question essentielle n'est donc pas seulement :

« Quel site voulons-nous aujourd'hui ? »

Elle est aussi :

« Quelle liberté voulons-nous conserver demain ? »

Et cette question dépasse largement Estagel.

Elle concerne la France.

Elle concerne l'Europe.

Elle concerne les administrations.

Elle concerne les entreprises.

Elle concerne les communes.

Et finalement, elle concerne chacun d'entre nous.

La souveraineté numérique, ce n'est pas refuser le monde numérique.

C'est refuser de devenir prisonnier de ceux qui le contrôlent.

La véritable souveraineté commence donc lorsque nous conservons la capacité de choisir, de comprendre, de sauvegarder, de transférer et, lorsque cela devient nécessaire, de dire :

« Nous pouvons changer de solution. »