Étude historique globale des violences, persécutions, massacres, destructions et responsabilités liées à l'Église catholique depuis environ 2 000 ans

Introduction : une étude de responsabilité, et non un simple catalogue de crimes

Cette étude reprend l'ensemble de la question en tenant compte des remarques formulées précédemment.

L'objectif n'est pas de construire artificiellement un « compteur de morts de l'Église », car les sources historiques ne permettent pas de déterminer un tel total avec sérieux.

L'objectif est différent : retracer les principaux épisodes de violence liés à l'histoire de l'Église catholique et rechercher, pour chacun, la chaîne complète des responsabilités.

Il faut donc éviter deux erreurs opposées :

C'est cette seconde erreur qui avait été insuffisamment évitée dans les versions précédentes.

La question doit donc toujours être :

Qui a commis matériellement le crime, mais aussi qui a créé le cadre idéologique, religieux, juridique et institutionnel qui a permis ce crime ?

Cette distinction est particulièrement importante pour les croisades, la croisade contre les Cathares, l'Inquisition, les persécutions religieuses, certaines entreprises coloniales et les institutions catholiques contemporaines.

Il faut également distinguer plusieurs niveaux :

Une responsabilité peut être directe, institutionnelle, politique, idéologique, juridique, militaire ou individuelle.

Elle doit être établie à partir des documents disponibles.


I. Les débuts du christianisme impérial

1. IVe siècle : le christianisme passe de religion persécutée à religion privilégiée

313

L'édit de Milan met fin aux persécutions impériales contre les chrétiens.

La situation se renverse progressivement au cours du IVe siècle.

380

L'empereur Théodose Ier fait du christianisme nicéen la religion officielle de l'Empire.

Cette transformation modifie profondément le rapport entre religion et pouvoir.

L'Église n'est plus seulement une communauté religieuse persécutée.

Elle devient progressivement une institution disposant d'une influence politique considérable.

2. Répression des cultes païens

À partir de la fin du IVe siècle, différentes mesures impériales limitent ou interdisent les cultes païens.

Des temples sont :

Le rôle des évêques et des autorités chrétiennes locales est documenté dans plusieurs épisodes.

Exemple : Alexandrie

391

Le Serapeum d'Alexandrie est détruit dans un contexte de conflit religieux.

L'évêque Théophile d'Alexandrie joue un rôle important dans l'affrontement.

Nombre de morts

Nombre exact inconnu.

Il n'existe pas de bilan global fiable permettant d'établir le nombre de personnes tuées dans les destructions de sanctuaires païens de cette période.

Il serait donc faux de fabriquer un chiffre.


II. Christianisation de l'Europe

3. VIe-Xe siècles

La christianisation de l'Europe fut extrêmement diverse.

Dans certains territoires, elle fut relativement pacifique.

Dans d'autres, elle fut associée à la conquête militaire et à la destruction des anciennes structures religieuses.

On trouve notamment :


III. Charlemagne et les Saxons

4. 772-804

Les guerres de Charlemagne contre les Saxons constituent un exemple important de fusion entre conquête politique et christianisation.

Charlemagne mena une guerre de plusieurs décennies contre les populations saxonnes.

La résistance à la domination franque fut associée à la résistance au christianisme.

5. Massacre de Verden

782

Après une révolte saxonne, Charlemagne fit exécuter un grand nombre de prisonniers.

Les Annales royales franques donnent le chiffre de :

4 500 Saxons.

Le chiffre est historiquement célèbre et documenté dans la source franque, même si sa précision exacte a fait l'objet de discussions.

Responsabilité

La responsabilité politique et militaire revient directement au pouvoir de Charlemagne.

La dimension religieuse est indissociable de la politique de christianisation menée parallèlement.

Il ne serait cependant pas exact de transformer les 4 500 victimes en « morts assassinés par l'Église catholique » : l'exécution fut une décision du pouvoir franc.


IV. Les croisades

6. 1095 : proclamation de la première croisade

Le pape Urbain II appelle à la croisade au concile de Clermont.

L'appel pontifical constitue une véritable mobilisation religieuse et militaire.

Le pape ne se contente pas de constater une guerre déjà existante :

il contribue directement à créer une entreprise militaire présentée comme un devoir religieux.

Les croisés reçoivent une justification spirituelle et des avantages religieux.

C'est donc un exemple particulièrement important de responsabilité dans lequel il faut examiner simultanément :


V. Première croisade

7. 1096-1099

La première croisade entraîne des massacres de populations musulmanes et juives.

Des communautés juives sont massacrées sur le chemin de la croisade, notamment en Rhénanie.

Les armées croisées prennent Jérusalem en 1099.

8. Prise de Jérusalem

15 juillet 1099

La ville tombe aux mains des croisés.

Des musulmans et des Juifs sont massacrés.

Les chroniques médiévales donnent des chiffres très variables.

Nombre exact

Inconnu.

Les chiffres extrêmement élevés transmis par certaines chroniques ne peuvent pas être considérés comme des décomptes exacts.

Responsabilité

Il existe ici une chaîne de responsabilité particulièrement importante :

Le fait que les soldats aient matériellement tué les victimes n'efface donc pas la responsabilité historique de l'autorité qui a organisé et légitimé la croisade.


VI. Autres croisades

9. XIIe-XIIIe siècles

Les croisades se poursuivent pendant plusieurs générations.

Elles concernent :

La papauté joue un rôle variable selon les campagnes, mais les croisades constituent globalement un phénomène dans lequel l'autorité religieuse et le pouvoir militaire sont profondément imbriqués.


VII. Quatrième croisade et sac de Constantinople

10. 1204

La quatrième croisade devait initialement se diriger vers la Terre sainte.

Elle aboutit finalement au sac de Constantinople, capitale chrétienne de l'Empire byzantin.

La ville fut pillée par des croisés occidentaux.

Des habitants furent tués.

Des biens religieux furent volés.

Des églises furent profanées.

Des reliques furent emportées.

Nombre de morts

Nombre exact inconnu.

Responsabilité

Le pape Innocent III n'avait pas initialement demandé le pillage de Constantinople.

Il condamna l'attaque.

Mais l'événement appartient néanmoins à l'histoire des croisades latines et montre que la dynamique créée par les entreprises militaires religieuses pouvait échapper au contrôle de l'autorité pontificale.

Il faut donc distinguer :


VIII. La croisade contre les Cathares

11. 1208-1229

La croisade albigeoise constitue l'un des épisodes les plus importants de cette étude.

Les Cathares étaient considérés par l'Église comme hérétiques.

La papauté avait déjà engagé une lutte religieuse contre eux.

12. Assassinat de Pierre de Castelnau

14 janvier 1208

Pierre de Castelnau, légat pontifical, est assassiné.

Le pape Innocent III utilise cet événement comme justification majeure de l'appel à la croisade.


IX. Béziers

13. 22 juillet 1209

Béziers est l'un des épisodes les plus importants de toute l'histoire de la croisade contre les Cathares.

Les croisés prennent la ville.

La population est massacrée.

Le massacre ne se limite pas aux Cathares.

Des catholiques sont également tués.

Des hommes, des femmes et des enfants sont victimes des violences.

14. « Tuez-les tous »

La tradition rapporte que le légat pontifical Arnaud Amaury aurait répondu à la question de savoir comment distinguer les Cathares des catholiques :

« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. »

Cette phrase est célèbre mais son authenticité littérale est discutée par les historiens.

Elle ne doit donc pas être présentée comme une citation absolument certaine.

En revanche, le massacre lui-même est historiquement établi.

15. Nombre de morts à Béziers

Nombre exact inconnu.

Des sources médiévales évoquent environ 20 000 morts, mais ce chiffre ne peut pas être considéré comme un décompte exact.

La conclusion historiquement prudente est :

plusieurs milliers d'habitants furent massacrés.

Il serait donc faux de supprimer Béziers sous prétexte que le chiffre exact est inconnu.

L'incertitude numérique ne diminue pas la réalité du massacre.

16. Chaîne de responsabilité à Béziers

L'analyse doit comprendre :

Il ne suffit donc pas d'écrire :

« Les croisés ont tué les habitants de Béziers. »

Il faut également examiner le système religieux et politique qui avait permis à cette armée de se constituer et de considérer l'élimination de l'hérésie comme une entreprise religieusement légitime.


X. Carcassonne

17. Août 1209

Carcassonne est assiégée.

La ville capitule.

Raymond-Roger Trencavel est capturé.

La population est expulsée.

La répression ne consiste donc pas uniquement en massacres :

Nombre de morts

Nombre exact inconnu.


XI. Lavaur

18. 3 mai 1211

Lavaur est prise par les croisés.

Dame Guiraude de Laurac est exécutée.

Environ 80 chevaliers sont pendus.

Plusieurs centaines de Cathares sont brûlés.

Bilan

Les chiffres concernant les personnes exécutées lors de cet épisode sont beaucoup mieux documentés que ceux de Béziers.

Le bilan comprend au minimum :

Le nombre total de morts liés à l'ensemble du siège et de la prise de la ville reste inconnu.


XII. Muret

19. 12 septembre 1213

La bataille de Muret constitue un tournant militaire.

Pierre II d'Aragon est tué.

La victoire de Simon de Montfort renforce la domination des croisés.

Nombre de morts

Nombre exact inconnu.


XIII. Fin de la croisade militaire

20. 1229

Le traité de Paris met fin à la principale phase militaire de la croisade.

Mais la lutte contre les Cathares ne s'arrête pas.

Elle se transforme progressivement :

de la guerre militaire vers la répression judiciaire et inquisitoriale.

C'est précisément ici que la question de l'Inquisition devient essentielle.


XIV. Montségur

21. 1243-1244

Montségur constitue l'un des derniers grands refuges cathares.

La forteresse est assiégée.

16 mars 1244

Après la reddition, environ 200 à 220 Cathares refusent d'abjurer.

Ils sont brûlés.

Bilan

Environ 200 à 220 morts.

Cet épisode constitue l'un des bilans les mieux identifiables de la répression cathare.


XV. Bilan de la croisade contre les Cathares

Il est impossible de donner un chiffre exact pour l'ensemble de la croisade.

Il faut additionner conceptuellement :

Bilan global

Nombre exact inconnu.

Il serait donc faux de donner un total précis.

Mais il est historiquement incontestable que la croisade comporta :


XVI. L'Inquisition

22. XIIIe-XIXe siècles

L'Inquisition ne constitue pas une institution unique.

Il faut distinguer :

23. Les inquisiteurs étaient des religieux

Ce point doit être clairement établi.

Les inquisiteurs médiévaux furent fréquemment issus des ordres religieux.

Les Dominicains occupèrent une place particulièrement importante.

Des Franciscains exercèrent également des fonctions inquisitoriales.

Les inquisiteurs agissaient dans le cadre de commissions pontificales et du droit canonique.

Ils étaient donc des représentants religieux institutionnels.

Il serait historiquement faux de présenter l'Inquisition comme une simple police civile étrangère à l'Église.


XVII. Les procédures inquisitoriales

Les tribunaux inquisitoriaux pouvaient utiliser :

Le fait que l'exécution matérielle ait parfois été réalisée par le pouvoir civil ne signifie pas que la responsabilité du tribunal religieux disparaît.

C'est précisément ici que la distinction entre marionnette et marionnettiste doit être utilisée avec prudence.

Si un tribunal religieux condamne une personne comme hérétique et la remet ensuite au pouvoir civil pour exécution, il faut étudier séparément :


XVIII. L'Inquisition espagnole

24. 1478-1834

L'Inquisition espagnole fut créée en 1478 avec l'autorisation pontificale.

Elle poursuivit notamment :

25. Nombre d'exécutions

Les anciens chiffres extrêmement élevés ne sont pas retenus par la recherche historique moderne.

Les estimations couramment retenues pour les exécutions se situent dans l'ordre de quelques milliers sur l'ensemble de l'existence de l'Inquisition espagnole.

Une estimation souvent citée se situe autour de 3 000 à 5 000 exécutions.

Il s'agit d'une estimation historique, et non d'un décompte absolument exhaustif.


XIX. Inquisition portugaise

26. 1536-1821

L'Inquisition portugaise poursuivit notamment :

Des exécutions eurent lieu.

Nombre total

Un chiffre mondial parfaitement exact n'est pas disponible.

Les archives permettent cependant d'étudier les condamnations et les autos-da-fé de manière beaucoup plus précise pour certaines périodes.


XX. Inquisition romaine

27. À partir de 1542

La Congrégation du Saint-Office fut créée par Paul III.

Elle poursuivit notamment :

28. Giordano Bruno

17 février 1600

Giordano Bruno est exécuté à Rome après sa condamnation pour hérésie.

Il est brûlé vif.

Nombre de morts

1.

Cet exemple est important parce que la condamnation fut prononcée par le tribunal inquisitorial romain.


XXI. La chasse aux sorcières

29. Une responsabilité qui doit être étudiée beaucoup plus sérieusement

La formulation précédente de cette étude était insuffisante.

Il est exact que les chasses aux sorcières européennes furent menées par des tribunaux de plusieurs types.

Mais il est également exact que :

Il ne faut donc surtout pas transformer la distinction entre tribunaux civils et tribunaux ecclésiastiques en une exonération de l'Église.

30. Le Malleus Maleficarum

1486-1487

Le Malleus Maleficarum est publié par les dominicains Heinrich Kramer et Jacob Sprenger, même si la participation exacte de Sprenger à sa rédaction est discutée.

L'ouvrage contribue fortement à la diffusion d'une conception démonologique de la sorcellerie.

Il ne constitue pas à lui seul la cause de toutes les chasses aux sorcières.

Mais il montre clairement que des religieux catholiques participèrent à la construction intellectuelle du phénomène.


XXII. Procès ecclésiastiques et civils

Les historiens distinguent :

La proportion varie considérablement selon :

Il est donc incorrect d'affirmer que toutes les victimes de la chasse aux sorcières furent tuées par l'Inquisition.

Mais il est tout aussi incorrect d'affirmer :

« La chasse aux sorcières était essentiellement une affaire civile, donc l'Église n'y est pratiquement pour rien. »

Cette conclusion serait également fausse.

31. Nombre total des exécutions pour sorcellerie

Les recherches historiques modernes situent généralement les exécutions européennes dans l'ordre de :

40 000 à 60 000 personnes.

Ce chiffre concerne l'ensemble des territoires européens et ne peut pas être attribué intégralement à l'Église catholique.

Une étude sérieuse doit au contraire déterminer, région par région, quelles juridictions ont prononcé les condamnations.

Conclusion correcte

L'Église catholique ne peut pas être rendue responsable de la totalité des exécutions de sorcières en Europe, mais elle a indiscutablement participé à la persécution de personnes accusées de sorcellerie, notamment par des religieux, des inquisiteurs, des théologiens et certaines juridictions ecclésiastiques.

Cette formulation évite à la fois l'exagération et la minimisation.


XXIII. Persécution des Vaudois

32. XIIe-XVIIe siècles

Les Vaudois apparaissent au XIIe siècle autour de Pierre Valdo.

Ils sont progressivement condamnés comme hérétiques.

Des persécutions se produisent dans plusieurs régions.


XXIV. Massacres de Provence

33. 1545

Les communautés vaudoises de Provence sont attaquées par les forces françaises.

Des villages sont détruits.

Des habitants sont massacrés.

Nombre de morts

Nombre exact inconnu.

Les chiffres historiques parlent de plusieurs milliers de morts.

Il faut ici distinguer :


XXV. Persécution des Juifs

34. Moyen Âge-XVIIe siècle

Les populations juives d'Europe chrétienne furent victimes de :

Des membres du clergé ont parfois participé à la prédication anti-juive.

D'autres ont défendu les communautés juives.

Il faut donc distinguer les différentes périodes et les différents responsables.


XXVI. Espagne

35. 1492

Le décret de l'Alhambra ordonne l'expulsion des Juifs qui refusent la conversion.

Conséquences

Nombre de morts

Nombre exact inconnu.

L'essentiel des conséquences immédiates fut l'expulsion et la conversion forcée plutôt qu'un massacre général.


XXVII. Réforme protestante

36. XVIe siècle

La Réforme provoque une rupture profonde de la chrétienté occidentale.

Les conflits deviennent à la fois :

Les autorités catholiques persécutent les protestants dans certains territoires.

Les autorités protestantes persécutent également les catholiques ou d'autres groupes religieux dans certains territoires.

Cette réciprocité ne doit pas effacer l'étude spécifique des responsabilités catholiques.


XXVIII. Massacre de la Saint-Barthélemy

37. 24 août 1572

Le massacre commence à Paris puis s'étend à d'autres villes françaises.

Les principales victimes sont les protestants.

Des milliers de personnes sont tuées.

Nombre de morts

Nombre exact inconnu.

Les estimations historiques courantes se situent autour de :

5 000 à 10 000 morts dans l'ensemble de la France.

Le nombre de morts à Paris est souvent estimé à plusieurs milliers.

Responsabilité

Il faut étudier :

Il serait incorrect d'affirmer que le pape a personnellement ordonné le massacre.

Il serait tout aussi incorrect d'effacer le contexte religieux catholique dans lequel les violences se sont produites.


XXIX. Guerre de Trente Ans

38. 1618-1648

La guerre commence dans un contexte confessionnel mais devient rapidement une guerre politique européenne.

Des puissances catholiques combattent parfois d'autres puissances catholiques.

La France catholique combat les Habsbourg catholiques pour des raisons géopolitiques.

Nombre de morts

Nombre exact inconnu.

Le bilan global est de plusieurs millions de morts.

Une grande partie des décès provient :

Il serait historiquement faux d'attribuer l'ensemble de ces morts à l'Église catholique.


XXX. Colonisation et christianisation des Amériques

39. À partir de 1492

La conquête européenne provoque une catastrophe démographique majeure pour les populations autochtones.

Les causes sont multiples :

40. Nombre de morts

Nombre exact inconnu.

Les estimations démographiques modernes aboutissent à des dizaines de millions de morts supplémentaires ou à une disparition de plusieurs dizaines de millions d'habitants selon les populations et les méthodes retenues.

Mais il faut absolument distinguer :

Il serait donc scientifiquement et historiquement faux de présenter toutes ces victimes comme des personnes « assassinées par l'Église ».


XXXI. Responsabilité religieuse dans la colonisation

L'Église catholique participa à la colonisation de différentes façons.

Certaines missions :

Mais d'autres religieux :

La contradiction est historiquement réelle.


XXXII. Bartolomé de las Casas

41. 1484-1566

Le dominicain Bartolomé de las Casas dénonça les violences commises contre les populations indigènes.

Il défendit leur humanité et leurs droits.

Son action montre que l'Église ne formait pas un bloc uniforme.

Mais elle ne doit pas non plus être utilisée pour effacer la responsabilité des religieux qui ont participé à l'entreprise coloniale.


XXXIII. Les bulles pontificales et la colonisation

42. Dum Diversas

1452

Nicolas V publie Dum Diversas.

Le document est lié aux ambitions portugaises et à la lutte contre les puissances musulmanes.

Des textes pontificaux de cette période ont ensuite été utilisés dans la justification juridique et religieuse de la conquête et de l'asservissement.


XXXIV. Romanus Pontifex

1455

Cette bulle confirme et étend certains droits revendiqués par le Portugal sur les territoires conquis.

Elle appartient au contexte intellectuel et juridique de l'expansion portugaise.


XXXV. Inter Caetera

1493

Alexandre VI publie plusieurs textes concernant les territoires nouvellement atteints par les Espagnols.

Ils contribuent au cadre juridique de la domination espagnole.

En 2023, le Saint-Siège a reconnu que certaines formulations historiques de ces documents avaient été utilisées pour justifier des politiques coloniales et ne correspondaient pas à l'égalité de dignité des peuples autochtones.

Ces textes doivent donc être étudiés dans l'histoire de la colonisation.


XXXVI. Esclavage

43. XVe-XIXe siècles

Des catholiques et certaines institutions catholiques ont participé à différents systèmes esclavagistes.

L'Église ne fut toutefois pas l'unique acteur de la traite atlantique.

Les principaux acteurs comprenaient :

44. Responsabilité pontificale

Les positions pontificales furent contradictoires selon les époques et les formes d'esclavage concernées.

Certains textes furent utilisés pour soutenir des entreprises coloniales.

D'autres textes pontificaux condamnèrent certaines formes d'asservissement.

Il faut donc étudier les documents un par un.


XXXVII. Les Templiers

45. 1129-1314

L'ordre du Temple est fondé au XIIe siècle et devient un ordre religieux et militaire directement protégé par le pape.

13 janvier 1129

La règle du Temple est approuvée au concile de Troyes.

29 mars 1139

Le pape Innocent II publie Omne datum optimum.

L'ordre est placé sous la protection directe du pape et soustrait à l'autorité des évêques.

Cette donnée est fondamentale : les Templiers sont une institution religieuse directement liée à l'autorité pontificale. 0


XXXVIII. Destruction du Temple

46. 1307

Philippe IV le Bel décide d'arrêter les Templiers.

13 octobre 1307

Les arrestations ont lieu dans tout le royaume de France.

Les Templiers sont accusés notamment :

Des aveux sont obtenus dans plusieurs cas sous la torture.


XXXIX. Exécution des Templiers

12 mai 1310

54 Templiers sont brûlés à Paris.

Ce chiffre est documenté par les Archives nationales. 1

22 mars 1312

Le pape Clément V supprime officiellement l'ordre par la bulle Vox in excelso. 2

2 mai 1312

Les biens du Temple sont attribués à l'ordre de l'Hôpital par la bulle Ad providam. 3

Mars 1314

Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay sont brûlés.

Les Archives nationales donnent les dates du 11 ou du 18 mars 1314 selon les sources. 4

Bilan

Il est impossible de donner le nombre exact de Templiers morts entre 1307 et 1314.

Mais il est parfaitement documenté que :

Il est donc faux de présenter la disparition du Temple comme une simple décision administrative sans violence.


XL. Colonisation de l'Afrique

47. XIXe-XXe siècles

Les missions catholiques participent à l'expansion européenne en Afrique.

Leur rôle varie considérablement.

Certaines institutions :

D'autres missionnaires :

Il faut donc établir les responsabilités institution par institution.


XLI. Congo

48. 1885-1908

Le régime de l'État indépendant du Congo de Léopold II est marqué par :

Nombre de morts

Nombre exact inconnu.

Les estimations du déclin démographique varient fortement.

Il n'existe pas de chiffre scientifique unique permettant de dire :

« X millions de Congolais ont été assassinés. »

Le déclin démographique comprend des morts violentes mais également :

La responsabilité centrale appartient au système colonial de Léopold II.

Il faut cependant étudier séparément les responsabilités des missions et des religieux qui ont participé au système ou, au contraire, dénoncé ses abus.


XLII. Pensionnats autochtones du Canada

49. XIXe-XXe siècles

Le système des pensionnats autochtones constitue un exemple majeur de collaboration entre l'État canadien et des institutions religieuses.

Des congrégations catholiques administrèrent de nombreux établissements.

Les enfants furent séparés de leurs familles.

Ils subirent notamment :

50. Décès

Plus de 4 000 décès d'enfants ont été documentés dans les données disponibles, mais les archives sont incomplètes.

Il ne faut donc pas présenter ce chiffre comme le nombre définitif de tous les enfants morts.

Il faut distinguer :

La responsabilité des institutions religieuses qui administraient les établissements doit être étudiée directement et non dissoute dans la seule responsabilité de l'État.


XLIII. Australie

51. XIXe-XXe siècles

Des institutions religieuses, notamment catholiques, participent à la prise en charge d'enfants autochtones.

Les politiques de séparation provoquent :

Les « Stolen Generations » constituent un épisode majeur de l'histoire australienne.

Nombre de morts

Aucun chiffre mondial précis ne peut être attribué aux institutions catholiques.


XLIV. Irlande

52. XIXe-XXe siècles

Des institutions catholiques administrent :

Des enquêtes ont documenté :

Nombre de morts

Il n'existe pas un chiffre global suffisamment fiable permettant d'attribuer à l'ensemble des institutions catholiques irlandaises un nombre précis de morts.

Il faut travailler établissement par établissement.


XLV. Fascisme italien

53. 1922-1943

Les relations entre l'Église catholique et le régime fasciste italien sont complexes.

11 février 1929

Les accords du Latran sont signés entre le Saint-Siège et l'Italie fasciste.

Ils créent notamment l'État de la Cité du Vatican.

Ils constituent un accord institutionnel majeur avec le régime de Mussolini.

Mais cela ne signifie pas que chaque politique fasciste fut approuvée par l'ensemble de l'Église.

Des catholiques s'opposèrent également au fascisme.


XLVI. Allemagne nazie

54. 1933-1945

20 juillet 1933

Le concordat entre le Saint-Siège et l'Allemagne est signé.

L'Église conserve certaines garanties institutionnelles mais le régime nazi poursuit progressivement sa politique de contrôle et de répression.

Des prêtres et religieux sont arrêtés.

Certains sont assassinés.

Des catholiques participent à la résistance.

D'autres coopèrent ou s'accommodent du régime.

Il n'existe donc pas une attitude unique de tous les catholiques.


XLVII. La Shoah

55. 1941-1945

Le régime nazi et ses collaborateurs assassinent environ :

6 millions de Juifs.

La Shoah est un crime du régime nazi et de ses collaborateurs.

Elle ne doit pas être transformée en « crime de l'Église catholique ».

Mais l'attitude de l'Église et des catholiques pendant la Shoah doit être étudiée.

On trouve :

L'histoire exige donc d'étudier séparément :

la responsabilité dans la Shoah elle-même

et

l'histoire de l'antijudaïsme chrétien et des comportements catholiques pendant la Shoah.


XLVIII. Régime oustachi en Croatie

56. 1941-1945

Le régime oustachi commet des massacres contre :

Certains membres du clergé catholique sont impliqués ou associés au régime.

D'autres catholiques s'opposent aux violences.

Il faut donc documenter individuellement les religieux impliqués plutôt que d'attribuer automatiquement toutes les victimes à l'Église catholique.


XLIX. Dictatures d'Amérique latine

57. XXe siècle

Dans plusieurs dictatures latino-américaines, l'Église catholique adopte des attitudes diverses.

On trouve :

Des religieux sont eux-mêmes assassinés.

La responsabilité doit donc être recherchée au niveau :


L. Rwanda

58. Génocide de 1994

6 avril-juillet 1994

Le génocide contre les Tutsi entraîne la mort de plus de 800 000 personnes selon les estimations internationales couramment utilisées.

Les responsables principaux sont :

59. Participation de membres du clergé

Certains prêtres et religieux sont accusés, poursuivis ou condamnés pour leur participation aux massacres.

D'autres membres du clergé protègent des victimes.

Il serait donc faux d'attribuer les plus de 800 000 morts à l'Église catholique.

Mais il serait également faux d'effacer les cas documentés de participation de religieux.

La responsabilité doit être établie individu par individu et institution par institution.


LI. Les abus sexuels dans l'Église

60. Une violence institutionnelle contemporaine majeure

Les violences sexuelles commises par des membres du clergé constituent un dossier distinct des massacres historiques mais doivent absolument figurer dans une étude globale.

Il ne s'agit pas seulement de crimes individuels.

Les enquêtes ont également étudié :

C'est précisément ici que la notion de « marionnettiste » doit être examinée avec beaucoup de sérieux :

si un individu commet le crime, mais qu'une institution sait, protège, déplace ou dissimule, la responsabilité ne s'arrête pas à l'individu.


LII. France : 1950-2020

61. Rapport de la CIASE

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église a publié son rapport le 5 octobre 2021 après deux ans et demi de travaux. 5

L'enquête estime à :

216 000

le nombre de personnes agressées sexuellement pendant leur minorité par des prêtres, diacres, religieux ou religieuses sur la période 1950-2020. 6

En incluant les personnes agressées par des laïcs travaillant dans des institutions ou activités de l'Église :

330 000 victimes mineures estimées. 7

Il s'agit d'une estimation statistique, et non d'un registre exhaustif de victimes identifiées.

La CIASE estime également à environ :

2 900 à 3 200

le nombre de prêtres et religieux auteurs sur la période étudiée. 8

Ces chiffres sont particulièrement importants parce qu'ils montrent pourquoi la responsabilité institutionnelle ne peut pas être réduite à quelques individus isolés.


LIII. La question des morts dans les abus sexuels

Il serait faux de convertir les 216 000 victimes en nombre de morts.

La grande majorité des victimes ne sont évidemment pas mortes des suites des violences.

La CIASE ne fournit pas un nombre global permettant de dire :

« X personnes sont mortes à cause des abus sexuels dans l'Église. »

Il ne faut donc pas inventer ce chiffre.

En revanche, le nombre de victimes est suffisamment important pour constituer un phénomène historique majeur.


LIV. Pourquoi il ne faut pas additionner toutes les victimes

Une synthèse mondiale ne peut pas simplement additionner :

Ces catégories ne sont pas comparables.

Une personne morte de variole après l'arrivée européenne en Amérique n'est pas dans la même catégorie historique qu'une personne exécutée par un tribunal inquisitorial.

Une victime d'abus sexuel n'est pas nécessairement une victime décédée.

Une personne expulsée n'est pas une personne assassinée.

Cette distinction est indispensable.


LV. La chaîne complète de responsabilité

Pour chaque événement, la méthode correcte doit désormais être :

Niveau Question à poser
Doctrine Quelle justification religieuse est donnée ?
Autorité pontificale Le pape ou la Curie ont-ils ordonné, autorisé ou soutenu l'action ?
Autorité ecclésiastique Quel rôle ont joué évêques, légats, abbés ou supérieurs religieux ?
Religieux Des prêtres, moines ou inquisiteurs ont-ils participé ?
Pouvoir politique Quel souverain ou gouvernement a décidé ?
Organisation Qui a organisé concrètement l'action ?
Commandement Qui a donné les ordres opérationnels ?
Exécution Qui a matériellement commis les violences ?
Protection Qui a protégé les auteurs ?
Dissimulation Des responsables ont-ils empêché les poursuites ?
Justification Les crimes ont-ils ensuite été justifiés religieusement ?
Opposition Qui, au contraire, les a dénoncés ?
Victimes Combien de personnes ont été tuées ou victimes ?
Incertitude Que les sources ne permettent-elles pas de déterminer ?

Cette méthode permet de ne pas confondre exécutant et décideur, tout en évitant de transformer automatiquement toute autorité religieuse en « marionnettiste ».


LVI. Les principaux épisodes à retenir

Moyen Âge

Époque moderne

Époque contemporaine


LVII. Les principaux chiffres qui peuvent être retenus avec prudence

Événement Date Nombre de victimes ou morts
Verden 782 4 500 selon les Annales franques
Première croisade 1096-1099 Nombre exact inconnu
Jérusalem 1099 Nombre exact inconnu
Béziers 22 juillet 1209 Nombre exact inconnu ; plusieurs milliers
Lavaur 3 mai 1211 Environ 80 chevaliers + plusieurs centaines de Cathares exécutés
Montségur 16 mars 1244 Environ 200-220
Inquisitions XIIIe-XIXe siècles Nombre global exact inconnu
Saint-Barthélemy 1572 Environ 5 000-10 000 dans les estimations historiques courantes
Chasse aux sorcières en Europe XVIe-XVIIIe siècles Environ 40 000-60 000 exécutions au total, toutes juridictions confondues
Templiers brûlés à Paris 12 mai 1310 54
Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay mars 1314 2
Colonisation des Amériques XVIe-XIXe siècles Déclin démographique de plusieurs dizaines de millions ; nombre exact de morts directement causées par la violence inconnu
Congo de Léopold II 1885-1908 Nombre exact inconnu
Pensionnats autochtones du Canada XIXe-XXe siècles Plus de 4 000 décès documentés dans les données disponibles ; bilan définitif inconnu
Shoah 1941-1945 Environ 6 millions de Juifs assassinés
Génocide des Tutsi 1994 Plus de 800 000 morts selon les estimations internationales
Abus sexuels en France, clercs et religieux 1950-2020 216 000 victimes mineures estimées
Abus en incluant les laïcs en mission ecclésiale 1950-2020 330 000 victimes mineures estimées

LVIII. Ce que l'on peut réellement conclure

Il n'existe pas de chiffre historiquement sérieux permettant d'écrire :

« L'Église catholique a tué exactement X millions de personnes en 2 000 ans. »

Un tel chiffre serait artificiel.

En revanche, il est possible d'établir une histoire extrêmement importante de violences dans lesquelles l'Église catholique a joué des rôles différents selon les époques.

Ces rôles vont de :


LIX. Le point essentiel concernant le « marionnettiste »

La métaphore que tu as utilisée est utile pour comprendre ce qui manquait dans mes précédentes réponses.

Il ne suffit pas d'identifier :

la main qui frappe.

Il faut également rechercher :

la main qui donne l'ordre ; la main qui fournit la justification ; la main qui crée l'institution ; la main qui donne le pouvoir ; et éventuellement la main qui empêche ensuite que le responsable soit puni.

Mais l'existence de cette « main supérieure » doit être démontrée par les documents historiques.

Ainsi :

La responsabilité doit donc être remontée aussi haut que les preuves historiques permettent de la remonter.


LX. Conclusion générale

L'histoire de l'Église catholique sur près de deux millénaires ne peut pas être réduite à une histoire de paix et de spiritualité.

Elle comprend également des épisodes de :

Parmi les épisodes les plus importants figurent notamment :

La conclusion la plus rigoureuse n'est donc ni :

« Tout est imputable à l'Église. »

ni :

« Les crimes ont été commis par des civils ou des États, donc l'Église n'est pas responsable. »

La bonne méthode consiste à remonter toute la chaîne de responsabilité jusqu'au niveau que les sources permettent d'établir.

Lorsqu'un pape proclame une croisade, son rôle doit être étudié.

Lorsqu'un légat pontifical participe à une opération, son rôle doit être étudié.

Lorsqu'un inquisiteur dominicain conduit un procès, son rôle doit être étudié.

Lorsqu'un évêque organise ou soutient une persécution, son rôle doit être étudié.

Lorsqu'une institution catholique administre un établissement dans lequel des enfants sont violentés, la responsabilité de cette institution doit être étudiée.

Lorsqu'un État catholique agit sans intervention réelle de l'Église, cette distinction doit être conservée.

Et lorsqu'un religieux protège des victimes au péril de sa vie, ce fait doit également être conservé.

Cette méthode ne minimise donc ni les crimes commis par des membres de l'Église, ni les responsabilités institutionnelles, ni les responsabilités politiques.

Elle permet au contraire de poser la question fondamentale :

Qui avait le pouvoir de décider, qui a donné la justification, qui a organisé, qui a exécuté, qui a protégé et qui a finalement bénéficié de l'action ?

C'est à cette condition seulement qu'une étude mondiale sur deux mille ans peut prétendre mesurer réellement l'ampleur historique des violences liées à l'Église catholique, sans inventer de chiffres et sans effacer les responsabilités situées au sommet des chaînes de décision.