Marie Laforêt chez Thierry Ardisson : ce qu’elle dénonçait
Il s’agit d’une interview de Marie Laforêt dans l’émission Tout le monde en parle de Thierry Ardisson, diffusée le 9 février 2002.
Elle venait notamment parler de l’affaire Didier Schuller et de ce qu’elle disait avoir découvert au sujet de son mari de l’époque, Éric de Lavandeyra, dont elle était alors en train de divorcer.
Ce que Marie Laforêt dénonçait
Au cours de cette interview, Marie Laforêt formulait des accusations particulièrement graves.
Elle affirmait notamment :
- être confrontée à une organisation criminelle extrêmement puissante et internationale ;
- que cette organisation disposerait, selon elle, d'un budget 250 fois supérieur au budget de la France ;
- qu'il existait des liens entre cette organisation et des réseaux francs-maçons ;
- que l'Ordre du Temple solaire (OTS) était également impliqué dans cette affaire ;
- que son mari avait essayé de l'entraîner dans l'Ordre du Temple solaire ;
- avoir découvert sur l'ordinateur de son mari des documents qu'elle considérait comme compromettants ;
- avoir fait l'objet de menaces et de tentatives d'assassinat ;
- que certaines personnes appartenant à la justice auraient été contraintes de démissionner ;
- avoir contacté la CIA et le FBI, sans obtenir, selon elle, l'aide qu'elle espérait ;
- que l'affaire Schuller dépassait largement une simple affaire politico-financière française et comportait, selon elle, des ramifications internationales.
Le contexte de l'affaire Schuller
Le contexte était particulièrement important.
Marie Laforêt hébergeait alors Antoine Schuller, le fils de Didier Schuller.
Son ex-mari Éric de Lavandeyra était présenté comme un ami de Didier Schuller.
Marie Laforêt soupçonnait donc que l'affaire dans laquelle était impliqué Didier Schuller possédait des ramifications beaucoup plus importantes que celles généralement présentées au public.
Une intervention particulièrement spectaculaire
Marie Laforêt ne présentait pas simplement ses propos comme une hypothèse théorique.
Elle expliquait prendre des risques importants en venant témoigner publiquement à la télévision et affirmait être personnellement menacée.
Le quotidien Le Monde, dans son compte rendu de l'émission, décrivait son intervention comme une dénonciation d'un « vaste complot franc-maçon international ».
L'INA décrit également cette séquence comme une intervention consacrée à l'affaire Didier Schuller et aux soupçons de Marie Laforêt concernant l'implication de son mari. Les mots-clés associés à l'archive comprennent notamment :
- franc-maçonnerie ;
- secte ;
- financement ;
- instruction judiciaire ;
- RPR ;
- Schuller.
Une distinction importante
Il faut cependant distinguer très clairement :
les accusations et les déclarations formulées par Marie Laforêt lors de cette émission
et
la réalité factuelle de ce qu'elle dénonçait.
Le fait que ces déclarations aient été enregistrées et conservées par l'INA ne constitue évidemment pas une confirmation de la réalité des organisations, des réseaux ou des liens qu'elle décrivait.
L'intérêt historique de cette interview réside donc notamment dans le fait qu'une actrice et chanteuse connue est venue, en direct à la télévision, formuler publiquement des accusations extrêmement graves concernant l'affaire Schuller, la franc-maçonnerie, l'Ordre du Temple solaire, son entourage familial et ce qu'elle présentait comme une organisation internationale.
Les accusations de Marie Laforêt étaient-elles exactes ?
Après avoir vérifié les archives et les articles de l'époque, il faut apporter une réponse beaucoup plus nuancée que « oui » ou « non ».
1. Ce qui est effectivement établi
Il existe des éléments objectifs montrant que Marie Laforêt ne parlait pas de personnages totalement imaginaires.
Son ex-mari, Éric de Lavandeyra, était bien un homme d'affaires et agent de change installé en Suisse, et il connaissait effectivement Didier Schuller. L'INA confirme que l'interview du 9 février 2002 portait précisément sur l'affaire Schuller et sur les soupçons de Marie Laforêt concernant l'implication de son mari. 0
De plus, lors de la procédure concernant sa situation financière et son divorce, l'avocat de Marie Laforêt avait produit devant un tribunal genevois des documents provenant d'un ancien ordinateur utilisé par Éric de Lavandeyra.
Selon Le Temps, ces documents contenaient notamment :
- des éléments concernant ses activités financières ;
- des projets de transactions portant sur des hôtels ;
- des projets concernant des avions pouvant être militarisés et destinés au Sénégal ;
- des documents concernant des relations avec des personnalités étrangères ;
- un document relatif à l'affaire Péchiney ;
- des éléments indiquant que Lavandeyra avait un rôle important dans la franc-maçonnerie.
Le tribunal a cependant considéré ces éléments comme peu pertinents pour déterminer la fortune actuelle de Lavandeyra. Lavandeyra a expliqué que les projets de contrats retrouvés dans son ordinateur ne s'étaient pas réalisés. 1
Il existe donc bien un arrière-plan financier, politique et maçonnique réel autour de certaines personnes et documents évoqués à l'époque.
2. Mais cela ne confirme pas l'existence de la gigantesque organisation décrite par Marie Laforêt
C'est ici qu'il faut être particulièrement prudent.
À la télévision, Marie Laforêt parlait d'une organisation criminelle dont les moyens financiers auraient représenté 250 fois le budget de la France.
Cette affirmation est bien rapportée par Le Monde et par Le Parisien. 2
Mais je ne trouve aucun élément documentaire fiable permettant d'établir que cette organisation existait réellement sous cette forme, ni que son budget représentait effectivement 250 fois celui de la France.
Autrement dit :
l'affirmation a bien été faite par Marie Laforêt, mais elle n'est pas démontrée par les sources que j'ai pu vérifier.
3. Le lien avec l'Ordre du Temple solaire
Marie Laforêt affirmait également que son mari avait essayé de l'entraîner dans l'Ordre du Temple solaire.
Cette accusation est bien documentée comme ayant été formulée par elle lors de l'émission. Le Monde rapporte explicitement cette déclaration. 3
En revanche, cela ne suffit pas à établir que Éric de Lavandeyra était membre de l'Ordre du Temple solaire, ni que l'OTS était effectivement au centre de l'organisation criminelle décrite par Laforêt.
Il faut donc distinguer :
Fait établi :
- Marie Laforêt a déclaré que son mari avait voulu l'entraîner dans l'OTS.
Fait non établi par les sources consultées :
- Éric de Lavandeyra aurait effectivement appartenu à l'OTS ;
- l'OTS aurait constitué une composante de la gigantesque organisation décrite par Laforêt ;
- cette organisation aurait contrôlé des sommes représentant 250 fois le budget français.
4. Les accusations de menaces et de tentatives d'assassinat
Là encore, il faut distinguer plusieurs niveaux.
Marie Laforêt affirmait avoir été victime de différents événements inquiétants : pneus crevés, incendie de voiture, cambriolage, disparition de documents et appels téléphoniques anonymes.
Ces déclarations sont rapportées dans la presse de l'époque. 4
Mais le fait que ces événements aient été rapportés ne démontre pas qu'ils aient été organisés par le réseau qu'elle dénonçait.
Il n'est donc pas possible de transformer automatiquement :
« Marie Laforêt affirme avoir subi ces événements »
en :
« l'organisation qu'elle dénonçait les a effectivement commis ».
5. Il existe cependant un élément judiciaire particulièrement intéressant
En 2004, Marie Laforêt a comparu devant la justice genevoise pour diffamation envers son ex-mari.
Et contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, elle n'a pas simplement retiré ses accusations.
Selon Le Temps, elle a déclaré devant le tribunal :
« Tout ce que j'ai dit, je le maintiens et le revendique, parce que c'est l'absolue vérité de ce que j'ai vécu. »
Elle maintenait donc ses accusations plusieurs années après l'émission. 5
Cela montre que, pour elle, il ne s'agissait manifestement pas simplement d'une improvisation télévisuelle.
Mais cela ne constitue pas davantage une preuve judiciaire de la véracité de toutes ses accusations.
6. Un élément important : l'affaire Schuller était, elle, parfaitement réelle
Il serait également faux de conclure de tout cela que « tout était inventé ».
L'affaire Didier Schuller était une véritable affaire politico-financière française.
Didier Schuller était impliqué dans le scandale des HLM des Hauts-de-Seine et avait quitté la France avant de revenir en 2002 se présenter à la justice. Le Monde rappelle également le contexte du financement politique et les investigations concernant son entourage. 6
C'est précisément dans ce contexte réel que sont apparues les déclarations d'Antoine Schuller, de Marie Laforêt et de différentes personnes gravitant autour de cette affaire.
7. Ce que l'on peut donc conclure
Je présenterais les choses ainsi :
| Affirmation | Ce que les sources permettent d'établir |
|---|---|
| Marie Laforêt a dénoncé une organisation criminelle internationale | Oui, elle l'a effectivement affirmé |
| Elle a parlé d'une puissance financière « 250 fois supérieure au budget de la France » | Oui, cette déclaration est documentée |
| Éric de Lavandeyra avait des activités financières internationales | Oui |
| Lavandeyra connaissait Didier Schuller | Oui |
| Lavandeyra avait des liens avec la franc-maçonnerie | Oui, des sources de l'époque le présentent comme un responsable maçonnique |
| Des documents financiers et politiques existaient sur son ordinateur | Oui, des documents ont été produits devant la justice |
| Lavandeyra appartenait à l'Ordre du Temple solaire | Non démontré par les sources consultées |
| L'OTS faisait partie d'une gigantesque organisation criminelle internationale | Non démontré |
| Une organisation disposait de 250 fois le budget de la France | Non démontré |
| Marie Laforêt a réellement été victime des tentatives d'assassinat qu'elle évoquait | Non établi par les sources consultées |
| L'affaire Schuller comportait réellement des dimensions politico-financières | Oui |
En résumé
La réponse la plus honnête est donc :
Certaines bases factuelles de ce que disait Marie Laforêt étaient bien réelles, mais les conclusions extrêmement vastes qu'elle en tirait ne sont pas établies par les éléments que j'ai pu vérifier.
Il existe notamment un point qui mérite d'être étudié plus attentivement : les documents retrouvés dans l'ordinateur d'Éric de Lavandeyra et leur contenu exact.
C'est probablement là que se trouve la partie la plus concrète de cette histoire, parce que contrairement aux déclarations télévisées, certains de ces documents ont effectivement été produits devant un tribunal genevois en 2002. 7
Si l'on veut comprendre ce que Marie Laforêt avait réellement découvert, plutôt que de s'arrêter aux déclarations spectaculaires d'Ardisson, c'est cette piste documentaire qu'il faudrait examiner en détail.