Synthèse mondiale des violences, persécutions, massacres et destructions associés à l'histoire de l'Église catholique
Introduction
Cette étude reprend l'ensemble de la chronologie en essayant de ne laisser de côté aucun des grands épisodes historiques qui doivent être examinés lorsqu'on cherche à mesurer les violences commises, encouragées, justifiées ou accompagnées par des autorités catholiques, des institutions ecclésiastiques, des ordres religieux ou, dans certains cas, des États se réclamant du catholicisme.
Il faut cependant établir dès le départ une distinction fondamentale : tous les crimes commis par des personnes catholiques ne sont pas des crimes commis par l'Église catholique. Une armée d'un royaume catholique, par exemple, ne peut pas automatiquement être assimilée à l'Église. À l'inverse, lorsqu'une autorité ecclésiastique ordonne une persécution, lorsqu'un tribunal religieux condamne une personne, lorsqu'une institution catholique administre directement un établissement dans lequel des violences sont commises, ou lorsqu'une hiérarchie protège institutionnellement des auteurs de crimes, la responsabilité de l'institution doit être examinée directement.
Pour cette raison, chaque période est présentée avec quatre questions :
- Que s'est-il passé ?
- À quelle date ?
- Combien de personnes sont mortes ou ont été victimes ?
- Quel fut exactement le rôle de l'Église catholique ?
Une deuxième précaution est indispensable concernant les nombres. Pour plusieurs événements médiévaux, les sources ne permettent pas de connaître le nombre exact des morts. Dans ces cas, il serait trompeur de choisir arbitrairement un chiffre. J'indiquerai donc « nombre exact inconnu » et expliquerai les chiffres historiques disponibles. Lorsqu'un nombre précis est établi par des archives ou une enquête, il sera donné comme tel.
I. IVe-Ve siècles : le christianisme devient religion dominante de l'Empire romain
1. Le changement de situation après Constantin
313
L'édit de Milan, traditionnellement associé à Constantin et Licinius, met fin aux persécutions officielles contre les chrétiens dans l'Empire romain.
La situation s'inverse progressivement au cours du IVe siècle.
Le christianisme devient progressivement dominant dans l'Empire et bénéficie de plus en plus du soutien impérial.
380
L'empereur Théodose Ier fait du christianisme nicéen la religion officielle de l'Empire.
Cette transformation entraîne progressivement des restrictions contre les cultes païens et certains autres courants religieux.
Il faut cependant distinguer deux autorités :
- l'empereur et l'administration impériale ;
- les évêques et institutions ecclésiastiques.
Les destructions de temples et les interdictions de cultes ne sont donc pas toutes des décisions directement prises par l'Église.
2. Destruction de sanctuaires païens
IVe-Ve siècles
Des temples et sanctuaires païens furent détruits, transformés en églises ou abandonnés dans différentes régions de l'Empire.
L'un des exemples célèbres est le Serapeum d'Alexandrie, détruit en 391 dans un contexte de conflit religieux auquel l'évêque Théophile d'Alexandrie fut associé.
Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
Les sources ne permettent pas d'établir un bilan global des morts liées à la destruction des sanctuaires païens pendant cette période.
Il serait donc faux de fabriquer un nombre global.
II. VIe-Xe siècles : christianisation de l'Europe
3. Conversion des peuples européens
La christianisation de l'Europe ne fut pas partout pacifique.
Elle prit des formes très différentes :
- évangélisation pacifique ;
- conversion des souverains ;
- conversion progressive des populations ;
- destruction de sanctuaires ;
- interdiction de cultes anciens ;
- guerres de conquête accompagnées de christianisation ;
- baptêmes imposés dans certains contextes.
4. Charlemagne et les Saxons
772-804
Les guerres de Charlemagne contre les Saxons furent accompagnées d'une politique de christianisation.
Les Saxons qui résistaient au pouvoir franc furent parfois considérés simultanément comme ennemis politiques et comme adversaires religieux.
Massacre de Verden
782
Après une révolte saxonne, Charlemagne fit exécuter un grand nombre de prisonniers.
Les Annales royales franques donnent le nombre de 4 500 Saxons exécutés.
La réalité historique de l'événement est largement admise, mais les historiens discutent encore de la manière dont le chiffre doit être interprété.
Il s'agit donc d'un cas où une violence politique et militaire était étroitement associée à une politique de christianisation.
III. Les croisades
5. Première croisade
1096-1099
Le pape Urbain II proclama la première croisade lors du concile de Clermont en 1095.
La croisade aboutit à la prise de Jérusalem en 1099.
La conquête fut suivie de massacres de musulmans et de Juifs.
Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
Les chroniqueurs médiévaux fournissent des chiffres variables et parfois manifestement exagérés.
Il est donc impossible de donner un bilan précis des morts de la prise de Jérusalem.
6. Les croisades suivantes
XIe-XIIIe siècles
Plusieurs croisades furent organisées avec le soutien ou l'autorisation de la papauté.
Elles concernèrent :
- les États musulmans du Proche-Orient ;
- les populations musulmanes d'autres régions ;
- des populations juives ;
- des chrétiens considérés comme hérétiques ;
- des populations européennes non chrétiennes.
Il faut également rappeler que les croisades furent des entreprises militaires dans lesquelles les souverains, les nobles, les chevaliers et les États jouèrent un rôle considérable.
Le bilan global de toutes les croisades ne peut donc pas être présenté comme un bilan des morts « causées par l'Église ».
IV. La croisade contre les Cathares
7. 1208-1229 : la croisade albigeoise
La croisade contre les Cathares est l'un des épisodes qui doit occuper une place centrale dans toute étude des violences liées à l'histoire de l'Église catholique.
Les Cathares étaient considérés par l'Église comme des hérétiques.
Le pape Innocent III avait entrepris une politique de lutte contre le catharisme.
14 janvier 1208
Le légat pontifical Pierre de Castelnau fut assassiné.
Cet assassinat servit de déclencheur politique à la proclamation de la croisade.
1209
Une armée de croisés se dirigea vers le Midi de la France.
8. Le massacre de Béziers
22 juillet 1209
Béziers est l'un des événements les plus importants de toute cette histoire.
La ville était peuplée de Cathares mais également de nombreux catholiques.
Lorsque les croisés prirent la ville, une partie importante de la population fut massacrée.
Le massacre ne permit donc pas de distinguer individuellement les Cathares des catholiques.
Des hommes, des femmes et des enfants furent tués.
Une tradition rapporte que le légat pontifical Arnaud Amaury aurait répondu à la question de savoir comment distinguer les hérétiques des autres habitants :
« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. »
Cette phrase est extrêmement célèbre mais son authenticité historique est discutée : elle n'apparaît pas dans les témoignages les plus proches de l'événement et est rapportée dans une source ultérieure.
Cela ne signifie absolument pas que le massacre est douteux.
Le massacre de Béziers est historiquement établi.
Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
Certaines sources médiévales donnent environ 20 000 morts.
Ce chiffre ne peut pas être considéré comme un décompte exact.
La conclusion historique prudente est :
plusieurs milliers d'habitants furent massacrés.
Béziers constitue donc l'un des exemples les plus importants de massacre de population civile dans le cadre d'une croisade proclamée contre l'hérésie.
9. Carcassonne
Août 1209
Carcassonne fut assiégée par les croisés.
La ville finit par capituler.
Raymond-Roger Trencavel, vicomte de Béziers et de Carcassonne, fut emprisonné.
La population fut expulsée.
Le siège montre que la croisade ne consistait pas uniquement en massacres : elle comportait également des sièges, des confiscations territoriales et des déplacements forcés.
Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
10. Lavaur
3 mai 1211
Lavaur fut prise par les croisés.
La défense de la ville était notamment associée à Dame Guiraude de Laurac.
Après la prise de la ville :
- Dame Guiraude fut exécutée ;
- environ 80 chevaliers furent pendus ;
- plusieurs centaines de Cathares furent brûlés.
Nombre de morts
Pour les exécutions liées directement à la prise de Lavaur, les sources permettent d'identifier environ 80 chevaliers pendus et plusieurs centaines de Cathares brûlés.
Le nombre total des habitants morts pendant l'ensemble des opérations reste inconnu.
11. Bataille de Muret
12 septembre 1213
La bataille de Muret opposa les forces de Simon de Montfort à une coalition dirigée notamment par Pierre II d'Aragon et Raymond VI de Toulouse.
Pierre II d'Aragon fut tué.
La victoire de Simon de Montfort renforça considérablement la position des croisés.
Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
12. Fin de la croisade
1229
Le traité de Paris de 1229 mit fin à la principale phase militaire de la croisade.
Mais la répression du catharisme continua.
La lutte contre l'hérésie passa progressivement de la guerre militaire aux tribunaux inquisitoriaux.
13. Montségur
1243-1244
Montségur devint l'un des derniers grands refuges cathares.
La forteresse fut assiégée pendant plusieurs mois.
16 mars 1244
Après la reddition, environ 200 à 220 Cathares refusèrent de renoncer à leur foi.
Ils furent brûlés.
Le nombre de personnes exécutées à Montségur est beaucoup mieux documenté que les chiffres du massacre de Béziers.
Bilan
Environ 200 à 220 morts par le feu le 16 mars 1244.
14. Bilan de la répression cathare
Il est impossible de donner un nombre exact de morts pour toute la croisade albigeoise.
Le bilan comprend :
- morts pendant les massacres ;
- morts pendant les sièges ;
- morts au combat ;
- exécutions ;
- bûchers ;
- morts liées aux déplacements et aux destructions.
Bilan global exact : inconnu.
Il serait donc trompeur de choisir arbitrairement un total.
En revanche, les événements de Béziers, Lavaur et Montségur permettent d'établir sans ambiguïté que la répression comporta des massacres de civils et des exécutions religieuses.
V. L'Inquisition
15. XIIIe-XIXe siècles
Il n'existe pas une seule « Inquisition ».
Il faut distinguer :
- l'Inquisition médiévale ;
- l'Inquisition espagnole ;
- l'Inquisition portugaise ;
- l'Inquisition romaine.
Les tribunaux inquisitoriaux poursuivaient principalement l'hérésie.
Les procédures pouvaient comporter :
- interrogatoires ;
- emprisonnements ;
- confiscations ;
- pénitences ;
- torture dans certaines circonstances ;
- condamnations ;
- remise au pouvoir civil ;
- exécutions.
16. Inquisition espagnole
1478-1834
L'Inquisition espagnole fut créée sous Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille avec l'autorisation pontificale.
Elle poursuivit notamment :
- les convertis soupçonnés de pratiquer secrètement le judaïsme ;
- les convertis issus de l'islam ;
- les protestants ;
- certains accusés de blasphème ;
- d'autres personnes considérées comme hérétiques.
Nombre d'exécutions
Les recherches historiques modernes ont fortement réduit les anciens chiffres gigantesques.
Pour les périodes étudiées quantitativement par les historiens, le nombre d'exécutions se situe dans l'ordre de quelques milliers, et une estimation souvent citée est d'environ 3 000 à 5 000 exécutions sur l'ensemble de l'existence de l'Inquisition espagnole.
Ce chiffre concerne les exécutions attribuées aux tribunaux inquisitoriaux et non toutes les personnes emprisonnées, torturées ou condamnées à d'autres peines.
VI. Persécution des Vaudois
17. XIIe-XVIIe siècles
Les Vaudois furent considérés comme hérétiques.
Ils furent persécutés dans plusieurs régions d'Europe.
Les persécutions furent particulièrement violentes dans certaines régions françaises et italiennes.
18. Massacres de Provence
1545
Des communautés vaudoises de Provence furent attaquées par les forces royales françaises.
Plusieurs villages furent détruits.
Des habitants furent massacrés.
Nombre de morts
Les sources historiques donnent des chiffres divergents.
Nombre exact inconnu.
Le bilan se situe historiquement dans l'ordre de plusieurs milliers de morts, mais aucun chiffre unique ne peut être considéré comme un décompte exact.
VII. Persécution des Juifs dans l'Europe chrétienne
19. Moyen Âge-XVIIe siècle
Les populations juives furent victimes, selon les époques et les régions :
- de massacres ;
- d'expulsions ;
- de conversions forcées ;
- de discriminations ;
- de confiscations ;
- d'accusations religieuses ;
- de violences populaires.
Les croisades contribuèrent notamment à des massacres de communautés juives en Europe.
20. Expulsion des Juifs d'Espagne
31 mars 1492
Les Rois catholiques promulguèrent le décret d'Alhambra.
Les Juifs qui refusaient la conversion au christianisme furent contraints de quitter les territoires de la monarchie espagnole.
Des conversions forcées avaient déjà eu lieu auparavant.
L'Inquisition poursuivit ensuite certains convertis soupçonnés de continuer à pratiquer le judaïsme.
Nombre de morts
Le nombre de morts directement causés par l'expulsion de 1492 n'est pas précisément établi.
L'événement provoqua surtout :
- exil ;
- conversion forcée ;
- confiscation ;
- dispersion ;
- persécution inquisitoriale.
VIII. Réforme protestante et guerres de Religion
21. XVIe-XVIIe siècles
La Réforme provoqua une rupture profonde du christianisme occidental.
Les conflits opposèrent des puissances catholiques et protestantes.
Ils furent également des conflits politiques et dynastiques.
22. Massacre de la Saint-Barthélemy
24 août 1572
Le massacre commença à Paris puis s'étendit à d'autres villes.
Les principales victimes furent les protestants français.
Le massacre eut lieu dans un contexte de guerre civile, de rivalités politiques et de tensions religieuses.
Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
Les historiens retiennent généralement plusieurs milliers de morts dans l'ensemble du royaume.
Le chiffre souvent retenu pour Paris est d'environ 2 000 à 3 000 morts.
Pour l'ensemble de la France, les estimations historiques courantes se situent autour de 5 000 à 10 000 morts.
Ces nombres doivent être présentés comme des estimations historiques et non comme un décompte administratif exact.
Responsabilités
Il faut distinguer :
- la monarchie française ;
- Charles IX ;
- Catherine de Médicis ;
- les responsables politiques ;
- les factions catholiques ;
- les milices et populations locales ;
- les autorités religieuses.
Il serait donc faux d'affirmer que « le pape a ordonné la Saint-Barthélemy ».
IX. Guerre de Trente Ans
23. 1618-1648
La guerre commença dans un contexte de conflit confessionnel entre catholiques et protestants.
Elle devint rapidement une guerre européenne beaucoup plus complexe.
La France catholique combattit notamment les Habsbourg catholiques pour des raisons politiques.
Nombre de morts
Il n'existe pas de décompte exact.
Les estimations historiques du bilan global atteignent plusieurs millions de morts, principalement en raison :
- des combats ;
- des massacres ;
- de la famine ;
- des épidémies ;
- des déplacements de population.
Il serait donc historiquement faux de compter ces morts comme des victimes directes de l'Église catholique.
X. Chasse aux sorcières
24. XVIe-XVIIIe siècles
Des dizaines de milliers de personnes furent exécutées en Europe après des accusations de sorcellerie.
Les recherches historiques modernes situent généralement le nombre total d'exécutions en Europe autour de 40 000 à 60 000.
Mais un point essentiel doit être conservé :
la majorité des procès de sorcellerie relevaient des autorités civiles et non de l'Inquisition catholique.
Il serait donc faux d'attribuer les 40 000 à 60 000 exécutions à l'Église catholique.
Certaines juridictions catholiques ont participé à ces persécutions, mais les autorités protestantes et civiles y ont également joué un rôle majeur.
XI. Destruction culturelle et conversions forcées
25. XVIe-XIXe siècles
L'expansion européenne s'accompagna souvent de missions chrétiennes.
Dans certaines régions, des missionnaires catholiques participèrent à :
- la destruction de sanctuaires ;
- l'interdiction de cérémonies ;
- la destruction d'objets religieux ;
- l'imposition du baptême ;
- l'interdiction de certaines pratiques ;
- la modification des noms ;
- l'interdiction de certaines langues ;
- la séparation des enfants de leurs familles.
Mais il existe également de nombreux exemples de religieux ayant défendu les populations indigènes contre les colons.
Cette contradiction est essentielle à l'histoire réelle du phénomène.
XII. Colonisation des Amériques
26. À partir de 1492
L'arrivée des Européens provoqua un effondrement démographique sans précédent des populations autochtones.
Les causes furent multiples :
- maladies infectieuses nouvelles ;
- guerres ;
- massacres ;
- esclavage ;
- travail forcé ;
- famines ;
- déplacements ;
- destruction des structures économiques et sociales.
Nombre de morts
Il n'existe pas de nombre exact.
Les reconstructions démographiques modernes estiment que la population indigène des Amériques a diminué de plusieurs dizaines de millions de personnes après l'arrivée européenne.
Mais ce nombre ne doit pas être présenté comme un nombre de personnes « assassinées par l'Église ».
La mortalité fut majoritairement liée aux épidémies, même si les violences militaires, l'exploitation et les famines provoquées par la colonisation contribuèrent également à la catastrophe.
27. Les conquistadors et l'Église
La conquête espagnole et portugaise associa :
- pouvoir royal ;
- armées ;
- colons ;
- administrateurs ;
- marchands ;
- missionnaires.
Certaines institutions religieuses participèrent à l'entreprise coloniale.
D'autres religieux la dénoncèrent.
28. Bartolomé de las Casas
1484-1566
Le dominicain Bartolomé de las Casas dénonça les violences commises contre les populations indigènes.
Il défendit leur dignité et leur capacité à recevoir pacifiquement le christianisme.
Son action montre qu'il est impossible de considérer tous les religieux catholiques comme des acteurs de la violence coloniale.
XIII. Les bulles pontificales et la colonisation
29. Dum Diversas
1452
Le pape Nicolas V publia la bulle Dum Diversas.
Elle s'inscrivait dans le contexte des conflits avec les puissances musulmanes et des ambitions portugaises.
Elle fut ensuite utilisée dans l'histoire de la colonisation pour justifier certaines entreprises de conquête et d'asservissement.
30. Romanus Pontifex
1455
Cette bulle renforça les droits revendiqués par la couronne portugaise sur certains territoires et populations.
Elle constitue un document important dans l'histoire intellectuelle et juridique de la colonisation européenne.
31. Inter Caetera
1493
Le pape Alexandre VI publia plusieurs documents concernant les territoires nouvellement atteints par les Espagnols.
Ces textes contribuèrent au cadre juridique et religieux utilisé par les monarchies ibériques.
Le Vatican a reconnu en 2023 que ces documents ne reflétaient pas correctement l'égalité de dignité et les droits des peuples autochtones et qu'ils avaient été utilisés à des fins politiques et coloniales.
XIV. Esclavage
32. XVe-XIXe siècles
Des personnes catholiques, des colons catholiques et certaines institutions religieuses ont participé à différents systèmes esclavagistes.
Il serait toutefois faux d'attribuer à l'Église catholique seule l'ensemble de la traite atlantique.
La traite impliquait :
- Portugal ;
- Espagne ;
- France ;
- Grande-Bretagne ;
- Pays-Bas ;
- autres puissances européennes ;
- marchands privés ;
- compagnies commerciales ;
- royaumes et acteurs africains.
33. Position contradictoire des papes
L'histoire pontificale concernant l'esclavage n'est pas uniforme.
Certains papes condamnèrent certaines formes d'asservissement.
D'autres textes pontificaux furent utilisés pour justifier ou soutenir des entreprises coloniales.
Cette contradiction doit être conservée plutôt que supprimée.
XV. Destruction de l'ordre du Temple
34. 1307-1314
L'ordre du Temple constitue un épisode complètement différent de la persécution des Cathares, mais il doit absolument figurer dans une chronologie générale.
13 octobre 1307
Philippe IV le Bel fit arrêter les Templiers dans tout le royaume de France.
Les accusations comprenaient notamment :
- hérésie ;
- reniement du Christ ;
- pratiques religieuses prétendument secrètes ;
- comportements sexuels interdits ;
- adoration d'une prétendue idole.
Des aveux furent obtenus dans certains cas sous la torture.
35. Les exécutions des Templiers
12 mai 1310
54 Templiers furent brûlés à Paris.
Ce chiffre est documenté.
D'autres Templiers furent exécutés à différentes dates et dans différentes régions.
Mais il n'est pas possible de donner un nombre exact de tous les Templiers morts pendant l'ensemble de la procédure.
36. Suppression de l'ordre
22 mars 1312
Le pape Clément V supprima officiellement l'ordre du Temple par la bulle Vox in excelso.
2 mai 1312
Les biens du Temple furent attribués à l'ordre de l'Hôpital.
37. Jacques de Molay
Mars 1314
Jacques de Molay, dernier grand maître du Temple, et Geoffroy de Charnay furent exécutés à Paris.
La date exacte donnée par les sources est généralement le 18 mars 1314, certaines sources anciennes indiquant le 11 mars.
Bilan
La destruction des Templiers comprend :
- arrestations massives ;
- emprisonnements ;
- tortures ;
- procès ;
- confiscations ;
- suppression institutionnelle ;
- exécutions.
Il serait toutefois faux d'affirmer que tous les Templiers furent massacrés.
XVI. Colonisation de l'Afrique
38. XIXe-XXe siècles
Les missions catholiques furent présentes dans de nombreuses colonies.
Elles participèrent selon les régions :
- à l'évangélisation ;
- à l'éducation ;
- aux soins ;
- à l'assimilation culturelle ;
- à l'organisation sociale coloniale.
Certains missionnaires dénoncèrent également les abus des puissances coloniales.
39. Congo
1885-1908
L'État indépendant du Congo de Léopold II fut marqué par :
- travail forcé ;
- prise d'otages ;
- violences ;
- mutilations ;
- destructions de villages ;
- famine ;
- maladies ;
- effondrement démographique.
Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
Les estimations historiques du déclin démographique sont extrêmement variables.
Ce déclin ne correspond pas à un nombre précis de personnes assassinées.
Il comprend :
- morts violentes ;
- maladies ;
- famine ;
- épuisement ;
- baisse de la natalité.
La responsabilité principale de ce système revient au régime colonial de Léopold II et à ses structures économiques et militaires.
Il serait donc incorrect d'en faire un bilan de morts de l'Église catholique.
XVII. Pensionnats autochtones du Canada
40. XIXe-XXe siècles
Les pensionnats autochtones constituent l'un des cas les plus importants de participation institutionnelle catholique à une politique d'assimilation.
Des congrégations catholiques administrèrent de nombreux établissements en collaboration avec l'État canadien.
Les enfants furent séparés de leurs familles.
Ils subirent notamment :
- violences physiques ;
- violences sexuelles ;
- violences psychologiques ;
- privation culturelle ;
- interdiction de certaines langues ;
- mauvaises conditions sanitaires ;
- malnutrition ;
- maladies ;
- négligence.
41. Nombre d'enfants
Environ 150 000 enfants autochtones fréquentèrent le système des pensionnats au cours de son existence.
42. Nombre de décès
Les archives ont permis d'identifier plus de 4 000 décès d'enfants dans les données disponibles, mais les recherches ont montré que les registres sont incomplets.
Il n'est donc pas possible de présenter ce nombre comme le bilan définitif de tous les enfants morts dans le système.
Il faut également distinguer :
- décès par maladie ;
- tuberculose ;
- infections ;
- malnutrition ;
- accidents ;
- mauvaises conditions sanitaires ;
- autres causes.
Il serait donc incorrect de qualifier automatiquement chacun de ces décès d'« assassinat ».
43. Reconnaissance de l'Église
En 2022, le pape François a reconnu la participation de nombreux catholiques au système d'assimilation culturelle et a demandé pardon aux peuples autochtones.
Cette reconnaissance est importante car elle constitue une reconnaissance institutionnelle contemporaine de torts historiques.
XVIII. Australie
44. Stolen Generations
XIXe-XXe siècles
Des enfants aborigènes furent séparés de leurs familles et placés dans des institutions.
Des organisations religieuses, notamment catholiques, participèrent à la prise en charge d'enfants.
Les conséquences comprirent :
- séparation familiale ;
- perte des langues ;
- perte de traditions ;
- violences ;
- traumatismes ;
- rupture culturelle.
Nombre de morts
Il n'existe pas de bilan précis des morts attribuable spécifiquement aux institutions catholiques.
Il ne faut donc pas inventer de chiffre.
XIX. Irlande
45. XIXe-XXe siècles
Des institutions catholiques administrèrent notamment :
- orphelinats ;
- écoles industrielles ;
- maisons pour mères et enfants ;
- Magdalene Laundries ;
- institutions pour enfants.
Les enquêtes ont documenté :
- violences physiques ;
- humiliations ;
- travail forcé ;
- abus sexuels ;
- conditions sanitaires dégradées ;
- séparation des enfants ;
- décès.
Nombre de morts
Il n'existe pas un bilan unique permettant d'attribuer à l'ensemble des institutions catholiques irlandaises un nombre précis de morts.
Les chiffres doivent être établis institution par institution.
XX. Fascisme italien
46. 1922-1943
Les relations entre l'Église catholique et le fascisme italien furent complexes.
Accords du Latran
11 février 1929
Les accords du Latran réglèrent les relations entre le Saint-Siège et le royaume d'Italie.
Ils créèrent l'État de la Cité du Vatican et réglèrent plusieurs questions entre l'Église et l'État italien.
Cela constitue un rapprochement institutionnel important avec le régime de Mussolini, mais ne permet pas d'affirmer que l'Église approuvait chacune des politiques fascistes.
XXI. Allemagne nazie
47. 1933-1945
20 juillet 1933
Le Saint-Siège et l'Allemagne conclurent le concordat du Reich.
L'Église catholique conserva certaines structures institutionnelles, tandis que le régime nazi poursuivit progressivement sa politique de contrôle et de répression.
Des catholiques résistèrent au nazisme.
Des prêtres furent arrêtés et certains furent assassinés.
D'autres catholiques adoptèrent des comportements de collaboration, d'accommodement ou de silence.
La réalité historique est donc très diverse.
XXII. Shoah
48. 1941-1945
L'Allemagne nazie et ses collaborateurs assassinèrent environ 6 millions de Juifs.
La Shoah n'est pas un crime de l'Église catholique.
Il est néanmoins nécessaire d'étudier l'attitude des institutions catholiques et des catholiques individuels pendant cette période.
On trouve :
- des religieux ayant caché des Juifs ;
- des institutions ayant sauvé des personnes ;
- des catholiques ayant résisté ;
- des responsables ayant protesté ;
- des responsables ayant gardé le silence ;
- des personnes ayant collaboré avec les régimes antisémites.
Il faut donc éviter aussi bien l'accusation globale contre toute l'Église que l'effacement des responsabilités individuelles ou institutionnelles documentées.
XXIII. Régime oustachi en Croatie
49. 1941-1945
Le régime oustachi de l'État indépendant de Croatie commit des massacres contre :
- Serbes ;
- Juifs ;
- Roms ;
- opposants politiques.
Certains membres du clergé catholique furent impliqués ou associés au régime.
D'autres catholiques s'y opposèrent.
Nombre de morts
Le bilan global des crimes oustachis est très important mais ne peut pas être transformé en nombre de victimes de l'Église catholique.
Les responsabilités doivent être attribuées au régime oustachi et aux individus impliqués.
XXIV. Dictatures d'Amérique latine
50. XXe siècle
Dans plusieurs pays d'Amérique latine, les Églises catholiques furent confrontées aux dictatures militaires.
Les attitudes furent diverses :
- soutien ;
- accommodement ;
- silence ;
- opposition ;
- protection des victimes ;
- participation à la défense des droits humains.
Des prêtres, évêques et religieux furent parfois assassinés par les régimes militaires.
L'histoire ne peut donc pas être résumée par une position unique de « l'Église catholique ».
XXV. Rwanda
51. Génocide des Tutsi
6 avril-juillet 1994
Le génocide contre les Tutsi dura environ cent jours.
Plus de 800 000 Rwandais furent massacrés selon l'Organisation des Nations unies, la majorité étant des Tutsi.
Les principaux responsables étaient :
- les autorités extrémistes ;
- les forces gouvernementales ;
- les milices ;
- des participants civils.
52. Membres du clergé impliqués
Certains prêtres et religieux furent accusés, poursuivis ou condamnés pour leur participation aux massacres.
D'autres membres du clergé protégèrent des victimes.
Il est donc impossible de transformer le bilan de plus de 800 000 morts du génocide en « nombre de personnes tuées par l'Église catholique ».
En revanche, les cas documentés de participation de religieux constituent une responsabilité historique réelle et doivent être étudiés individuellement.
XXVI. Abus sexuels dans l'Église
53. XXe-XXIe siècles
Cette question est différente des massacres médiévaux mais elle constitue l'un des plus importants dossiers criminels de l'histoire contemporaine de l'Église catholique.
Les enquêtes ont documenté :
- viols ;
- agressions sexuelles ;
- abus de mineurs ;
- abus de personnes vulnérables ;
- déplacements de prêtres accusés ;
- dissimulation ;
- absence de signalement ;
- protection de certains auteurs ;
- destruction ou rétention de documents dans certains cas.
XXVII. France
54. 1950-2020
La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église a estimé à environ :
216 000
le nombre de personnes agressées sexuellement pendant leur minorité par des prêtres, religieux ou autres clercs depuis 1950.
En incluant les personnes agressées par des laïcs travaillant dans des institutions ou activités de l'Église :
environ 330 000 victimes.
Ces nombres sont des estimations statistiques, et non un registre exhaustif de victimes identifiées individuellement.
La commission estimait également à environ 2 900 à 3 200 le nombre d'agresseurs clercs ou religieux sur la période étudiée.
XXVIII. États-Unis
55. XXe-XXIe siècles
Des enquêtes civiles et ecclésiastiques ont documenté des milliers d'accusations d'abus sexuels contre des prêtres.
Les enquêtes ont également établi, dans certains diocèses :
- déplacements de prêtres accusés ;
- absence de signalement aux autorités ;
- conservation de certains auteurs dans le ministère ;
- mécanismes institutionnels de protection.
Les indemnisations versées aux victimes ont atteint des montants considérables.
Il n'existe cependant pas de chiffre mondial unique et fiable du nombre de victimes ou de morts liées à ces abus.
XXIX. Autres pays
Des enquêtes importantes ont également concerné :
- Irlande ;
- Canada ;
- Australie ;
- Royaume-Uni ;
- Allemagne ;
- Belgique ;
- Pays-Bas ;
- Espagne ;
- Portugal ;
- Autriche ;
- Suisse ;
- États-Unis ;
- Chili ;
- Argentine ;
- Mexique ;
- plusieurs autres pays d'Amérique latine ;
- plusieurs pays africains.
Le phénomène est donc international.
XXX. Ce qui peut et ne peut pas être additionné
Il est essentiel de ne pas produire un faux « total de morts de l'Église ».
On peut additionner seulement des catégories comparables et suffisamment documentées.
Par exemple :
54 Templiers brûlés à Paris le 12 mai 1310
est un nombre précis.
Environ 200 à 220 Cathares brûlés à Montségur le 16 mars 1244
est une estimation historique relativement précise.
En revanche :
nombre total de morts de la croisade albigeoise
est inconnu.
De même :
nombre total de morts des persécutions inquisitoriales
ne peut pas être obtenu en additionnant quelques chiffres célèbres, car les archives sont incomplètes et les différentes inquisitions ont fonctionné pendant des siècles.
XXXI. Tableau récapitulatif des principaux événements
| Date | Événement | Victimes / morts | Degré d'implication catholique |
|---|---|---|---|
| 391 | Destruction du Serapeum d'Alexandrie | Nombre exact inconnu | Autorités chrétiennes et pouvoir impérial |
| 772-804 | Guerres de Charlemagne contre les Saxons | Nombre global inconnu | Christianisation liée à la conquête |
| 782 | Massacre de Verden | 4 500 selon les Annales franques | Pouvoir politique chrétien |
| 1096-1099 | Première croisade | Nombre exact inconnu | Croisade proclamée par la papauté |
| 1099 | Prise de Jérusalem | Nombre exact inconnu | Croisés sous autorité religieuse et militaire |
| 1208-1229 | Croisade albigeoise | Nombre global inconnu | Croisade proclamée par le pape |
| 22 juillet 1209 | Massacre de Béziers | Nombre exact inconnu ; plusieurs milliers | Très forte implication religieuse et pontificale |
| 3 mai 1211 | Massacre de Lavaur | Plusieurs centaines de Cathares et environ 80 chevaliers exécutés | Croisés et autorités religieuses |
| 12 septembre 1213 | Bataille de Muret | Nombre exact inconnu | Croisade albigeoise |
| 16 mars 1244 | Bûcher de Montségur | Environ 200-220 | Répression religieuse |
| XIIIe-XIXe siècles | Inquisitions | Nombre global exact inconnu | Tribunaux ecclésiastiques |
| 1545 | Massacres des Vaudois de Provence | Nombre exact inconnu ; plusieurs milliers | Répression religieuse et pouvoir royal |
| 24 août 1572 | Saint-Barthélemy | Environ 5 000-10 000 dans l'ensemble de la France selon les estimations historiques | Responsabilité partagée entre pouvoir politique, factions catholiques et autres acteurs |
| 1618-1648 | Guerre de Trente Ans | Plusieurs millions | Responsabilité partagée entre puissances catholiques et protestantes |
| XVIe-XVIIIe siècles | Chasse aux sorcières | Environ 40 000-60 000 exécutions en Europe | Majoritairement tribunaux civils ; pas imputable à l'Église seule |
| 1307 | Arrestation des Templiers | Des milliers arrêtés | Pouvoir royal français ; conflit avec l'ordre protégé par le pape |
| 12 mai 1310 | Bûcher des Templiers à Paris | 54 | Répression judiciaire |
| 22 mars 1312 | Suppression du Temple | Ordre supprimé | Décision pontificale |
| mars 1314 | Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay | 2 | Exécution après procès |
| XVIe-XIXe siècles | Colonisation des Amériques | Effondrement démographique de plusieurs dizaines de millions | Responsabilité partagée entre États, colons, armées et institutions religieuses |
| XVe-XIXe siècles | Traite et esclavage | Nombre global de morts impossible à attribuer à l'Église | Responsabilité de nombreux États et acteurs |
| 1885-1908 | Congo de Léopold II | Nombre exact inconnu | Principalement régime colonial ; rôle religieux variable |
| XIXe-XXe siècles | Pensionnats autochtones du Canada | Plus de 4 000 décès documentés dans les données disponibles | Institutions religieuses, dont catholiques, en collaboration avec l'État |
| XIXe-XXe siècles | Institutions irlandaises | Nombre global exact inconnu | Institutions catholiques directement impliquées |
| 1933-1945 | Allemagne nazie | Plusieurs millions de victimes du régime | Pas imputable à l'Église ; comportements catholiques variables |
| 1941-1945 | Shoah | Environ 6 millions de Juifs assassinés | Crime nazi ; attitude catholique à étudier séparément |
| 1941-1945 | Régime oustachi | Nombre global de victimes très important, bilan disputé selon les catégories | Participation individuelle de certains catholiques, mais régime responsable |
| 1994 | Génocide des Tutsi | Plus de 800 000 | Certains religieux impliqués individuellement ; génocide organisé par les autorités et milices extrémistes |
| 1950-2020 | Abus sexuels en France | 216 000 victimes mineures estimées par clercs/religieux | Responsabilité institutionnelle et individuelle documentée |
| 1950-2020 | Abus dans les institutions catholiques françaises | 330 000 victimes estimées en incluant les laïcs en mission ecclésiale | Responsabilité institutionnelle et individuelle |
XXXII. Les événements les plus importants à retenir
Si l'on cherche les épisodes qui présentent la relation la plus directe avec l'histoire institutionnelle de l'Église catholique, plusieurs ensembles se distinguent.
Persécutions religieuses médiévales
- croisades ;
- croisade albigeoise ;
- persécution des Cathares ;
- Inquisition ;
- persécution des Vaudois ;
- persécution de certaines communautés juives ;
- conversions forcées.
Violence politique et religieuse
- guerres de christianisation ;
- guerres de Religion ;
- Saint-Barthélemy ;
- certaines guerres européennes confessionnelles.
Colonisation
- conquête des Amériques ;
- évangélisation forcée dans certaines régions ;
- destruction de cultures et religions autochtones ;
- participation de certaines institutions religieuses au système colonial ;
- esclavage ;
- missions coloniales ;
- assimilation culturelle.
Institutions coercitives
- Inquisitions ;
- institutions pour enfants ;
- pensionnats autochtones ;
- maisons et institutions religieuses irlandaises.
Violences contemporaines
- abus sexuels ;
- protection institutionnelle de certains auteurs ;
- dissimulation ;
- participation individuelle de certains religieux à des massacres politiques ;
- comportements variables face aux dictatures et aux génocides.
XXXIII. Ce que les chiffres montrent réellement
Les chiffres disponibles ne permettent pas de construire honnêtement un seul total mondial.
Certaines données sont relativement précises :
- 4 500 Saxons, selon les Annales franques, à Verden en 782 ;
- 54 Templiers brûlés à Paris le 12 mai 1310 ;
- environ 200-220 Cathares brûlés à Montségur le 16 mars 1244 ;
- environ 216 000 victimes mineures estimées en France entre 1950 et 2020 pour les abus commis par des clercs ou religieux ;
- environ 330 000 en incluant les agresseurs laïcs en mission ecclésiale.
D'autres événements n'ont pas de chiffre exact :
- massacre de Béziers ;
- bilan total de la croisade albigeoise ;
- bilan total des Inquisitions ;
- persécutions des Vaudois ;
- première croisade ;
- bilan de nombreuses guerres de Religion ;
- mortalité du Congo ;
- mortalité des pensionnats autochtones ;
- bilan global des violences coloniales.
Dans ces cas, prétendre connaître le nombre exact serait donner une fausse précision.
XXXIV. Pourquoi Béziers reste un cas exceptionnel
Le massacre de Béziers mérite effectivement une place centrale dans cette étude.
Il réunit plusieurs caractéristiques particulièrement importantes :
- 22 juillet 1209 ;
- croisade proclamée contre une hérésie ;
- intervention de la papauté ;
- population civile prise dans le conflit ;
- Cathares et catholiques tués ensemble ;
- massacre massif ;
- absence de décompte exact ;
- utilisation ultérieure de l'événement comme symbole de la violence de la croisade albigeoise.
Le nombre exact des victimes reste inconnu, mais l'incertitude numérique ne diminue pas l'importance historique du massacre.
Il serait donc erroné de réduire Béziers à une simple ligne dans une chronologie.
XXXV. Pourquoi les Templiers doivent également rester dans l'étude
Les Templiers représentent un autre cas exceptionnel parce qu'il s'agit d'un ordre militaire chrétien placé sous la protection directe du pape.
Leur destruction montre qu'une institution religieuse pouvait être prise dans un conflit extrêmement violent avec le pouvoir politique.
La chronologie est particulièrement claire :
- 1129 : approbation de la règle du Temple ;
- 1139 : Innocent II place l'ordre sous la protection directe du pape ;
- 1291 : chute d'Acre ;
- 1307 : Philippe IV ordonne l'arrestation des Templiers ;
- 13 octobre 1307 : arrestations massives ;
- 12 mai 1310 : 54 Templiers brûlés à Paris ;
- 22 mars 1312 : suppression officielle de l'ordre par Clément V ;
- 2 mai 1312 : transfert des biens du Temple à l'Hôpital ;
- mars 1314 : exécution de Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay.
Il s'agit donc bien d'un épisode majeur de l'histoire de l'Église médiévale et du pouvoir politique européen.
XXXVI. Ce que cette étude permet finalement d'établir
Sur deux millénaires, l'histoire du catholicisme ne peut pas être réduite à une histoire uniquement religieuse.
Elle est également liée à l'histoire :
- des États ;
- des empires ;
- des armées ;
- des monarchies ;
- des colonisations ;
- des systèmes judiciaires ;
- des institutions éducatives ;
- des systèmes économiques ;
- des conflits sociaux ;
- des persécutions religieuses ;
- des résistances aux pouvoirs politiques.
L'Église catholique a donc occupé des positions très différentes selon les époques.
Il existe historiquement :
- des décisions pontificales ayant soutenu des entreprises de guerre ;
- des autorités ecclésiastiques ayant organisé ou participé à des persécutions ;
- des tribunaux religieux ayant condamné des personnes ;
- des institutions catholiques ayant directement participé à des systèmes coercitifs ;
- des membres du clergé ayant commis des crimes ;
- des institutions ayant protégé certains criminels ;
- mais également des religieux ayant dénoncé les violences ;
- des missionnaires ayant défendu les peuples autochtones ;
- des catholiques ayant résisté aux dictatures ;
- des religieux ayant sauvé des personnes persécutées ;
- des catholiques ayant été eux-mêmes victimes de régimes politiques.
Conclusion générale
L'histoire de l'Église catholique sur environ deux mille ans contient donc bien des épisodes de violence considérables : croisades, persécutions des hérétiques, massacres de populations, Inquisitions, conversions forcées, persécutions de minorités religieuses, participation à la colonisation, participation de certaines institutions au système esclavagiste, assimilation forcée des peuples autochtones, institutions coercitives pour enfants et, à l'époque contemporaine, violences sexuelles et mécanismes institutionnels de dissimulation.
Parmi les épisodes les plus importants figurent incontestablement :
- la croisade contre les Cathares de 1208-1229 ;
- le massacre de Béziers du 22 juillet 1209 ;
- le massacre de Lavaur du 3 mai 1211 ;
- le bûcher de Montségur du 16 mars 1244 ;
- les différentes Inquisitions ;
- la destruction de l'ordre du Temple entre 1307 et 1314 ;
- les persécutions des Vaudois ;
- les persécutions et expulsions de populations juives ;
- les guerres de Religion et la Saint-Barthélemy de 1572 ;
- la participation de certaines institutions et personnes catholiques à la colonisation et à l'assimilation des peuples autochtones ;
- les pensionnats autochtones du Canada ;
- les institutions catholiques irlandaises ;
- les relations complexes entre catholiques et régimes fascistes et nazis ;
- la participation individuelle de certains membres du clergé au génocide des Tutsi au Rwanda ;
- les abus sexuels commis par des membres du clergé et les défaillances institutionnelles contemporaines.
Mais une conclusion historique sérieuse ne peut pas transformer tous les morts de toutes les guerres impliquant des populations catholiques en un unique « bilan de l'Église ».
La question essentielle est celle de la responsabilité démontrable.
Il faut distinguer une autorité qui ordonne un massacre, une institution qui participe directement à une persécution, un religieux qui commet personnellement un crime, un État catholique qui mène une guerre pour ses propres intérêts et une population chrétienne qui se trouve simplement impliquée dans un conflit.
Cette distinction ne diminue pas la gravité des crimes effectivement commis au nom de la religion ou avec la participation d'institutions religieuses.
Au contraire, elle permet de mesurer leur ampleur sans exagération et sans minimisation.
Le résultat le plus important de cette étude est donc qu'il n'existe pas de « nombre total des morts causés par l'Église catholique » historiquement défendable. Il existe en revanche une multitude d'événements dont certains possèdent des bilans humains relativement précis et dont la responsabilité institutionnelle ou individuelle peut être établie.
Pour les événements où les sources ne permettent pas de connaître le nombre exact, la formulation correcte est « nombre exact inconnu ». Cette précision est préférable à un chiffre artificiellement précis qui donnerait l'impression que deux mille ans d'histoire peuvent être réduits à une simple addition de victimes.
La véritable mesure de l'ampleur historique nécessite donc de conserver ensemble les dates, les événements, les victimes, les chiffres disponibles, les incertitudes documentaires et le degré exact de responsabilité de chaque acteur.
Je vais reprendre l'étude comme une synthèse mondiale, chronologique et structurée, en intégrant les épisodes majeurs et en distinguant les responsabilités directes, institutionnelles, politiques et individuelles. Pour éviter les omissions arbitraires et les chiffres trompeurs, je vais aussi signaler les estimations incertaines plutôt que d'inventer un total.
2 000 ans de violences, persécutions, massacres et destructions associés à l'histoire de l'Église catholique
Introduction
Cette synthèse cherche à couvrir les principaux épisodes historiques dans lesquels l'Église catholique, la papauté, des institutions ecclésiastiques, des ordres religieux, des membres du clergé ou des puissances politiques catholiques ont été impliqués dans :
- massacres ;
- persécutions religieuses ;
- exécutions ;
- guerres de religion ;
- conversions forcées ;
- destructions culturelles ;
- esclavage ;
- colonisation ;
- déplacements de populations ;
- institutions coercitives ;
- violences contre les populations autochtones ;
- abus sexuels ;
- dissimulations institutionnelles ;
- collaborations ou complicités avec des régimes criminels.
Il faut toutefois distinguer plusieurs niveaux de responsabilité.
| Niveau | Signification |
|---|---|
| Direct | Une autorité ou institution ecclésiastique décide ou organise l'action |
| Institutionnel | Une institution catholique participe directement |
| Soutien | Une autorité religieuse apporte un soutien politique, juridique ou idéologique |
| Individuel | Des membres du clergé ou des religieux commettent eux-mêmes les crimes |
| Contexte | Le catholicisme constitue un élément du contexte, sans responsabilité institutionnelle démontrée |
Cette distinction est indispensable pour ne pas transformer artificiellement toutes les guerres menées par des États catholiques en crimes directement commis par l'Église.
I. Antiquité chrétienne
1. IVe siècle : christianisation de l'Empire romain
313-380
Après la légalisation du christianisme sous Constantin, puis son établissement comme religion impériale sous Théodose Ier, la situation religieuse de l'Empire se transforme profondément.
Des temples païens sont progressivement fermés ou détruits dans certaines régions.
Certaines pratiques religieuses traditionnelles sont interdites.
Les chrétiens eux-mêmes sont cependant divisés entre plusieurs courants.
2. Destruction du Serapeum d'Alexandrie
391
Le Serapeum d'Alexandrie fut détruit dans un contexte de conflit religieux.
L'évêque Théophile d'Alexandrie joua un rôle important dans la campagne contre les cultes païens.
La destruction de sanctuaires païens se poursuivit dans différentes régions de l'Empire.
Bilan humain
Les nombres de morts sont inconnus.
Il serait donc faux de fabriquer un bilan global.
II. Haut Moyen Âge
3. Christianisation forcée de certaines populations
VIe-Xe siècles
La christianisation de l'Europe fut très diverse.
Elle comporta :
- conversions volontaires ;
- missions pacifiques ;
- conversions imposées par des souverains ;
- destruction de sanctuaires ;
- interdictions de cultes ;
- violences militaires.
Exemple : Charlemagne et les Saxons
772-804
Les guerres saxonnes furent accompagnées d'une politique de christianisation.
Massacre de Verden
782
Charlemagne fit exécuter un grand nombre de Saxons après une révolte.
Les sources médiévales donnent le chiffre de 4 500 exécutés, chiffre discuté par les historiens.
Cet épisode est souvent présenté comme un massacre religieux, mais il faut également tenir compte du contexte politique et militaire.
III. Les croisades
4. Première croisade
1096-1099
La première croisade fut proclamée par le pape Urbain II.
La prise de Jérusalem en juillet 1099 fut suivie d'un massacre de la population.
Des musulmans et des Juifs furent tués.
Nombre de morts
Le nombre exact est inconnu.
Les chroniques médiévales donnent des chiffres variables.
IV. Croisade albigeoise
5. Guerre contre les Cathares
1209-1229
Cette guerre constitue l'un des épisodes les plus importants de l'histoire de la violence religieuse catholique.
La croisade fut proclamée par le pape Innocent III.
Elle visait les Cathares et les populations accusées de les soutenir.
6. Massacre de Béziers
22 juillet 1209
Béziers fut prise par les croisés.
Une grande partie de la population fut massacrée.
Cathares et catholiques furent tués.
Nombre de morts
Le chiffre exact est inconnu.
Les chiffres médiévaux atteignant 20 000 morts sont généralement considérés comme incertains.
Une formulation prudente est :
plusieurs milliers de morts.
Cet événement doit être considéré comme l'un des massacres majeurs de la croisade albigeoise.
7. Carcassonne
Août 1209
La ville fut assiégée.
Après sa reddition, la population fut expulsée.
Le vicomte Raymond-Roger Trencavel fut emprisonné et mourut peu après.
8. Lavaur
3 mai 1211
Après la prise de Lavaur :
- Dame Guiraude fut exécutée ;
- environ 80 chevaliers furent pendus ;
- plusieurs centaines de Cathares furent brûlés.
9. Montségur
16 mars 1244
Après le siège de Montségur, environ 200 à 220 Cathares furent brûlés.
Cet événement marque symboliquement l'effondrement du principal mouvement cathare organisé.
V. Inquisitions
10. XIIIe-XIXe siècles
Plusieurs institutions inquisitoriales furent créées à différentes époques.
Il faut notamment distinguer :
- Inquisition médiévale ;
- Inquisition espagnole ;
- Inquisition portugaise ;
- Inquisition romaine.
Les procédures pouvaient comprendre :
- interrogatoires ;
- emprisonnement ;
- confiscation ;
- torture ;
- condamnation ;
- exécution par le pouvoir civil.
11. Inquisition espagnole
1478-1834
Les recherches historiques modernes évaluent généralement les exécutions à quelques milliers, très loin des chiffres gigantesques parfois avancés dans les récits anciens.
Une estimation souvent retenue est de l'ordre de 3 000 à 5 000 exécutions, selon les périodes et les méthodes de calcul.
VI. Persécution des Vaudois
12. XIIe-XVIIe siècles
Les Vaudois furent considérés comme hérétiques.
Ils subirent différentes campagnes de persécution.
Massacres de Provence
1545
Plusieurs villages vaudois furent détruits.
Plusieurs milliers de personnes furent tuées selon les estimations historiques.
VII. Réforme protestante et guerres de religion
13. XVIe-XVIIe siècles
La Réforme provoqua une rupture majeure de la chrétienté occidentale.
Elle entraîna :
- persécutions ;
- guerres ;
- massacres ;
- destructions d'églises ;
- conversions forcées ;
- déplacements de populations.
VIII. Massacre de la Saint-Barthélemy
14. 24 août 1572
Le massacre commença à Paris puis s'étendit à plusieurs villes.
Les victimes furent principalement des protestants.
Nombre de morts
Les estimations généralement retenues sont :
environ 5 000 à 10 000 morts dans l'ensemble du royaume.
À Paris :
environ 2 000 à 3 000 morts.
La responsabilité ne peut pas être attribuée à l'Église seule.
La monarchie française, des responsables politiques, des groupes armés et des populations locales furent également impliqués.
IX. Guerre de Trente Ans
15. 1618-1648
Le conflit commença dans un contexte religieux mais devint progressivement une guerre internationale mêlant :
- religion ;
- politique ;
- dynasties ;
- territoires ;
- intérêts géopolitiques.
Nombre de morts
Les estimations sont très variables.
Un ordre de grandeur souvent cité est :
4 à 8 millions de morts.
Une grande partie des victimes mourut de :
- famine ;
- maladies ;
- déplacements ;
- destruction économique.
Il serait donc historiquement faux d'attribuer ces millions de morts à l'Église catholique seule.
X. Chasse aux sorcières
XVIe-XVIIIe siècles
Des dizaines de milliers de personnes furent exécutées en Europe après des accusations de sorcellerie.
Nombre de morts
Les estimations historiques modernes tournent autour de :
40 000 à 60 000 exécutions.
Mais il est particulièrement important de préciser :
la majorité des procès de sorcellerie furent conduits par des autorités civiles et non par l'Inquisition catholique.
Il serait donc faux d'attribuer les dizaines de milliers d'exécutions à l'Église catholique.
XI. Persécutions des Juifs
Moyen Âge-époque moderne
Des populations juives subirent périodiquement :
- massacres ;
- expulsions ;
- conversions forcées ;
- discriminations ;
- confiscations.
Parmi les épisodes majeurs :
- massacres de la première croisade ;
- persécutions en Europe médiévale ;
- expulsions d'Angleterre ;
- expulsions de France ;
- expulsion d'Espagne en 1492 ;
- persécution des convertis accusés de judaïsme clandestin.
Les responsabilités furent variables selon les époques.
XII. Colonisation des Amériques
16. À partir de 1492
La conquête européenne entraîna une catastrophe démographique sans précédent pour les populations autochtones.
Les causes furent multiples :
- épidémies ;
- guerres ;
- massacres ;
- esclavage ;
- travail forcé ;
- famines ;
- déplacements ;
- destruction des structures sociales.
Nombre de morts
Les estimations démographiques varient énormément selon les régions et les modèles.
La population autochtone des Amériques diminua de plusieurs dizaines de millions de personnes selon de nombreuses estimations.
Mais il faut distinguer :
mortalité démographique globale
et
personnes directement assassinées.
La plus grande partie de l'effondrement démographique est généralement attribuée aux maladies introduites, combinées aux guerres et aux bouleversements coloniaux.
XIII. Destruction des cultures autochtones
XVIe-XIXe siècles
Certaines missions catholiques participèrent à :
- la destruction de lieux religieux ;
- l'interdiction de cérémonies ;
- la suppression de croyances ;
- l'imposition du christianisme ;
- l'assimilation culturelle.
D'autres religieux dénoncèrent au contraire les violences coloniales.
Bartolomé de las Casas
1484-1566
Le religieux dominicain Bartolomé de las Casas dénonça les violences commises contre les populations indigènes.
Son existence montre que l'Église n'a jamais constitué un bloc homogène.
XIV. Esclavage
XVe-XIXe siècles
Des personnes et certaines institutions catholiques ont participé au système esclavagiste.
Des papes ont également condamné certaines formes d'esclavage.
La position historique de l'Église fut donc contradictoire selon les époques et les régions.
Traite atlantique
Des millions d'Africains furent déportés vers les Amériques.
Les morts furent extrêmement nombreuses pendant :
- les captures ;
- les marches forcées ;
- le transport maritime ;
- l'esclavage ;
- les révoltes ;
- les répressions.
Mais le système impliquait de nombreuses puissances européennes et africaines et ne peut pas être attribué à l'Église catholique seule.
XV. Destruction de l'ordre du Temple
17. 1307-1314
L'ordre du Temple fut progressivement détruit.
13 octobre 1307
Arrestation massive des Templiers en France sur ordre de Philippe IV.
1307-1314
- arrestations ;
- emprisonnements ;
- interrogatoires ;
- tortures ;
- confiscations ;
- procès.
22 mars 1312
Le pape Clément V supprima officiellement l'ordre.
18 mars 1314
Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay furent brûlés à Paris.
Il faut donc parler de :
destruction politique et judiciaire de l'ordre du Temple accompagnée de tortures et d'exécutions.
Tous les Templiers ne furent pas massacrés.
XVI. Colonisation de l'Afrique
XIXe-XXe siècles
Les missions catholiques furent fortement présentes dans les colonies européennes.
Elles participèrent selon les régions :
- à l'éducation ;
- aux soins ;
- à l'évangélisation ;
- à l'assimilation culturelle ;
- au système colonial.
Certains religieux dénoncèrent également les violences coloniales.
XVII. Congo
1885-1908
L'État indépendant du Congo sous Léopold II fut marqué par :
- travail forcé ;
- mutilations ;
- massacres ;
- destruction de villages ;
- prise d'otages ;
- famine ;
- maladies.
Nombre de morts
La population congolaise connut une baisse démographique catastrophique.
Les estimations historiques vont de plusieurs millions à des chiffres beaucoup plus élevés selon les méthodes utilisées.
Il n'existe cependant pas de chiffre suffisamment solide permettant d'attribuer ces morts à l'Église catholique.
La responsabilité principale revient au système colonial de l'État indépendant du Congo et aux structures économiques et politiques qui l'organisaient.
XVIII. Génocide arménien
1915-1917
L'Empire ottoman organisa les déportations et massacres des Arméniens.
Nombre de morts
Les estimations courantes se situent autour de :
1 à 1,5 million de morts.
Cet événement n'est pas un crime de l'Église catholique.
Il doit néanmoins apparaître dans une histoire mondiale des violences religieuses et politiques, car des populations chrétiennes furent massacrées.
Il ne doit surtout pas être artificiellement attribué au catholicisme.
XIX. Irlande
XIXe-XXe siècles
Des institutions catholiques administrèrent différentes structures :
- pensionnats ;
- orphelinats ;
- maisons pour mères célibataires ;
- institutions pour enfants ;
- Magdalene Laundries.
Des enquêtes ont établi :
- violences physiques ;
- violences psychologiques ;
- abus sexuels ;
- conditions de vie extrêmement difficiles ;
- travail forcé dans certaines institutions ;
- décès d'enfants.
Les chiffres de mortalité doivent être étudiés institution par institution.
XX. Pensionnats autochtones du Canada
XIXe-XXe siècles
Le système des pensionnats autochtones constitue l'un des cas les plus importants de participation institutionnelle catholique à une politique d'assimilation forcée.
Des institutions catholiques administrèrent de nombreux établissements.
Les enfants furent séparés de leurs familles.
Ils subirent notamment :
- violences physiques ;
- violences sexuelles ;
- violences psychologiques ;
- privation culturelle ;
- interdiction ou découragement des langues autochtones ;
- conditions sanitaires très mauvaises.
Nombre d'enfants
Environ :
150 000 enfants
furent envoyés dans les pensionnats autochtones au cours de l'existence du système.
Décès
Au moins :
environ 4 200 décès d'enfants
ont été identifiés ou documentés dans les données disponibles, mais les archives sont incomplètes et le nombre réel peut être supérieur.
Il ne faut pas transformer automatiquement ces décès en assassinats individuels.
XXI. Australie
XIXe-XXe siècles
Des institutions chrétiennes, dont certaines catholiques, participèrent à la prise en charge et à l'assimilation d'enfants autochtones.
Les politiques de séparation des enfants de leurs familles sont aujourd'hui étudiées dans le cadre de l'histoire des « Stolen Generations ».
Les conséquences furent :
- rupture familiale ;
- perte culturelle ;
- traumatismes ;
- violences ;
- mortalité dans certaines institutions.
Il n'existe pas de bilan mondial unique attribuable aux institutions catholiques.
XXII. Génocide des Tutsi au Rwanda
6 avril-juillet 1994
Le génocide des Tutsi constitue l'un des crimes de masse les mieux documentés de la fin du XXe siècle.
Nombre de morts
Environ :
500 000 à 1 000 000 de personnes.
La majorité des victimes furent des Tutsi.
Des Hutu opposés aux extrémistes furent également assassinés.
Rôle de membres du clergé
Certains prêtres et religieux furent accusés ou condamnés pour leur participation aux massacres.
D'autres religieux protégèrent des victimes.
La responsabilité du génocide ne peut donc pas être attribuée à l'Église catholique dans son ensemble.
XXIII. Abus sexuels dans l'Église
XXe-XXIe siècles
Les abus sexuels commis par des prêtres, religieux et membres du personnel d'institutions catholiques constituent l'un des principaux scandales contemporains de l'Église.
Les enquêtes de plusieurs pays ont documenté :
- viols ;
- agressions sexuelles ;
- abus sur mineurs ;
- déplacements de prêtres accusés ;
- dissimulation ;
- absence de signalement ;
- protection institutionnelle de certains auteurs.
XXIV. États-Unis
XXe-XXIe siècles
Des milliers de cas d'abus sexuels ont été documentés.
Des enquêtes ont également établi des mécanismes de déplacement de prêtres accusés et de protection institutionnelle dans certains diocèses.
Des indemnisations très importantes ont été versées aux victimes.
XXV. France
1950-2020
La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église a étudié les abus commis depuis 1950.
Elle a estimé :
environ 216 000 victimes mineures
d'abus sexuels commis par des clercs et religieux.
En incluant les personnes agressées par des laïcs travaillant dans les institutions catholiques :
environ 330 000 victimes.
Ces chiffres sont des estimations statistiques.
Ils ne constituent pas un nombre de morts.
XXVI. Autres pays concernés
Des enquêtes importantes ont également concerné :
- Irlande ;
- Royaume-Uni ;
- Australie ;
- Canada ;
- États-Unis ;
- Allemagne ;
- Espagne ;
- Portugal ;
- Belgique ;
- Pays-Bas ;
- Chili ;
- Argentine ;
- Mexique ;
- plusieurs pays africains ;
- plusieurs pays d'Amérique latine.
Le phénomène est donc mondial.
XXVII. Collaboration avec des régimes autoritaires
XXe siècle
L'attitude de l'Église catholique envers les régimes autoritaires fut extrêmement variable.
Il existe des exemples de :
- collaboration ;
- accommodement ;
- soutien politique ;
- silence ;
- résistance ;
- protection de victimes ;
- participation individuelle de religieux aux persécutions.
Il faut donc étudier séparément chaque régime.
XXVIII. Fascisme italien
1922-1943
Les relations entre l'Église catholique et le régime fasciste italien furent complexes.
Accords du Latran
1929
Les accords du Latran établirent les relations entre le Saint-Siège et l'État italien fasciste.
Le pape Pie XI reconnut le royaume d'Italie.
En retour, l'Italie reconnut la souveraineté du Vatican.
Cela ne signifie pas que l'Église catholique approuvait chacune des politiques fascistes.
XXIX. Allemagne nazie
1933-1945
L'attitude de l'Église catholique envers le nazisme fut également complexe.
Il exista :
- coopération institutionnelle sur certains sujets ;
- opposition à certaines politiques ;
- résistance de certains catholiques ;
- persécution de certains prêtres ;
- silence ou ambiguïté de certains responsables.
Concordat de 1933
Le Saint-Siège conclut un concordat avec l'Allemagne nazie.
Le concordat ne constitue cependant pas une preuve que l'Église catholique aurait approuvé l'ensemble de l'idéologie nazie.
XXX. Shoah
1941-1945
Environ :
6 millions de Juifs
furent assassinés par l'Allemagne nazie et ses collaborateurs.
La Shoah n'est pas un crime de l'Église catholique.
Cependant, l'attitude de différents responsables et institutions catholiques pendant la période nazie demeure un sujet historique majeur.
Il faut distinguer :
- les religieux ayant aidé des Juifs ;
- les religieux ayant collaboré ;
- les institutions ayant gardé le silence ;
- les responsables ayant protesté ;
- les responsables ayant adopté des positions ambiguës.
XXXI. Yougoslavie et régime des Oustachis
1941-1945
L'État indépendant de Croatie dirigé par les Oustachis commit des massacres de masse contre :
- Serbes ;
- Juifs ;
- Roms ;
- opposants politiques.
Certains membres du clergé catholique furent impliqués individuellement ou institutionnellement dans le régime.
D'autres s'y opposèrent.
Le sujet exige donc une étude précise des responsabilités individuelles et institutionnelles.
XXXII. Amérique latine
XXe siècle
Dans plusieurs dictatures latino-américaines, des membres du clergé furent :
- collaborateurs ;
- opposants ;
- défenseurs des droits humains ;
- victimes de régimes militaires.
Des prêtres furent assassinés pour leur opposition à des dictatures.
Il serait donc faux de présenter l'Église latino-américaine comme ayant adopté une seule position.
XXXIII. Les enfants victimes des institutions religieuses
Au-delà des abus sexuels, les enquêtes historiques ont documenté dans différents pays :
- violences corporelles ;
- isolement ;
- travail forcé ;
- humiliations ;
- privation de nourriture ;
- punitions ;
- séparation familiale ;
- destruction culturelle.
Les principaux exemples comprennent :
- Canada ;
- Irlande ;
- Australie ;
- États-Unis ;
- Royaume-Uni ;
- plusieurs pays européens ;
- Amérique latine.
XXXIV. Peut-on calculer un bilan mondial ?
Non, pas sous la forme d'un seul chiffre sérieux
Il serait intellectuellement trompeur d'additionner toutes les victimes de tous les événements précédents.
Par exemple :
4 200 enfants morts dans les pensionnats canadiens
est une catégorie différente de :
216 000 victimes d'abus sexuels en France.
Et :
500 000 à 1 000 000 morts au Rwanda
ne peuvent pas être ajoutés comme s'ils étaient tous des victimes de l'Église catholique.
XXXV. Les principaux épisodes directement liés à des institutions catholiques
On peut néanmoins identifier plusieurs catégories majeures.
| Période | Événement | Ampleur humaine |
|---|---|---|
| 1209 | Massacre de Béziers | Plusieurs milliers de morts |
| 1211 | Massacre de Lavaur | Plusieurs centaines |
| 1244 | Bûcher de Montségur | Environ 200-220 morts |
| XIIIe-XIXe siècles | Inquisitions | Plusieurs milliers d'exécutions selon les institutions et périodes |
| 1545 | Massacres des Vaudois de Provence | Plusieurs milliers |
| 1572 | Saint-Barthélemy | Environ 5 000-10 000 |
| 1307-1314 | Destruction des Templiers | Tortures et exécutions, nombre global incertain |
| XVIe-XIXe siècles | Colonisation et missions | Immense catastrophe démographique, responsabilité partagée |
| XIXe-XXe siècles | Institutions coloniales et religieuses | Bilan mondial impossible à isoler |
| XIXe-XXe siècles | Pensionnats autochtones du Canada | Au moins environ 4 200 décès identifiés/documentés |
| XIXe-XXe siècles | Institutions irlandaises | Nombre de décès variable selon les établissements |
| XXe siècle | Abus sexuels | Des dizaines ou centaines de milliers de victimes selon les pays et méthodes |
| 1994 | Rwanda | Certains membres du clergé impliqués ; 500 000-1 000 000 morts au total du génocide |
XXXVI. Ce qu'il ne faut surtout pas faire avec ces chiffres
Il serait faux de dire :
« Tous ces morts ont été tués par l'Église catholique. »
Mais il serait également faux de dire :
« L'Église n'a donc aucune responsabilité dans ces événements. »
La réalité historique est beaucoup plus précise.
Certains événements impliquent directement des autorités ecclésiastiques.
D'autres impliquent des institutions catholiques.
D'autres impliquent des membres individuels du clergé.
D'autres sont principalement des crimes d'États catholiques.
Et certains n'ont pratiquement aucun rapport institutionnel avec l'Église et doivent être exclus du bilan.
XXXVII. Les épisodes qui doivent absolument figurer dans une étude complète
Pour éviter les omissions, une étude véritablement mondiale doit au minimum traiter :
- Christianisation coercitive de certaines populations européennes
- Destruction de sanctuaires païens
- Croisades en Orient
- Massacres de populations juives liés à certaines croisades
- Croisade contre les Cathares
- Massacre de Béziers, 1209
- Lavaur, 1211
- Montségur, 1244
- Inquisition médiévale
- Persécution des Vaudois
- Destruction de l'ordre du Temple, 1307-1314
- Inquisition espagnole, 1478-1834
- Inquisition portugaise
- Inquisition romaine
- Persécutions des Juifs
- Guerres de Religion
- Saint-Barthélemy, 1572
- Guerre de Trente Ans, 1618-1648
- Chasse aux sorcières
- Conversions forcées
- Colonisation des Amériques
- Destruction de cultures et religions autochtones
- Esclavage
- Missions coloniales
- Colonisation de l'Afrique
- Congo
- Pensionnats autochtones du Canada
- Institutions australiennes et Stolen Generations
- Institutions catholiques irlandaises
- Collaboration ou résistance face aux régimes fascistes
- Relations avec le nazisme
- Shoah et attitude des institutions catholiques
- Régime oustachi en Croatie
- Dictatures latino-américaines
- Rwanda, 1994
- Abus sexuels dans l'Église
- Dissimulation institutionnelle des abus
- Indemnisations et enquêtes contemporaines
Conclusion
Sur près de deux millénaires, l'histoire du catholicisme contient donc à la fois :
- des persécutions ;
- des massacres ;
- des croisades ;
- des tribunaux religieux ;
- des exécutions ;
- des conversions forcées ;
- des destructions culturelles ;
- une participation à certains systèmes coloniaux ;
- une participation à certaines institutions esclavagistes ;
- des violences dans des institutions religieuses ;
- des abus sexuels massifs ;
- des cas de collaboration avec des régimes criminels.
Mais cette même histoire contient également :
- des religieux opposés aux massacres ;
- des défenseurs des peuples autochtones ;
- des opposants à l'esclavage ;
- des religieux ayant protégé des Juifs pendant la Shoah ;
- des prêtres opposés aux dictatures ;
- des religieux ayant protégé des victimes ;
- des condamnations ultérieures de certaines pratiques par les autorités catholiques.
Une synthèse historique sérieuse doit conserver les deux réalités, sans transformer l'une en justification de l'autre.
Le point essentiel pour mesurer l'ampleur des violences est donc de ne pas fabriquer un « total des morts de l'Église » qui n'a aucune valeur historique.
La méthode la plus rigoureuse consiste à construire une chronologie mondiale exhaustive, événement par événement, avec :
DATE → LIEU → ÉVÉNEMENT → VICTIMES → NOMBRE DE MORTS → NATURE DES VIOLENCES → RESPONSABILITÉ DE L'ÉGLISE → RESPONSABILITÉS DES AUTRES ACTEURS → SOURCES HISTORIQUES.
C'est cette méthode qui permettrait de poursuivre l'étude jusqu'à obtenir une véritable histoire mondiale des violences associées au catholicisme sur 2 000 ans, sans supprimer les épisodes importants ni gonfler artificiellement les chiffres.
Tu as raison sur les deux points : Béziers doit être traité comme un épisode central de la croisade albigeoise, et la destruction de l'ordre du Temple doit figurer dans la chronologie. Je vais aussi éviter les caractères parasites et les éléments qui peuvent perturber le rendu Markdown.
Pour les Templiers, il faut toutefois distinguer arrestations massives, torture, procès, exécutions et suppression de l'ordre : parler d'un « massacre de tous les Templiers » serait historiquement trop général. Voici la version corrigée et renforcée.
Les Cathares et les Templiers : deux épisodes majeurs de la violence religieuse médiévale
1. Le massacre de Béziers : 22 juillet 1209
Le massacre de Béziers constitue l'un des épisodes les plus terribles de la croisade contre les Cathares.
La croisade albigeoise avait été proclamée en 1208 par le pape Innocent III après l'assassinat du légat pontifical Pierre de Castelnau.
En 1209, une immense armée de croisés se dirigea vers le Midi de la France.
Béziers fut la première grande ville attaquée.
22 juillet 1209
Les croisés pénétrèrent dans Béziers.
La population fut massacrée sans distinction entre les Cathares et les catholiques.
C'est précisément ce qui rend l'épisode particulièrement important :
les habitants de Béziers furent massacrés parce qu'ils se trouvaient dans une ville considérée comme protégeant ou abritant des hérétiques.
La tradition rapporte que lorsque les croisés demandèrent comment distinguer les Cathares des catholiques, la réponse attribuée au légat pontifical Arnaud Amaury aurait été :
« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. »
Cette formule est célèbre, mais son authenticité exacte est discutée par les historiens. Elle apparaît dans une source plus tardive, la chronique de Césaire de Heisterbach, et ne doit donc pas être présentée comme une citation contemporaine absolument certaine.
Cela ne change cependant pas le fait essentiel :
le massacre de Béziers est historiquement établi.
Combien de morts ?
Le nombre exact est inconnu.
Certaines sources médiévales ont donné des chiffres extrêmement élevés, notamment 20 000 morts.
Les historiens modernes considèrent généralement ces chiffres comme incertains et probablement exagérés.
Il est raisonnable de parler de :
plusieurs milliers de morts.
Le massacre fut suffisamment important pour devenir immédiatement l'un des événements emblématiques de la croisade.
2. La croisade albigeoise : 1209-1229
Le massacre de Béziers n'est pas un événement isolé.
La croisade se poursuivit pendant environ vingt ans.
Elle entraîna :
- sièges ;
- massacres ;
- exécutions ;
- destructions de villes et de villages ;
- confiscations de terres ;
- persécutions des Cathares ;
- expulsions ;
- soumission forcée des populations ;
- intervention de l'Inquisition dans les décennies suivantes.
Carcassonne - août 1209
Après Béziers, les croisés assiégèrent Carcassonne.
La ville capitula.
Le vicomte Raymond-Roger Trencavel fut emprisonné et mourut quelques mois plus tard.
La population fut expulsée de la cité.
3. Le massacre de Lavaur - 3 mai 1211
Lavaur constitue un autre épisode particulièrement important.
La ville était défendue par Dame Guiraude de Laurac.
Après la prise de la ville :
- Guiraude fut exécutée ;
- environ 80 chevaliers furent pendus ;
- plusieurs centaines de Cathares furent brûlés.
Les chiffres précis varient selon les sources.
Cet épisode montre que la croisade ne consistait pas uniquement en affrontements entre armées.
La répression visait également directement les populations considérées comme hérétiques.
4. Montségur - 16 mars 1244
Montségur constitue l'un des épisodes les plus célèbres de la répression du catharisme.
La forteresse fut assiégée pendant plusieurs mois.
Après la reddition :
environ 200 à 220 Cathares furent brûlés vifs le 16 mars 1244.
Cet épisode est historiquement beaucoup mieux documenté que certains chiffres attribués aux massacres du début de la croisade.
Les condamnés furent brûlés dans un lieu aujourd'hui appelé le « Prat dels Cremats ».
Montségur devint ensuite le symbole de la résistance cathare.
5. La répression des Cathares après la croisade
La croisade militaire ne suffit pas à éliminer le catharisme.
L'Église mit progressivement en place un système de surveillance et de poursuite des hérétiques.
L'Inquisition médiévale joua alors un rôle majeur.
Les personnes suspectées d'hérésie pouvaient être :
- interrogées ;
- emprisonnées ;
- torturées dans certaines circonstances ;
- condamnées à diverses pénitences ;
- dépouillées de leurs biens ;
- condamnées au bûcher dans les cas les plus graves.
La répression se poursuivit pendant plusieurs décennies.
Le dernier grand foyer cathare fut progressivement détruit au XIIIe siècle.
6. Quel bilan humain pour la croisade contre les Cathares ?
Il n'existe pas de chiffre définitif.
Il faut donc éviter d'inventer un total.
On peut néanmoins distinguer plusieurs épisodes documentés :
| Date | Lieu | Événement | Nombre de morts estimé |
|---|---|---|---|
| 22 juillet 1209 | Béziers | Massacre de la population | Plusieurs milliers |
| 1209 | Carcassonne | Prise de la ville et expulsions | Nombre incertain |
| 3 mai 1211 | Lavaur | Exécutions et bûcher | Plusieurs centaines |
| 1218-1220 | Toulouse et autres villes | Combats et répression | Nombre incertain |
| 1244 | Montségur | Bûcher des Cathares | Environ 200-220 |
| XIIIe siècle | Languedoc | Répression inquisitoriale | Nombre global impossible à établir |
Le chiffre global des morts de la croisade reste donc incertain.
Mais l'ampleur de la violence est incontestable.
7. Pourquoi Béziers est particulièrement important
Béziers mérite une place particulière dans cette histoire pour plusieurs raisons.
1. La ville fut attaquée très tôt
Elle constitue l'un des premiers grands massacres de la croisade.
2. La population fut massacrée sans distinction religieuse fiable
Les catholiques eux-mêmes furent victimes du massacre.
3. L'événement fut associé à une justification religieuse
La croisade avait reçu l'autorisation pontificale.
4. Le massacre servit également d'avertissement
La violence exercée contre Béziers contribua à montrer aux autres villes ce qui pouvait leur arriver en cas de résistance.
8. Les Templiers
1119-1312
L'ordre du Temple fut créé au début du XIIe siècle.
Les Templiers devinrent progressivement l'un des ordres militaires les plus puissants de la chrétienté occidentale.
Ils possédaient :
- des forteresses ;
- des terres ;
- des commanderies ;
- des ressources financières ;
- une importante organisation internationale.
Ils étaient directement placés sous l'autorité du pape.
9. Vendredi 13 octobre 1307 : arrestation des Templiers
Le roi Philippe IV de France ordonna l'arrestation massive des Templiers dans son royaume.
La date est devenue célèbre :
13 octobre 1307.
De nombreux Templiers furent arrêtés simultanément.
Ils furent accusés notamment :
- d'hérésie ;
- de reniement du Christ ;
- de pratiques religieuses prétendument secrètes ;
- de comportements sexuels interdits ;
- de crachats ou piétinement de la croix ;
- d'adoration d'une mystérieuse idole appelée Baphomet.
Une partie importante des accusations fut obtenue ou renforcée par des interrogatoires sous torture.
10. La torture des Templiers
Des Templiers furent soumis à la torture afin d'obtenir des aveux.
Certains avouèrent les accusations.
Plus tard, certains retirèrent leurs aveux.
Cette rétractation provoqua de nouvelles poursuites.
Le dossier des Templiers est donc un exemple particulièrement important de la manière dont les mécanismes judiciaires et religieux pouvaient produire des condamnations dans un contexte de pression politique.
11. Suppression de l'ordre du Temple : 1312
Le pape Clément V finit par supprimer officiellement l'ordre.
La décision fut prise lors du concile de Vienne.
22 mars 1312
La bulle pontificale Vox in excelso supprima officiellement l'ordre du Temple.
Il est important de préciser :
le pape ne déclara pas que les accusations contre tous les Templiers avaient été démontrées.
La suppression de l'ordre résulta notamment de la situation politique extrêmement difficile dans laquelle se trouvait le pape face au roi de France.
12. Les exécutions de Templiers
Les Templiers ne furent pas tous massacrés.
C'est une distinction historique importante.
Selon les régions et les circonstances :
- certains furent emprisonnés ;
- certains furent torturés ;
- certains furent exécutés ;
- certains furent acquittés ;
- certains furent transférés vers d'autres ordres religieux ;
- certains vécurent encore plusieurs années après la suppression de l'ordre.
En France, plusieurs Templiers furent exécutés.
13. Jacques de Molay - 18 mars 1314
Le dernier grand maître de l'ordre, Jacques de Molay, constitue le cas le plus célèbre.
Il avait été emprisonné pendant plusieurs années.
En 1314, il rétracta ses aveux.
Il fut alors condamné comme relaps.
18 mars 1314
Jacques de Molay fut brûlé vif à Paris, sur l'île aux Juifs.
Avec lui fut exécuté Geoffroy de Charnay.
La disparition de Jacques de Molay marque symboliquement la fin de l'ordre du Temple.
14. Peut-on parler d'un « massacre des Templiers » ?
Il faut employer le terme avec précision.
Oui, dans un sens général
La destruction de l'ordre fut une opération extrêmement brutale :
- arrestations massives ;
- confiscations ;
- emprisonnements ;
- torture ;
- exécutions ;
- suppression de l'ordre.
Mais non, si l'on entend par là que tous les Templiers furent massacrés
Ce n'est pas exact.
L'ordre comptait des milliers de membres et tous ne furent pas exécutés.
La formulation historiquement plus précise est :
Destruction judiciaire et politique de l'ordre du Temple entre 1307 et 1312, accompagnée de tortures et d'exécutions de certains de ses membres.
15. Deux épisodes différents, mais révélateurs
Les Cathares et les Templiers ne doivent pas être confondus.
Cathares
1209-1244 et au-delà
Il s'agit principalement d'une répression religieuse dirigée contre une doctrine considérée comme hérétique.
Elle comporta :
- croisade ;
- massacres ;
- sièges ;
- bûchers ;
- confiscations ;
- Inquisition.
Templiers
1307-1314
Il s'agit principalement de la destruction d'un ordre militaire chrétien devenu politiquement et financièrement puissant.
Elle comporta :
- arrestations ;
- interrogatoires ;
- torture ;
- procès ;
- confiscations ;
- suppression pontificale de l'ordre ;
- exécutions de certains dirigeants.
16. Une chronologie corrigée des grands épisodes
| Date | Événement | Victimes ou morts |
|---|---|---|
| 1096-1291 | Croisades en Orient | Plusieurs centaines de milliers ou davantage selon les estimations globales, très incertain |
| 1209 | Béziers | Plusieurs milliers |
| 1209 | Carcassonne | Nombre inconnu ; expulsions massives |
| 1211 | Lavaur | Plusieurs centaines |
| 1218-1220 | Siège et combats de Toulouse | Nombre incertain |
| 1244 | Montségur | Environ 200-220 Cathares brûlés |
| XIIIe-XIVe siècles | Inquisition contre les Cathares | Nombre global inconnu |
| 1307 | Arrestation des Templiers | Des milliers arrêtés |
| 1307-1314 | Procès des Templiers | Tortures et exécutions |
| 1312 | Suppression officielle de l'ordre | Ordre supprimé |
| 18 mars 1314 | Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay | 2 exécutés |
17. Ce que cette correction change dans l'étude générale
Ces événements doivent effectivement occuper une place beaucoup plus importante dans une étude sur les violences historiques associées aux institutions catholiques.
Mais il faut conserver une distinction essentielle :
Béziers :
La croisade avait été proclamée par le pape et la répression des Cathares constituait explicitement un objectif religieux.
Templiers :
La destruction de l'ordre résulta d'une combinaison beaucoup plus complexe de pouvoir royal, intérêts financiers, accusations religieuses, procédure judiciaire et intervention pontificale.
Dans les deux cas, cependant, nous avons des épisodes extrêmement importants de l'histoire de la chrétienté médiévale.
18. Les autres événements qu'il faudra impérativement rechercher
Une chronologie mondiale vraiment exhaustive devra également examiner, entre autres :
- les croisades contre les musulmans ;
- les croisades contre les Cathares ;
- les croisades contre les Vaudois ;
- les croisades baltes ;
- les persécutions des Hussites ;
- les guerres de Religion ;
- la Saint-Barthélemy de 1572 ;
- les persécutions des protestants ;
- les Inquisitions espagnole, portugaise et romaine ;
- les persécutions contre les populations juives ;
- les conversions forcées ;
- les destructions de sanctuaires et objets religieux ;
- la conquête et l'évangélisation des Amériques ;
- les systèmes coloniaux catholiques ;
- l'esclavage et les institutions religieuses impliquées ;
- les missions coloniales en Afrique ;
- les violences coloniales au Congo ;
- les pensionnats autochtones du Canada ;
- les institutions religieuses irlandaises ;
- les abus sexuels commis par des membres du clergé ;
- les cas de collaboration ou de complicité de religieux avec des régimes responsables de massacres ;
- les responsabilités individuelles de religieux dans différents génocides du XXe siècle.
Le point essentiel sera de ne plus laisser de côté les épisodes historiques majeurs, tout en donnant pour chacun les dates, les lieux, les victimes, les estimations de morts et surtout le degré exact de responsabilité de l'Église catholique.
Réfléchi pendant 10s
Crimes, massacres et génocides liés à l'histoire de l'Église catholique
Chronologie avec dates et estimations du nombre de morts
Tu as raison sur un point essentiel : les chiffres permettent beaucoup mieux de mesurer l'ampleur historique des atrocités.
Je vais donc compléter l'étude précédente en indiquant, lorsque les historiens disposent d'estimations sérieuses :
- la date ;
- le lieu ;
- l'événement ;
- la nature de l'implication catholique ;
- le nombre de morts ;
- le degré de certitude du chiffre.
Une précaution est cependant indispensable : on ne peut pas additionner tous les morts de ces événements pour obtenir un « bilan des crimes de l'Église catholique ». Certains événements furent directement décidés ou soutenus par des autorités ecclésiastiques ; d'autres furent commis par des États catholiques, des armées ou des populations chrétiennes avec une implication ecclésiastique variable.
1. Croisade des Albigeois
1209-1229 - Sud de la France
La croisade fut proclamée par le pape Innocent III contre les Cathares et contre les territoires considérés comme favorables à l'hérésie.
Le massacre de Béziers eut lieu en juillet 1209.
La ville fut prise et une grande partie de sa population massacrée.
Nombre de morts
Les chiffres médiévaux sont extrêmement incertains.
Les chroniques donnent parfois des nombres très élevés, mais les historiens modernes ne considèrent pas ces chiffres comme établis.
Le massacre de Béziers est néanmoins considéré par l'historien Mark Gregory Pegg comme un épisode pouvant être décrit comme un « moment génocidaire », tout en précisant que les victimes ne correspondent pas à la définition juridique moderne du génocide.
Bilan
Bilan des morts : impossible à établir précisément.
On peut donc écrire :
Plusieurs milliers de morts sont vraisemblables pour les massacres de la croisade, mais aucun bilan global fiable n'est disponible.
La croisade dura environ vingt ans et provoqua massacres, sièges, exécutions et déplacements de populations.
2. Les croisades en Terre sainte
1096-1291
Plusieurs croisades furent proclamées avec l'autorité ou le soutien de la papauté.
L'un des épisodes les plus célèbres est la prise de Jérusalem en 1099.
Des habitants musulmans et juifs furent massacrés après la prise de la ville.
Nombre de morts
Les sources médiévales donnent des chiffres très variables et souvent invérifiables.
Il est donc préférable de ne pas présenter un chiffre unique comme certain.
Important
Il serait cependant historiquement faux de transformer le nombre total de morts des croisades en un « bilan de l'Église catholique ».
Les croisades étaient des guerres dans lesquelles intervenaient :
- la papauté ;
- des princes ;
- des rois ;
- des chevaliers ;
- des armées ;
- des populations civiles ;
- des intérêts politiques et économiques.
La responsabilité ecclésiastique existe, mais elle n'est pas identique à la responsabilité militaire de chaque massacre.
3. L'Inquisition
XIIIe-XIXe siècles
Il faut parler des Inquisitions, au pluriel :
- Inquisition médiévale ;
- Inquisition espagnole ;
- Inquisition portugaise ;
- Inquisition romaine.
Les tribunaux inquisitoriaux poursuivaient principalement l'hérésie et d'autres infractions religieuses.
Certaines procédures comportèrent l'utilisation de la torture et certaines condamnations aboutirent à des exécutions.
Inquisition espagnole
1478-1834
Le nombre d'exécutions est beaucoup plus faible que certains chiffres populaires autrefois avancés.
Les recherches historiques modernes ont établi plusieurs milliers d'exécutions pour l'Inquisition espagnole sur plusieurs siècles, et non des centaines de milliers.
Ordre de grandeur
Environ 3 000 à 5 000 exécutions sont généralement évoquées selon les périodes et les méthodes de comptabilisation.
Cela représente des personnes exécutées après condamnation par les tribunaux inquisitoriaux, et non toutes les personnes emprisonnées ou torturées.
4. Persécution des Vaudois
XIIe-XVIIe siècles
Les Vaudois furent considérés comme hérétiques par l'Église catholique.
Des persécutions furent organisées dans différentes régions européennes.
Massacres de Provence
1545
Des villages vaudois de Provence furent attaqués par des forces françaises.
Plusieurs villages furent détruits.
Nombre de morts
Les estimations varient fortement selon les sources, mais plusieurs milliers de personnes furent tuées ou moururent lors de ces persécutions.
Il faut cependant distinguer la responsabilité :
- de la papauté ;
- des autorités ecclésiastiques locales ;
- du pouvoir royal français ;
- des forces militaires.
5. Guerres de Religion en France
1562-1598
Les guerres de Religion opposèrent notamment catholiques et protestants.
Elles furent extrêmement meurtrières.
6. Massacre de la Saint-Barthélemy
24 août 1572
Le massacre commença à Paris puis s'étendit à d'autres villes françaises.
Les victimes furent principalement des protestants français, appelés huguenots.
Nombre de morts
Les historiens donnent généralement un ordre de grandeur de plusieurs milliers de morts.
Pour Paris, les estimations tournent autour de 2 000 à 3 000 morts.
Dans l'ensemble du royaume, le nombre de morts est souvent estimé à 5 000 à 10 000, avec des estimations historiques plus élevées autrefois avancées.
Responsabilité
Le massacre ne peut pas être présenté simplement comme :
« le pape a ordonné le massacre ».
La responsabilité impliquait :
- la monarchie française ;
- certains dirigeants catholiques ;
- des responsables locaux ;
- des groupes armés ;
- des populations civiles.
La dimension religieuse catholique-protestante fut néanmoins fondamentale.
7. Guerre de Trente Ans
1618-1648
Cette guerre européenne commença dans un contexte fortement religieux, notamment autour de l'opposition entre catholiques et protestants.
Elle devint ensuite une guerre internationale mêlant très fortement :
- religion ;
- rivalités dynastiques ;
- intérêts territoriaux ;
- politique européenne.
Nombre de morts
Les estimations modernes se situent généralement dans une fourchette de plusieurs millions de morts, souvent autour de 4 à 8 millions, en incluant les morts militaires et civiles ainsi que les conséquences de la famine et des épidémies.
Mais attention
Il serait incorrect d'attribuer ces millions de morts à l'Église catholique seule.
Les puissances catholiques et protestantes furent toutes impliquées, et les motivations politiques devinrent progressivement essentielles.
8. Conquête des Amériques
À partir de 1492
C'est probablement l'un des domaines où les chiffres deviennent les plus impressionnants.
Après l'arrivée des Européens, les populations autochtones des Amériques subirent :
- guerres ;
- massacres ;
- esclavage ;
- travail forcé ;
- déplacements ;
- famines ;
- épidémies ;
- destruction de structures politiques ;
- destruction ou suppression de pratiques religieuses.
Nombre de morts
La population autochtone des Amériques diminua de façon catastrophique après l'arrivée des Européens.
Mais il faut absolument distinguer :
morts directement tués
et
morts résultant indirectement de la colonisation, notamment par les maladies infectieuses.
La majorité des morts ne peuvent donc pas être classées comme des « personnes assassinées par l'Église ».
Rôle de l'Église
Le rôle fut contradictoire.
Certains missionnaires participèrent à l'assimilation et à la colonisation.
D'autres, notamment Bartolomé de las Casas, dénoncèrent les violences contre les populations autochtones.
Il serait donc faux d'attribuer la totalité de la catastrophe démographique américaine à l'Église.
9. Destruction des religions et cultures autochtones
XVIe-XIXe siècles
Dans de nombreuses régions colonisées, des missionnaires catholiques participèrent à la conversion des populations.
Certaines missions furent accompagnées de :
- destruction d'objets religieux ;
- destruction de lieux sacrés ;
- interdiction de cérémonies ;
- changement des noms ;
- suppression de langues ;
- séparation des enfants ;
- interdiction de certaines coutumes.
Nombre de morts
Il n'existe aucun chiffre mondial sérieux permettant de transformer cette destruction culturelle en nombre de morts.
Il faut donc distinguer :
morts physiques
et
destruction culturelle.
Les deux peuvent être extrêmement graves, mais ils ne sont pas mesurables de la même manière.
10. Esclavage et colonisation
XVe-XIXe siècles
Des institutions catholiques et des personnes appartenant à l'Église ont, à certaines périodes et dans certaines régions, possédé ou exploité des esclaves.
Parallèlement, plusieurs papes ont condamné certaines formes d'esclavage.
Il existe donc une histoire contradictoire.
Nombre de morts
Le nombre total de morts liés à l'ensemble de la traite atlantique et de l'esclavage est considérable, mais il ne peut pas être attribué au catholicisme seul.
La traite impliquait notamment :
- Portugal ;
- Espagne ;
- France ;
- Grande-Bretagne ;
- Pays-Bas ;
- États-Unis ;
- royaumes africains ;
- marchands privés ;
- compagnies commerciales.
Il serait donc historiquement incorrect de transformer l'ensemble des morts de la traite atlantique en « morts causées par l'Église catholique ».
11. Congo et colonisation
XIXe-début XXe siècle
La colonisation du Congo provoqua des violences considérables.
Des missions catholiques furent présentes dans le système colonial.
Mais le système de travail forcé et les violences de masse sont principalement liés au régime de l'État indépendant du Congo puis à l'administration coloniale belge.
Nombre de morts
Des estimations extrêmement élevées ont été avancées pour la diminution de la population congolaise sous le régime de Léopold II.
Cependant :
il n'existe pas de chiffre précis permettant de dire que « X millions ont été tués par l'Église catholique ».
La baisse démographique résultait de plusieurs facteurs :
- meurtres ;
- mutilations ;
- travail forcé ;
- famine ;
- maladies ;
- baisse de la natalité ;
- déplacements de populations.
12. Pensionnats autochtones du Canada
XVIIe siècle-fin du XXe siècle
Le système des pensionnats autochtones est l'un des exemples les mieux documentés de participation d'institutions religieuses au système colonial.
Au moins 150 000 enfants autochtones ont fréquenté ces établissements.
Une partie importante des établissements était administrée par des organisations religieuses, notamment catholiques.
Enfants morts
Le Centre national pour la vérité et la réconciliation indique qu'environ 4 200 enfants étaient déjà identifiés dans les registres de décès disponibles, tout en soulignant que les archives étaient incomplètes et que certains décès n'avaient jamais été correctement enregistrés.
Date
Le système fonctionna sous différentes formes pendant plusieurs siècles, avec son développement institutionnel majeur aux XIXe et XXe siècles.
Bilan
Au moins 4 200 décès d'enfants identifiés ou documentés dans les données disponibles.
Ce chiffre n'est pas nécessairement le nombre définitif.
Il faut également préciser que ces 4 200 décès ne signifient pas que ces enfants ont tous été « assassinés ».
Les causes comprenaient notamment :
- maladies ;
- tuberculose ;
- conditions sanitaires ;
- malnutrition ;
- négligence ;
- accidents ;
- autres causes liées aux conditions de vie.
13. Irlande - institutions catholiques
XIXe-XXe siècles
Des institutions catholiques irlandaises ont été responsables ou gestionnaires de :
- pensionnats ;
- orphelinats ;
- maisons pour mères célibataires ;
- institutions pour enfants ;
- Magdalene Laundries.
Des abus physiques, psychologiques et sexuels ont été documentés.
Nombre de morts
Il existe des décès documentés dans plusieurs institutions, mais il n'existe pas un chiffre unique et incontestable permettant de dire :
« X personnes ont été assassinées par l'Église catholique en Irlande ».
Il faut donc éviter de transformer des décès institutionnels en assassinats sans preuve individuelle de la cause du décès.
14. Abus sexuels dans l'Église
XXe-XXIe siècles
Ici, les chiffres disponibles concernent principalement les victimes, et non les morts.
France
La CIASE a étudié la période :
1950-2020
Son enquête estime :
- environ 216 000 personnes victimes durant leur minorité d'abus sexuels commis par des clercs ou religieux ;
- environ 330 000 victimes en ajoutant les personnes agressées par des laïcs intervenant dans les institutions de l'Église.
Ces chiffres sont des estimations statistiques et non un décompte de personnes ayant toutes déposé plainte.
Important
On ne peut donc pas écrire :
« 330 000 morts ».
Il s'agit de victimes d'abus sexuels, dont certaines ont pu mourir depuis, mais ce n'est pas un bilan de mortalité.
15. Rwanda
6 avril-juillet 1994
Le génocide des Tutsi constitue un véritable génocide au sens historique et juridique.
Nombre de morts
Les estimations se situent approximativement entre :
500 000 et 1 000 000 de morts
en environ 100 jours.
La majorité des victimes furent des Tutsi, ainsi que des Hutu modérés.
Rôle de membres de l'Église catholique
Certains prêtres et religieux furent accusés d'avoir participé aux massacres ou d'avoir livré des personnes réfugiées dans des établissements religieux.
D'autres membres du clergé protégèrent au contraire des victimes.
Conclusion historique
Il serait donc faux d'écrire :
« L'Église catholique a tué 800 000 Rwandais. »
Le génocide fut organisé principalement par les autorités extrémistes du gouvernement rwandais, les forces armées et les milices.
En revanche, la participation ou la complicité de certains membres du clergé constitue une question historique et judiciaire distincte qui doit être étudiée individuellement.
16. Ce que les chiffres permettent réellement de comprendre
Il est très important de séparer quatre catégories.
| Catégorie | Exemple | Peut-on donner un nombre de morts ? |
|---|---|---|
| Massacre directement organisé avec soutien religieux | Certaines croisades | Oui, parfois approximativement |
| Persécution religieuse institutionnelle | Inquisitions | Oui, partiellement |
| Guerre menée par des États catholiques | Guerres de Religion | Oui, mais pas imputable à l'Église seule |
| Catastrophe démographique coloniale | Amériques | Oui globalement, mais pas comme « morts de l'Église » |
| Destruction culturelle | Missions coloniales | Pas de bilan de morts fiable |
| Pensionnats religieux | Canada | Oui, au moins plusieurs milliers documentés |
| Abus sexuels | France 1950-2020 | Victimes estimées, pas morts |
| Génocide rwandais | 1994 | 500 000 à 1 000 000 morts, mais pas imputables à l'Église dans son ensemble |
17. Les événements les plus meurtriers ne sont pas nécessairement ceux où l'Église a tué directement
C'est une distinction fondamentale.
Si l'on cherche réellement à mesurer l'ampleur historique des violences associées au catholicisme, il faut créer plusieurs colonnes :
| Événement | Morts estimés | Responsabilité directe de l'Église | Responsabilité indirecte ou contexte religieux |
|---|---|---|---|
| Croisade albigeoise, 1209-1229 | Plusieurs milliers, chiffre incertain | Importante dans la proclamation religieuse | Importante |
| Inquisitions, XIIIe-XIXe siècles | Plusieurs milliers d'exécutions selon les tribunaux et périodes | Directe pour les condamnations inquisitoriales | Variable |
| Saint-Barthélemy, 1572 | Environ 5 000-10 000 en France selon les estimations | Non imputable à l'Église seule | Forte dimension confessionnelle |
| Guerre de Trente Ans, 1618-1648 | Plusieurs millions | Non imputable à l'Église seule | Très forte dimension religieuse au départ |
| Colonisation des Amériques, XVIe-XIXe siècles | Effondrement démographique de dizaines de millions d'autochtones | Impossible à attribuer à l'Église seule | Missions impliquées dans certaines politiques |
| Pensionnats autochtones du Canada | Au moins 4 200 décès documentés/identifiés | Institutions religieuses impliquées | Très importante |
| Génocide du Rwanda, 1994 | 500 000-1 000 000 | Pas imputable à l'Église dans son ensemble | Certains membres du clergé impliqués |
| Abus sexuels en France, 1950-2020 | 216 000 victimes mineures par clercs/religieux | Responsabilités individuelles et institutionnelles documentées | Très importante |
18. Peut-on établir un total de morts ?
Non, pas sérieusement.
Additionner :
5 000 + 10 000 + 4 200 + 800 000 + les morts de la colonisation + les morts des guerres...
donnerait un chiffre artificiel.
Pourquoi ?
Parce que les catégories ne mesurent pas la même chose.
Par exemple :
800 000 morts au Rwanda
ne peuvent pas être ajoutés à un hypothétique « bilan de l'Église » puisque le génocide fut organisé par les autorités extrémistes rwandaises et leurs milices.
De même :
des dizaines de millions de morts lors de l'effondrement démographique des populations américaines
ne peuvent pas être tous qualifiés de personnes « assassinées par l'Église ».
En revanche, certains événements peuvent être beaucoup plus directement rattachés à des institutions ou décisions ecclésiastiques.
19. La méthode la plus rigoureuse pour poursuivre l'étude
Pour obtenir réellement ce que tu recherches, je pense qu'il faut maintenant construire une grande chronologie mondiale, et non chercher immédiatement un total.
Pour chaque événement, il faudrait utiliser exactement ces colonnes :
| Date | Pays/région | Événement | Victimes | Nombre de morts | Type de violence | Institution catholique impliquée | Responsabilité directe | Responsabilité indirecte | Sources |
|---|
Et surtout distinguer :
Niveau 1 - Ordre direct
Une autorité ecclésiastique ordonne ou autorise explicitement l'action.
Niveau 2 - Participation institutionnelle
Une institution catholique participe directement aux violences.
Niveau 3 - Complicité ou soutien
Une institution catholique apporte un soutien matériel, politique ou idéologique.
Niveau 4 - Participation individuelle
Des prêtres, religieux ou fidèles catholiques commettent des crimes individuellement.
Niveau 5 - Contexte religieux
La religion catholique constitue l'un des facteurs d'un conflit, mais l'Église n'est pas directement responsable des morts.
Cette distinction permettra d'obtenir quelque chose de beaucoup plus sérieux qu'un chiffre global.
En résumé
Les chiffres disponibles montrent déjà une réalité historique très lourde :
- Croisade albigeoise : plusieurs milliers de morts, estimation globale incertaine ;
- Inquisitions : plusieurs milliers d'exécutions documentées selon les tribunaux et les périodes ;
- Saint-Barthélemy : environ 5 000 à 10 000 morts dans l'ensemble de la France selon les estimations ;
- Guerre de Trente Ans : plusieurs millions de morts, mais responsabilité partagée entre de nombreuses puissances ;
- Colonisation des Amériques : effondrement démographique de très grande ampleur, mais essentiellement impossible à convertir en « assassinats commis par l'Église » ;
- Pensionnats autochtones du Canada : au moins environ 4 200 enfants morts identifiés ou documentés dans les données disponibles ;
- Rwanda 1994 : environ 500 000 à 1 000 000 de morts, mais le génocide n'est pas imputable à l'Église catholique dans son ensemble ;
- France 1950-2020 : environ 216 000 victimes mineures estimées d'abus sexuels commis par des clercs ou religieux, chiffre qui ne correspond évidemment pas à un nombre de morts.
La prochaine étape la plus intéressante serait donc de reprendre les 2 000 ans d'histoire, siècle par siècle, et d'établir une véritable liste mondiale des massacres et persécutions avec les dates et le nombre de morts estimé pour chaque événement, en séparant clairement les responsabilités directes de l'Église des violences commises par des États ou des populations catholiques.
# Crimes, assassinats, génocides et destructions liés à l'Église catholique depuis environ 2 000 ans
Oui, il est possible d'établir une **chronologie mondiale des violences, persécutions, massacres, destructions culturelles, conversions forcées, esclavage, colonisation et autres crimes auxquels des institutions catholiques, des membres du clergé, des ordres religieux ou des autorités politiques catholiques ont participé ou qu'elles ont soutenus**.
Mais il faut faire une distinction historique essentielle :
- **« crimes commis par des catholiques »** ne signifie pas automatiquement **« crimes commis par l'Église catholique en tant qu'institution »** ;
- certaines violences ont été décidées ou organisées par des autorités ecclésiastiques ;
- d'autres ont été commises par des États catholiques avec un soutien religieux partiel ou variable ;
- d'autres encore ont été commises par des individus catholiques contre les instructions de leur hiérarchie ;
- enfin, il existe des cas où l'Église a elle-même dénoncé ou combattu les violences.
Cette distinction est importante si l'objectif est de constituer une **liste historique sérieuse et documentée**, plutôt qu'une liste qui attribuerait indistinctement tous les crimes commis par des personnes catholiques à l'Église elle-même.
## 1. Les croisades contre des chrétiens : croisade des Albigeois
### 1209–1229 — Croisade contre les Cathares
La croisade dite **albigeoise** constitue l'un des exemples les plus importants de violence religieuse organisée avec l'autorisation pontificale.
En 1208, le pape **Innocent III** proclama une croisade contre les hérétiques du Midi de la France.
La croisade dura environ vingt ans et provoqua massacres, destructions et persécutions.
L'historien Mark Gregory Pegg, dans *The Cambridge World History of Genocide*, décrit notamment le massacre de Béziers de 1209 comme un épisode pouvant être qualifié de **« genocidal moment »**, tout en précisant que les victimes ne constituaient pas un groupe correspondant à la définition juridique moderne du génocide. 0
Il faut donc éviter de transformer automatiquement le terme historique de massacre en **« génocide » au sens juridique contemporain**.
## 2. L'Inquisition
### XIIIe–XIXe siècles
L'Inquisition désigne plusieurs institutions et tribunaux ecclésiastiques ayant pour objectif de poursuivre l'hérésie.
Le Vatican reconnaît lui-même que l'Inquisition était constituée de tribunaux bénéficiant d'une délégation pontificale pour juger les personnes accusées d'hérésie.
Le Vatican reconnaît également que certaines procédures pouvaient recourir à la torture et que, dans les cas les plus graves, des condamnations à mort pouvaient être prononcées.
L'exécution était généralement effectuée par l'autorité civile, appelée le **« bras séculier »**. 1
Il faut toutefois distinguer :
- l'Inquisition médiévale ;
- l'Inquisition espagnole ;
- l'Inquisition portugaise ;
- l'Inquisition romaine ;
- les différents tribunaux et périodes historiques.
Il serait historiquement incorrect de donner un seul chiffre global de victimes sans préciser de quelle Inquisition et de quelle période il s'agit.
## 3. Les croisades et guerres religieuses
Du Moyen Âge à l'époque moderne, plusieurs guerres furent justifiées ou soutenues par des autorités ecclésiastiques sous le concept de croisade.
Elles concernèrent notamment :
- les musulmans ;
- les Cathares ;
- certains groupes considérés comme hérétiques ;
- des populations païennes d'Europe ;
- certains adversaires politiques des papes.
Même une source historique issue de la tradition catholique reconnaît que le terme « croisade » a été progressivement appliqué à des guerres dirigées contre des musulmans, des païens et des hérétiques. 2
Le pape François a lui-même reconnu en 2019 que l'histoire chrétienne comportait des persécutions et des conversions forcées, allant jusqu'à évoquer explicitement le principe de **« baptême ou mort »** dans certaines pratiques historiques. 3
## 4. Persécutions religieuses en Europe
Pendant plusieurs siècles, des autorités catholiques ont participé à la répression de personnes considérées comme hérétiques, apostates ou dissidentes.
Cela a notamment concerné :
- les Cathares ;
- les Vaudois ;
- certains mouvements réformateurs ;
- les protestants ;
- des personnes accusées de sorcellerie ;
- des minorités religieuses ;
- des philosophes ou intellectuels considérés comme hérétiques.
Il faut cependant éviter d'attribuer à l'Église catholique seule **toutes les exécutions de sorcières ou toutes les persécutions religieuses européennes**, car les autorités civiles ont joué un rôle considérable et les situations variaient fortement selon les pays.
## 5. Colonisation et peuples autochtones
### XVe–XXe siècles
La période de colonisation européenne constitue l'un des domaines les plus importants lorsqu'on étudie les relations entre l'Église catholique, les monarchies européennes et les populations autochtones.
Certains documents pontificaux du XVe siècle ont été utilisés par les puissances coloniales pour légitimer leurs revendications territoriales.
Le Vatican reconnaît aujourd'hui que les bulles **Dum Diversas (1452)**, **Romanus Pontifex (1455)** et **Inter Caetera (1493)** n'exprimaient pas correctement l'égalité de dignité et les droits des peuples autochtones.
Le Vatican reconnaît également que ces documents ont été utilisés à des fins politiques par les puissances coloniales pour justifier des actes immoraux contre les peuples autochtones, parfois sans opposition des autorités ecclésiastiques. 4
## 6. Destruction culturelle des peuples autochtones
Dans différentes régions colonisées, des missions chrétiennes ont participé à des politiques d'assimilation culturelle.
Cela pouvait comprendre :
- interdiction ou découragement des langues traditionnelles ;
- remplacement des pratiques religieuses ;
- destruction ou dévalorisation de traditions ;
- séparation des enfants et de leurs familles ;
- changement des noms ;
- enseignement religieux obligatoire ;
- suppression de pratiques culturelles.
Le pape François a reconnu en 2022 que des membres de l'Église et de communautés religieuses avaient participé, notamment par leur coopération ou leur indifférence, à des projets de destruction culturelle et d'assimilation forcée des peuples autochtones. 5
## 7. Les pensionnats autochtones du Canada
### XIXe–XXe siècles
C'est l'un des exemples les mieux documentés de participation institutionnelle d'Églises chrétiennes, dont l'Église catholique, à un système d'assimilation forcée.
Des institutions catholiques ont administré de nombreux pensionnats autochtones en coopération avec le gouvernement canadien.
La Commission de vérité et réconciliation du Canada a étudié ce système et a documenté les témoignages des survivants, des familles, des communautés, des Églises et des autorités gouvernementales. 6
Au moins **150 000 enfants** des Premières Nations, métis et inuits sont passés par les pensionnats autochtones selon les estimations citées par la Commission. 7
Les enfants furent notamment séparés de leurs familles, de leurs communautés, de leurs langues et de leurs cultures.
Les rapports documentent également des violences :
- physiques ;
- psychologiques ;
- sexuelles ;
- spirituelles ;
- culturelles.
Le pape François a explicitement reconnu en 2022 la participation d'institutions catholiques au système et a demandé pardon pour les torts commis contre les peuples autochtones. 8
## 8. Esclavage
L'histoire de l'Église catholique vis-à-vis de l'esclavage est particulièrement complexe.
Il existe des périodes durant lesquelles des chrétiens et des institutions ecclésiastiques ont possédé ou accepté des esclaves.
Il existe également des périodes durant lesquelles des papes ont condamné certaines formes d'esclavage et défendu les droits des populations réduites en servitude.
Par exemple, le pape Léon XIII rappelle dans *In Plurimis* que des papes avaient condamné les mauvais traitements et l'asservissement de populations africaines et autochtones. Il cite notamment les interventions de Pie II et de Paul III. 9
Cela montre pourquoi il serait historiquement incorrect d'écrire simplement :
> « L'Église catholique a toujours défendu l'esclavage »
mais également incorrect d'affirmer :
> « L'Église catholique n'a jamais participé au système esclavagiste. »
Les deux réalités historiques existent.
## 9. Colonisation de l'Amérique
Dans les Amériques, des ordres religieux catholiques ont participé à l'évangélisation et à la colonisation.
Les conséquences furent extrêmement diverses selon les régions.
On trouve simultanément :
- des religieux participant à la colonisation ;
- des missions participant à l'assimilation culturelle ;
- des religieux défendant les populations autochtones ;
- des conversions forcées dans certaines régions ;
- des destructions de structures religieuses préchrétiennes ;
- des exploitations économiques organisées par les pouvoirs coloniaux ;
- des religieux dénonçant les abus coloniaux.
L'exemple de **Bartolomé de las Casas** montre justement que des religieux catholiques pouvaient s'opposer aux violences commises contre les populations indigènes.
Il serait donc historiquement trompeur de transformer toute la colonisation espagnole ou portugaise en une action directement commandée par l'Église.
## 10. Afrique
La présence missionnaire catholique en Afrique fut liée à la fois :
- à l'évangélisation ;
- à l'éducation ;
- aux soins ;
- à la colonisation européenne ;
- à des politiques d'assimilation ;
- et, dans certains endroits, à des résistances aux abus coloniaux.
Il faut donc étudier pays par pays et période par période.
Une liste sérieuse devrait notamment examiner :
- Congo ;
- Rwanda ;
- Burundi ;
- Angola ;
- Mozambique ;
- Afrique du Sud ;
- Afrique centrale ;
- Afrique de l'Ouest.
## 11. Rwanda — 1994
Le génocide des Tutsi au Rwanda constitue un autre cas extrêmement complexe.
Des membres du clergé catholique et des institutions religieuses ont été accusés d'avoir participé à des violences ou d'avoir livré des personnes recherchées.
Mais d'autres prêtres et religieux ont également protégé ou aidé des victimes.
Il faut donc distinguer :
- la responsabilité individuelle de certains religieux ;
- le comportement de certaines institutions locales ;
- la position de la hiérarchie catholique ;
- la responsabilité de l'État rwandais ;
- les comportements des populations chrétiennes ;
- les actes de protection accomplis par certains membres du clergé.
On ne peut donc pas attribuer mécaniquement **l'ensemble du génocide rwandais à l'Église catholique**.
## 12. Abus sexuels commis par des membres du clergé
### XXe–XXIe siècles
Un autre domaine majeur concerne les abus sexuels commis par des prêtres, religieux et autres membres du personnel ecclésiastique.
Des enquêtes nationales ont documenté des milliers de victimes dans plusieurs pays.
Les problèmes documentés comprennent notamment :
- agressions sexuelles ;
- viols ;
- abus sur mineurs ;
- déplacements de prêtres accusés ;
- dissimulation institutionnelle dans certains cas ;
- absence de signalement aux autorités civiles ;
- protection de membres du clergé ;
- destruction ou non-transmission de documents ;
- souffrance durable des victimes.
Il faut toutefois distinguer les **actes criminels individuels** des décisions institutionnelles de dissimulation ou de protection lorsqu'elles sont établies par les enquêtes.
## 13. Irlande
L'Irlande constitue un cas particulièrement important.
Des institutions religieuses catholiques ont administré :
- des écoles ;
- des orphelinats ;
- des institutions pour enfants ;
- des « Magdalene laundries » ;
- des institutions de placement.
Des enquêtes publiques ont documenté des violences physiques, sexuelles, psychologiques et des conditions de vie extrêmement difficiles.
Les Magdalene Laundries ont notamment fait l'objet d'une enquête officielle irlandaise et de demandes de réparation.
## 14. Australie
En Australie, des commissions d'enquête ont également documenté des abus commis dans des institutions religieuses, notamment catholiques.
Le phénomène concernait :
- écoles ;
- internats ;
- orphelinats ;
- institutions pour enfants ;
- établissements religieux.
Là encore, les responsables n'étaient pas exclusivement catholiques : des institutions protestantes et autres organismes ont également été concernés.
## 15. États-Unis
Aux États-Unis, de nombreuses affaires concernant des prêtres catholiques ont été documentées.
Les enquêtes ont notamment porté sur :
- les abus sexuels sur mineurs ;
- les déplacements de prêtres ;
- les mécanismes de protection institutionnelle ;
- les défaillances de supervision ;
- les indemnisations des victimes.
La crise a conduit à d'importantes procédures judiciaires et à des réformes dans plusieurs diocèses.
## 16. France
En France, la **Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (CIASE)** a étudié les abus sexuels commis dans l'Église catholique depuis 1950.
Son rapport a constitué une enquête majeure sur :
- les abus sexuels ;
- les victimes ;
- les auteurs ;
- les mécanismes institutionnels ;
- le silence ;
- la protection des institutions ;
- les défaillances de l'Église.
Ce domaine doit être traité séparément des violences médiévales car les sources, les catégories juridiques et les institutions sont complètement différentes.
# Une chronologie mondiale devrait donc comprendre au minimum
| Période | Région | Phénomène | Nature de l'implication ecclésiastique |
|---|---|---|---|
| IVe–Ve siècles | Empire romain | Répression de certains courants religieux | Variable selon autorités |
| XIe–XIIIe siècles | Europe | Croisades | Soutien et autorisation pontificale |
| 1209–1229 | France | Croisade albigeoise | Croisade proclamée par le pape |
| XIIIe–XIXe siècles | Europe | Inquisitions | Tribunaux ecclésiastiques |
| Moyen Âge–époque moderne | Europe | Persécutions religieuses | Variable |
| XVe–XVIe siècles | Amériques | Conquête et évangélisation | Participation de missions et ordres religieux |
| XVe–XIXe siècles | Afrique/Amériques | Esclavage | Attitudes ecclésiastiques variables |
| XVIe–XXe siècles | Monde colonial | Assimilation culturelle | Participation variable des missions |
| XIXe–XXe siècles | Canada | Pensionnats autochtones | Participation directe d'institutions catholiques |
| XIXe–XXe siècles | Australie | Institutions pour enfants autochtones | Participation d'organismes religieux |
| XXe siècle | Irlande | Institutions religieuses | Violences et abus documentés |
| XXe siècle | États-Unis | Abus sexuels dans le clergé | Cas individuels et défaillances institutionnelles |
| 1994 | Rwanda | Génocide des Tutsi | Responsabilités individuelles de certains religieux ; autres religieux protecteurs |
| XXe–XXIe siècles | Monde entier | Abus sexuels dans l'Église | Nombreux cas documentés |
| XXIe siècle | Monde entier | Reconnaissance et demandes de pardon | Plusieurs autorités catholiques reconnaissent des fautes historiques |
# Mais il existe une difficulté fondamentale dans ta demande
Il est **impossible de fournir honnêtement « tous les crimes commis par l'Église catholique depuis 2 000 ans » dans une seule liste**, parce qu'il n'existe pas de registre mondial exhaustif permettant de déterminer, pour chaque meurtre ou destruction, si la responsabilité doit être attribuée :
1. au pape ;
2. à un évêque ;
3. à un ordre religieux ;
4. à un diocèse ;
5. à un prêtre ;
6. à un État catholique ;
7. à une armée ;
8. à une population majoritairement catholique ;
9. ou à un individu catholique agissant personnellement.
En revanche, on peut construire une **liste extrêmement importante des principaux épisodes historiquement documentés**, avec pour chacun :
- la date ;
- le pays ;
- les victimes ;
- les auteurs ;
- l'institution catholique impliquée ;
- le rôle exact de l'Église ;
- le nombre de victimes lorsqu'il est établi ;
- les sources historiques ;
- les éventuelles contestations ;
- les reconnaissances ou demandes de pardon ultérieures.
## Une précision particulièrement importante
L'Église catholique elle-même reconnaît aujourd'hui certains de ces épisodes.
En 2023, le Vatican a reconnu les erreurs liées à certains documents pontificaux utilisés dans la colonisation et a reconnu que des actes immoraux contre les peuples autochtones avaient parfois été commis sans opposition des autorités ecclésiastiques. 10
En 2022, le pape François a également demandé pardon pour la participation de membres de l'Église et de communautés religieuses au système des pensionnats autochtones du Canada et à la destruction culturelle qui l'a accompagnée. 11
Cela constitue donc une base documentaire solide pour étudier **les responsabilités historiques réelles de l'Église**, sans attribuer artificiellement à l'institution tous les crimes commis par des personnes se déclarant catholiques.
## Pour aller beaucoup plus loin
Une véritable étude mondiale pourrait être organisée en **grandes périodes historiques** :
1. **30–500** — christianisation de l'Empire romain et persécutions religieuses ;
2. **500–1000** — christianisation de l'Europe ;
3. **1000–1200** — croisades et répression des hérésies ;
4. **1200–1500** — Inquisitions, croisades intérieures et persécutions ;
5. **1450–1600** — conquêtes et colonisation ;
6. **1500–1700** — Amériques, Afrique, esclavage et évangélisation ;
7. **1600–1800** — guerres religieuses et expansion coloniale ;
8. **1800–1900** — colonialisme, missions et assimilation ;
9. **1900–1950** — colonialisme tardif, guerres et institutions religieuses ;
10. **1950–2000** — abus sexuels, institutions religieuses et responsabilités institutionnelles ;
11. **2000–2026** — enquêtes, archives, procès, indemnisations et demandes de pardon.
Cette méthode permettrait d'établir quelque chose de beaucoup plus intéressant qu'une simple liste de « crimes de l'Église » : **une véritable chronologie mondiale de 2 000 ans, distinguant systématiquement les crimes directement ordonnés par des autorités catholiques, les crimes commis avec leur soutien, les crimes commis par des membres de l'Église et les crimes commis par des États catholiques indépendamment de l'Église.**