Étude historique globale des violences, persécutions, massacres, destructions et responsabilités liées à l'Église catholique depuis environ 2 000 ans
Introduction : une étude de responsabilité, et non un simple catalogue de crimes
Cette étude reprend l'ensemble de la question en tenant compte des remarques formulées précédemment.
L'objectif n'est pas de construire artificiellement un « compteur de morts de l'Église », car les sources historiques ne permettent pas de déterminer un tel total avec sérieux.
L'objectif est différent : retracer les principaux épisodes de violence liés à l'histoire de l'Église catholique et rechercher, pour chacun, la chaîne complète des responsabilités.
Il faut donc éviter deux erreurs opposées :
- attribuer à l'Église tous les crimes commis par des populations ou des États catholiques, même lorsque les sources ne montrent aucune intervention ecclésiastique ;
- utiliser la responsabilité des exécutants matériels pour faire disparaître la responsabilité éventuelle des autorités religieuses qui ont ordonné, autorisé, légitimé, organisé, financé, encouragé ou protégé ces actions.
C'est cette seconde erreur qui avait été insuffisamment évitée dans les versions précédentes.
La question doit donc toujours être :
Qui a commis matériellement le crime, mais aussi qui a créé le cadre idéologique, religieux, juridique et institutionnel qui a permis ce crime ?
Cette distinction est particulièrement importante pour les croisades, la croisade contre les Cathares, l'Inquisition, les persécutions religieuses, certaines entreprises coloniales et les institutions catholiques contemporaines.
Il faut également distinguer plusieurs niveaux :
- le pape et la Curie romaine ;
- les évêques ;
- les légats pontificaux ;
- les ordres religieux ;
- les inquisiteurs ;
- les tribunaux ecclésiastiques ;
- les prêtres et religieux agissant individuellement ;
- les souverains catholiques ;
- les armées ;
- les autorités municipales ;
- les populations civiles ;
- les individus agissant personnellement.
Une responsabilité peut être directe, institutionnelle, politique, idéologique, juridique, militaire ou individuelle.
Elle doit être établie à partir des documents disponibles.
I. Les débuts du christianisme impérial
1. IVe siècle : le christianisme passe de religion persécutée à religion privilégiée
313
L'édit de Milan met fin aux persécutions impériales contre les chrétiens.
La situation se renverse progressivement au cours du IVe siècle.
380
L'empereur Théodose Ier fait du christianisme nicéen la religion officielle de l'Empire.
Cette transformation modifie profondément le rapport entre religion et pouvoir.
L'Église n'est plus seulement une communauté religieuse persécutée.
Elle devient progressivement une institution disposant d'une influence politique considérable.
2. Répression des cultes païens
À partir de la fin du IVe siècle, différentes mesures impériales limitent ou interdisent les cultes païens.
Des temples sont :
- fermés ;
- détruits ;
- transformés en lieux chrétiens ;
- abandonnés ;
- parfois attaqués par des groupes chrétiens.
Le rôle des évêques et des autorités chrétiennes locales est documenté dans plusieurs épisodes.
Exemple : Alexandrie
391
Le Serapeum d'Alexandrie est détruit dans un contexte de conflit religieux.
L'évêque Théophile d'Alexandrie joue un rôle important dans l'affrontement.
Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
Il n'existe pas de bilan global fiable permettant d'établir le nombre de personnes tuées dans les destructions de sanctuaires païens de cette période.
Il serait donc faux de fabriquer un chiffre.
II. Christianisation de l'Europe
3. VIe-Xe siècles
La christianisation de l'Europe fut extrêmement diverse.
Dans certains territoires, elle fut relativement pacifique.
Dans d'autres, elle fut associée à la conquête militaire et à la destruction des anciennes structures religieuses.
On trouve notamment :
- destruction de sanctuaires ;
- interdiction des cultes anciens ;
- baptêmes imposés ;
- destruction d'objets religieux ;
- sanctions contre les pratiques païennes ;
- guerres de conquête accompagnées de christianisation.
III. Charlemagne et les Saxons
4. 772-804
Les guerres de Charlemagne contre les Saxons constituent un exemple important de fusion entre conquête politique et christianisation.
Charlemagne mena une guerre de plusieurs décennies contre les populations saxonnes.
La résistance à la domination franque fut associée à la résistance au christianisme.
5. Massacre de Verden
782
Après une révolte saxonne, Charlemagne fit exécuter un grand nombre de prisonniers.
Les Annales royales franques donnent le chiffre de :
4 500 Saxons.
Le chiffre est historiquement célèbre et documenté dans la source franque, même si sa précision exacte a fait l'objet de discussions.
Responsabilité
La responsabilité politique et militaire revient directement au pouvoir de Charlemagne.
La dimension religieuse est indissociable de la politique de christianisation menée parallèlement.
Il ne serait cependant pas exact de transformer les 4 500 victimes en « morts assassinés par l'Église catholique » : l'exécution fut une décision du pouvoir franc.
IV. Les croisades
6. 1095 : proclamation de la première croisade
Le pape Urbain II appelle à la croisade au concile de Clermont.
L'appel pontifical constitue une véritable mobilisation religieuse et militaire.
Le pape ne se contente pas de constater une guerre déjà existante :
il contribue directement à créer une entreprise militaire présentée comme un devoir religieux.
Les croisés reçoivent une justification spirituelle et des avantages religieux.
C'est donc un exemple particulièrement important de responsabilité dans lequel il faut examiner simultanément :
- l'autorité pontificale ;
- les prédicateurs ;
- les princes ;
- les chevaliers ;
- les armées ;
- les exécutants.
V. Première croisade
7. 1096-1099
La première croisade entraîne des massacres de populations musulmanes et juives.
Des communautés juives sont massacrées sur le chemin de la croisade, notamment en Rhénanie.
Les armées croisées prennent Jérusalem en 1099.
8. Prise de Jérusalem
15 juillet 1099
La ville tombe aux mains des croisés.
Des musulmans et des Juifs sont massacrés.
Les chroniques médiévales donnent des chiffres très variables.
Nombre exact
Inconnu.
Les chiffres extrêmement élevés transmis par certaines chroniques ne peuvent pas être considérés comme des décomptes exacts.
Responsabilité
Il existe ici une chaîne de responsabilité particulièrement importante :
- appel pontifical ;
- prédication religieuse ;
- mobilisation des combattants ;
- commandement militaire ;
- exécution des massacres par les combattants.
Le fait que les soldats aient matériellement tué les victimes n'efface donc pas la responsabilité historique de l'autorité qui a organisé et légitimé la croisade.
VI. Autres croisades
9. XIIe-XIIIe siècles
Les croisades se poursuivent pendant plusieurs générations.
Elles concernent :
- le Proche-Orient ;
- l'Espagne ;
- les territoires baltes ;
- les populations païennes d'Europe du Nord ;
- des chrétiens considérés comme hérétiques ;
- Constantinople et les chrétiens orthodoxes ;
- les Cathares.
La papauté joue un rôle variable selon les campagnes, mais les croisades constituent globalement un phénomène dans lequel l'autorité religieuse et le pouvoir militaire sont profondément imbriqués.
VII. Quatrième croisade et sac de Constantinople
10. 1204
La quatrième croisade devait initialement se diriger vers la Terre sainte.
Elle aboutit finalement au sac de Constantinople, capitale chrétienne de l'Empire byzantin.
La ville fut pillée par des croisés occidentaux.
Des habitants furent tués.
Des biens religieux furent volés.
Des églises furent profanées.
Des reliques furent emportées.
Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
Responsabilité
Le pape Innocent III n'avait pas initialement demandé le pillage de Constantinople.
Il condamna l'attaque.
Mais l'événement appartient néanmoins à l'histoire des croisades latines et montre que la dynamique créée par les entreprises militaires religieuses pouvait échapper au contrôle de l'autorité pontificale.
Il faut donc distinguer :
- responsabilité de la papauté dans l'appel à la croisade ;
- responsabilité des dirigeants militaires dans le détournement ;
- responsabilité des combattants dans les violences.
VIII. La croisade contre les Cathares
11. 1208-1229
La croisade albigeoise constitue l'un des épisodes les plus importants de cette étude.
Les Cathares étaient considérés par l'Église comme hérétiques.
La papauté avait déjà engagé une lutte religieuse contre eux.
12. Assassinat de Pierre de Castelnau
14 janvier 1208
Pierre de Castelnau, légat pontifical, est assassiné.
Le pape Innocent III utilise cet événement comme justification majeure de l'appel à la croisade.
IX. Béziers
13. 22 juillet 1209
Béziers est l'un des épisodes les plus importants de toute l'histoire de la croisade contre les Cathares.
Les croisés prennent la ville.
La population est massacrée.
Le massacre ne se limite pas aux Cathares.
Des catholiques sont également tués.
Des hommes, des femmes et des enfants sont victimes des violences.
14. « Tuez-les tous »
La tradition rapporte que le légat pontifical Arnaud Amaury aurait répondu à la question de savoir comment distinguer les Cathares des catholiques :
« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. »
Cette phrase est célèbre mais son authenticité littérale est discutée par les historiens.
Elle ne doit donc pas être présentée comme une citation absolument certaine.
En revanche, le massacre lui-même est historiquement établi.
15. Nombre de morts à Béziers
Nombre exact inconnu.
Des sources médiévales évoquent environ 20 000 morts, mais ce chiffre ne peut pas être considéré comme un décompte exact.
La conclusion historiquement prudente est :
plusieurs milliers d'habitants furent massacrés.
Il serait donc faux de supprimer Béziers sous prétexte que le chiffre exact est inconnu.
L'incertitude numérique ne diminue pas la réalité du massacre.
16. Chaîne de responsabilité à Béziers
L'analyse doit comprendre :
- décision pontificale de lancer la croisade ;
- prédication de la croisade ;
- organisation des forces croisées ;
- présence de représentants ecclésiastiques ;
- commandement militaire ;
- prise de la ville ;
- massacre des habitants.
Il ne suffit donc pas d'écrire :
« Les croisés ont tué les habitants de Béziers. »
Il faut également examiner le système religieux et politique qui avait permis à cette armée de se constituer et de considérer l'élimination de l'hérésie comme une entreprise religieusement légitime.
X. Carcassonne
17. Août 1209
Carcassonne est assiégée.
La ville capitule.
Raymond-Roger Trencavel est capturé.
La population est expulsée.
La répression ne consiste donc pas uniquement en massacres :
- siège ;
- confiscation ;
- expulsion ;
- emprisonnement ;
- changement de pouvoir ;
- poursuite de l'hérésie.
Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
XI. Lavaur
18. 3 mai 1211
Lavaur est prise par les croisés.
Dame Guiraude de Laurac est exécutée.
Environ 80 chevaliers sont pendus.
Plusieurs centaines de Cathares sont brûlés.
Bilan
Les chiffres concernant les personnes exécutées lors de cet épisode sont beaucoup mieux documentés que ceux de Béziers.
Le bilan comprend au minimum :
- environ 80 chevaliers pendus ;
- plusieurs centaines de Cathares brûlés.
Le nombre total de morts liés à l'ensemble du siège et de la prise de la ville reste inconnu.
XII. Muret
19. 12 septembre 1213
La bataille de Muret constitue un tournant militaire.
Pierre II d'Aragon est tué.
La victoire de Simon de Montfort renforce la domination des croisés.
Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
XIII. Fin de la croisade militaire
20. 1229
Le traité de Paris met fin à la principale phase militaire de la croisade.
Mais la lutte contre les Cathares ne s'arrête pas.
Elle se transforme progressivement :
de la guerre militaire vers la répression judiciaire et inquisitoriale.
C'est précisément ici que la question de l'Inquisition devient essentielle.
XIV. Montségur
21. 1243-1244
Montségur constitue l'un des derniers grands refuges cathares.
La forteresse est assiégée.
16 mars 1244
Après la reddition, environ 200 à 220 Cathares refusent d'abjurer.
Ils sont brûlés.
Bilan
Environ 200 à 220 morts.
Cet épisode constitue l'un des bilans les mieux identifiables de la répression cathare.
XV. Bilan de la croisade contre les Cathares
Il est impossible de donner un chiffre exact pour l'ensemble de la croisade.
Il faut additionner conceptuellement :
- massacres ;
- combats ;
- sièges ;
- exécutions ;
- bûchers ;
- famines ;
- déplacements ;
- destructions économiques ;
- répression inquisitoriale ultérieure.
Bilan global
Nombre exact inconnu.
Il serait donc faux de donner un total précis.
Mais il est historiquement incontestable que la croisade comporta :
- massacres de populations civiles ;
- exécutions collectives ;
- bûchers ;
- confiscations ;
- expulsions ;
- destruction de communautés ;
- persécution religieuse organisée.
XVI. L'Inquisition
22. XIIIe-XIXe siècles
L'Inquisition ne constitue pas une institution unique.
Il faut distinguer :
- Inquisition médiévale ;
- Inquisition espagnole ;
- Inquisition portugaise ;
- Inquisition romaine.
23. Les inquisiteurs étaient des religieux
Ce point doit être clairement établi.
Les inquisiteurs médiévaux furent fréquemment issus des ordres religieux.
Les Dominicains occupèrent une place particulièrement importante.
Des Franciscains exercèrent également des fonctions inquisitoriales.
Les inquisiteurs agissaient dans le cadre de commissions pontificales et du droit canonique.
Ils étaient donc des représentants religieux institutionnels.
Il serait historiquement faux de présenter l'Inquisition comme une simple police civile étrangère à l'Église.
XVII. Les procédures inquisitoriales
Les tribunaux inquisitoriaux pouvaient utiliser :
- interrogatoires ;
- témoignages ;
- emprisonnement ;
- pénitences ;
- confiscations ;
- port de signes infamants ;
- condamnations religieuses ;
- torture dans certaines circonstances ;
- remise du condamné au pouvoir séculier ;
- exécution après condamnation.
Le fait que l'exécution matérielle ait parfois été réalisée par le pouvoir civil ne signifie pas que la responsabilité du tribunal religieux disparaît.
C'est précisément ici que la distinction entre marionnette et marionnettiste doit être utilisée avec prudence.
Si un tribunal religieux condamne une personne comme hérétique et la remet ensuite au pouvoir civil pour exécution, il faut étudier séparément :
- qui a déclaré l'hérésie ;
- qui a jugé ;
- qui a condamné ;
- qui a demandé ou accepté la peine ;
- qui a exécuté ;
- qui disposait juridiquement du pouvoir de tuer.
XVIII. L'Inquisition espagnole
24. 1478-1834
L'Inquisition espagnole fut créée en 1478 avec l'autorisation pontificale.
Elle poursuivit notamment :
- conversos soupçonnés de judaïsme ;
- morisques soupçonnés de pratiquer l'islam ;
- protestants ;
- personnes accusées de blasphème ;
- autres comportements considérés comme hérétiques.
25. Nombre d'exécutions
Les anciens chiffres extrêmement élevés ne sont pas retenus par la recherche historique moderne.
Les estimations couramment retenues pour les exécutions se situent dans l'ordre de quelques milliers sur l'ensemble de l'existence de l'Inquisition espagnole.
Une estimation souvent citée se situe autour de 3 000 à 5 000 exécutions.
Il s'agit d'une estimation historique, et non d'un décompte absolument exhaustif.
XIX. Inquisition portugaise
26. 1536-1821
L'Inquisition portugaise poursuivit notamment :
- les nouveaux chrétiens ;
- les personnes soupçonnées de judaïsme ;
- les protestants ;
- les personnes accusées d'hérésie ;
- d'autres infractions religieuses.
Des exécutions eurent lieu.
Nombre total
Un chiffre mondial parfaitement exact n'est pas disponible.
Les archives permettent cependant d'étudier les condamnations et les autos-da-fé de manière beaucoup plus précise pour certaines périodes.
XX. Inquisition romaine
27. À partir de 1542
La Congrégation du Saint-Office fut créée par Paul III.
Elle poursuivit notamment :
- l'hérésie ;
- le protestantisme ;
- certains ouvrages interdits ;
- certaines doctrines considérées comme dangereuses.
28. Giordano Bruno
17 février 1600
Giordano Bruno est exécuté à Rome après sa condamnation pour hérésie.
Il est brûlé vif.
Nombre de morts
1.
Cet exemple est important parce que la condamnation fut prononcée par le tribunal inquisitorial romain.
XXI. La chasse aux sorcières
29. Une responsabilité qui doit être étudiée beaucoup plus sérieusement
La formulation précédente de cette étude était insuffisante.
Il est exact que les chasses aux sorcières européennes furent menées par des tribunaux de plusieurs types.
Mais il est également exact que :
- des autorités ecclésiastiques y participèrent ;
- des évêques y participèrent ;
- des inquisiteurs y participèrent ;
- des religieux furent inquisiteurs ;
- des théologiens élaborèrent des doctrines démonologiques ;
- des tribunaux religieux poursuivirent certaines accusations de sorcellerie ;
- l'Église contribua au cadre intellectuel et juridique de la persécution.
Il ne faut donc surtout pas transformer la distinction entre tribunaux civils et tribunaux ecclésiastiques en une exonération de l'Église.
30. Le Malleus Maleficarum
1486-1487
Le Malleus Maleficarum est publié par les dominicains Heinrich Kramer et Jacob Sprenger, même si la participation exacte de Sprenger à sa rédaction est discutée.
L'ouvrage contribue fortement à la diffusion d'une conception démonologique de la sorcellerie.
Il ne constitue pas à lui seul la cause de toutes les chasses aux sorcières.
Mais il montre clairement que des religieux catholiques participèrent à la construction intellectuelle du phénomène.
XXII. Procès ecclésiastiques et civils
Les historiens distinguent :
- tribunaux épiscopaux ;
- tribunaux inquisitoriaux ;
- tribunaux séculiers ;
- tribunaux municipaux ;
- juridictions princières ;
- juridictions royales.
La proportion varie considérablement selon :
- les pays ;
- les périodes ;
- les régimes politiques ;
- les juridictions.
Il est donc incorrect d'affirmer que toutes les victimes de la chasse aux sorcières furent tuées par l'Inquisition.
Mais il est tout aussi incorrect d'affirmer :
« La chasse aux sorcières était essentiellement une affaire civile, donc l'Église n'y est pratiquement pour rien. »
Cette conclusion serait également fausse.
31. Nombre total des exécutions pour sorcellerie
Les recherches historiques modernes situent généralement les exécutions européennes dans l'ordre de :
40 000 à 60 000 personnes.
Ce chiffre concerne l'ensemble des territoires européens et ne peut pas être attribué intégralement à l'Église catholique.
Une étude sérieuse doit au contraire déterminer, région par région, quelles juridictions ont prononcé les condamnations.
Conclusion correcte
L'Église catholique ne peut pas être rendue responsable de la totalité des exécutions de sorcières en Europe, mais elle a indiscutablement participé à la persécution de personnes accusées de sorcellerie, notamment par des religieux, des inquisiteurs, des théologiens et certaines juridictions ecclésiastiques.
Cette formulation évite à la fois l'exagération et la minimisation.
XXIII. Persécution des Vaudois
32. XIIe-XVIIe siècles
Les Vaudois apparaissent au XIIe siècle autour de Pierre Valdo.
Ils sont progressivement condamnés comme hérétiques.
Des persécutions se produisent dans plusieurs régions.
XXIV. Massacres de Provence
33. 1545
Les communautés vaudoises de Provence sont attaquées par les forces françaises.
Des villages sont détruits.
Des habitants sont massacrés.
Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
Les chiffres historiques parlent de plusieurs milliers de morts.
Il faut ici distinguer :
- décisions politiques françaises ;
- autorités militaires ;
- approbation ou soutien religieux ;
- responsabilité individuelle des soldats.
XXV. Persécution des Juifs
34. Moyen Âge-XVIIe siècle
Les populations juives d'Europe chrétienne furent victimes de :
- massacres ;
- expulsions ;
- conversions forcées ;
- discriminations ;
- confiscations ;
- accusations religieuses ;
- violences populaires.
Des membres du clergé ont parfois participé à la prédication anti-juive.
D'autres ont défendu les communautés juives.
Il faut donc distinguer les différentes périodes et les différents responsables.
XXVI. Espagne
35. 1492
Le décret de l'Alhambra ordonne l'expulsion des Juifs qui refusent la conversion.
Conséquences
- exil ;
- conversions forcées ou contraintes ;
- confiscations ;
- persécutions des convertis ;
- intervention de l'Inquisition.
Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
L'essentiel des conséquences immédiates fut l'expulsion et la conversion forcée plutôt qu'un massacre général.
XXVII. Réforme protestante
36. XVIe siècle
La Réforme provoque une rupture profonde de la chrétienté occidentale.
Les conflits deviennent à la fois :
- religieux ;
- politiques ;
- dynastiques ;
- militaires.
Les autorités catholiques persécutent les protestants dans certains territoires.
Les autorités protestantes persécutent également les catholiques ou d'autres groupes religieux dans certains territoires.
Cette réciprocité ne doit pas effacer l'étude spécifique des responsabilités catholiques.
XXVIII. Massacre de la Saint-Barthélemy
37. 24 août 1572
Le massacre commence à Paris puis s'étend à d'autres villes françaises.
Les principales victimes sont les protestants.
Des milliers de personnes sont tuées.
Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
Les estimations historiques courantes se situent autour de :
5 000 à 10 000 morts dans l'ensemble de la France.
Le nombre de morts à Paris est souvent estimé à plusieurs milliers.
Responsabilité
Il faut étudier :
- Charles IX ;
- Catherine de Médicis ;
- le pouvoir royal ;
- les responsables militaires ;
- les factions catholiques ;
- les autorités municipales ;
- les populations participant aux massacres ;
- les responsables religieux ayant encouragé ou approuvé les violences.
Il serait incorrect d'affirmer que le pape a personnellement ordonné le massacre.
Il serait tout aussi incorrect d'effacer le contexte religieux catholique dans lequel les violences se sont produites.
XXIX. Guerre de Trente Ans
38. 1618-1648
La guerre commence dans un contexte confessionnel mais devient rapidement une guerre politique européenne.
Des puissances catholiques combattent parfois d'autres puissances catholiques.
La France catholique combat les Habsbourg catholiques pour des raisons géopolitiques.
Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
Le bilan global est de plusieurs millions de morts.
Une grande partie des décès provient :
- de maladies ;
- de famine ;
- de déplacements ;
- de combats ;
- de massacres.
Il serait historiquement faux d'attribuer l'ensemble de ces morts à l'Église catholique.
XXX. Colonisation et christianisation des Amériques
39. À partir de 1492
La conquête européenne provoque une catastrophe démographique majeure pour les populations autochtones.
Les causes sont multiples :
- épidémies ;
- guerres ;
- massacres ;
- esclavage ;
- travail forcé ;
- famines ;
- déplacements ;
- effondrement économique ;
- destruction sociale.
40. Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
Les estimations démographiques modernes aboutissent à des dizaines de millions de morts supplémentaires ou à une disparition de plusieurs dizaines de millions d'habitants selon les populations et les méthodes retenues.
Mais il faut absolument distinguer :
- morts par maladie ;
- morts de famine ;
- morts par violence ;
- morts liées au travail forcé ;
- baisse des naissances.
Il serait donc scientifiquement et historiquement faux de présenter toutes ces victimes comme des personnes « assassinées par l'Église ».
XXXI. Responsabilité religieuse dans la colonisation
L'Église catholique participa à la colonisation de différentes façons.
Certaines missions :
- accompagnaient les colons ;
- administraient des populations ;
- participaient à l'assimilation ;
- détruisaient certains cultes ;
- imposaient le baptême ;
- contrôlaient les enfants.
Mais d'autres religieux :
- dénonçaient les massacres ;
- défendaient les populations autochtones ;
- s'opposaient aux colons ;
- dénonçaient l'esclavage.
La contradiction est historiquement réelle.
XXXII. Bartolomé de las Casas
41. 1484-1566
Le dominicain Bartolomé de las Casas dénonça les violences commises contre les populations indigènes.
Il défendit leur humanité et leurs droits.
Son action montre que l'Église ne formait pas un bloc uniforme.
Mais elle ne doit pas non plus être utilisée pour effacer la responsabilité des religieux qui ont participé à l'entreprise coloniale.
XXXIII. Les bulles pontificales et la colonisation
42. Dum Diversas
1452
Nicolas V publie Dum Diversas.
Le document est lié aux ambitions portugaises et à la lutte contre les puissances musulmanes.
Des textes pontificaux de cette période ont ensuite été utilisés dans la justification juridique et religieuse de la conquête et de l'asservissement.
XXXIV. Romanus Pontifex
1455
Cette bulle confirme et étend certains droits revendiqués par le Portugal sur les territoires conquis.
Elle appartient au contexte intellectuel et juridique de l'expansion portugaise.
XXXV. Inter Caetera
1493
Alexandre VI publie plusieurs textes concernant les territoires nouvellement atteints par les Espagnols.
Ils contribuent au cadre juridique de la domination espagnole.
En 2023, le Saint-Siège a reconnu que certaines formulations historiques de ces documents avaient été utilisées pour justifier des politiques coloniales et ne correspondaient pas à l'égalité de dignité des peuples autochtones.
Ces textes doivent donc être étudiés dans l'histoire de la colonisation.
XXXVI. Esclavage
43. XVe-XIXe siècles
Des catholiques et certaines institutions catholiques ont participé à différents systèmes esclavagistes.
L'Église ne fut toutefois pas l'unique acteur de la traite atlantique.
Les principaux acteurs comprenaient :
- Portugal ;
- Espagne ;
- France ;
- Grande-Bretagne ;
- Pays-Bas ;
- compagnies commerciales ;
- marchands privés ;
- puissances africaines ;
- autorités coloniales ;
- propriétaires esclavagistes.
44. Responsabilité pontificale
Les positions pontificales furent contradictoires selon les époques et les formes d'esclavage concernées.
Certains textes furent utilisés pour soutenir des entreprises coloniales.
D'autres textes pontificaux condamnèrent certaines formes d'asservissement.
Il faut donc étudier les documents un par un.
XXXVII. Les Templiers
45. 1129-1314
L'ordre du Temple est fondé au XIIe siècle et devient un ordre religieux et militaire directement protégé par le pape.
13 janvier 1129
La règle du Temple est approuvée au concile de Troyes.
29 mars 1139
Le pape Innocent II publie Omne datum optimum.
L'ordre est placé sous la protection directe du pape et soustrait à l'autorité des évêques.
Cette donnée est fondamentale : les Templiers sont une institution religieuse directement liée à l'autorité pontificale. 0
XXXVIII. Destruction du Temple
46. 1307
Philippe IV le Bel décide d'arrêter les Templiers.
13 octobre 1307
Les arrestations ont lieu dans tout le royaume de France.
Les Templiers sont accusés notamment :
- d'hérésie ;
- de reniement du Christ ;
- de pratiques religieuses secrètes ;
- de comportements sexuels interdits ;
- d'adoration d'idoles.
Des aveux sont obtenus dans plusieurs cas sous la torture.
XXXIX. Exécution des Templiers
12 mai 1310
54 Templiers sont brûlés à Paris.
Ce chiffre est documenté par les Archives nationales. 1
22 mars 1312
Le pape Clément V supprime officiellement l'ordre par la bulle Vox in excelso. 2
2 mai 1312
Les biens du Temple sont attribués à l'ordre de l'Hôpital par la bulle Ad providam. 3
Mars 1314
Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay sont brûlés.
Les Archives nationales donnent les dates du 11 ou du 18 mars 1314 selon les sources. 4
Bilan
Il est impossible de donner le nombre exact de Templiers morts entre 1307 et 1314.
Mais il est parfaitement documenté que :
- l'ordre fut arrêté ;
- certains membres furent torturés ;
- certains furent exécutés ;
- l'ordre fut supprimé par le pape ;
- ses biens furent transférés.
Il est donc faux de présenter la disparition du Temple comme une simple décision administrative sans violence.
XL. Colonisation de l'Afrique
47. XIXe-XXe siècles
Les missions catholiques participent à l'expansion européenne en Afrique.
Leur rôle varie considérablement.
Certaines institutions :
- collaborent avec les administrations coloniales ;
- enseignent les langues européennes ;
- participent à l'assimilation ;
- prennent en charge les enfants ;
- administrent des missions.
D'autres missionnaires :
- dénoncent les violences ;
- défendent les populations ;
- s'opposent aux abus coloniaux.
Il faut donc établir les responsabilités institution par institution.
XLI. Congo
48. 1885-1908
Le régime de l'État indépendant du Congo de Léopold II est marqué par :
- travail forcé ;
- prise d'otages ;
- violences ;
- mutilations ;
- destruction de villages ;
- famine ;
- maladies ;
- baisse démographique massive.
Nombre de morts
Nombre exact inconnu.
Les estimations du déclin démographique varient fortement.
Il n'existe pas de chiffre scientifique unique permettant de dire :
« X millions de Congolais ont été assassinés. »
Le déclin démographique comprend des morts violentes mais également :
- maladies ;
- famine ;
- épuisement ;
- baisse de la natalité.
La responsabilité centrale appartient au système colonial de Léopold II.
Il faut cependant étudier séparément les responsabilités des missions et des religieux qui ont participé au système ou, au contraire, dénoncé ses abus.
XLII. Pensionnats autochtones du Canada
49. XIXe-XXe siècles
Le système des pensionnats autochtones constitue un exemple majeur de collaboration entre l'État canadien et des institutions religieuses.
Des congrégations catholiques administrèrent de nombreux établissements.
Les enfants furent séparés de leurs familles.
Ils subirent notamment :
- violences physiques ;
- violences sexuelles ;
- humiliations ;
- travail forcé ;
- interdiction des langues ;
- interdiction ou répression des pratiques culturelles ;
- mauvaises conditions sanitaires ;
- maladies ;
- malnutrition ;
- négligence.
50. Décès
Plus de 4 000 décès d'enfants ont été documentés dans les données disponibles, mais les archives sont incomplètes.
Il ne faut donc pas présenter ce chiffre comme le nombre définitif de tous les enfants morts.
Il faut distinguer :
- décès documentés ;
- décès non documentés ;
- maladies ;
- malnutrition ;
- violences ;
- accidents ;
- négligence.
La responsabilité des institutions religieuses qui administraient les établissements doit être étudiée directement et non dissoute dans la seule responsabilité de l'État.
XLIII. Australie
51. XIXe-XXe siècles
Des institutions religieuses, notamment catholiques, participent à la prise en charge d'enfants autochtones.
Les politiques de séparation provoquent :
- rupture familiale ;
- perte des langues ;
- perte culturelle ;
- violences ;
- abus ;
- déplacement forcé.
Les « Stolen Generations » constituent un épisode majeur de l'histoire australienne.
Nombre de morts
Aucun chiffre mondial précis ne peut être attribué aux institutions catholiques.
XLIV. Irlande
52. XIXe-XXe siècles
Des institutions catholiques administrent :
- écoles industrielles ;
- orphelinats ;
- maisons pour mères et enfants ;
- Magdalene Laundries ;
- institutions pour enfants ;
- autres établissements.
Des enquêtes ont documenté :
- violences physiques ;
- humiliations ;
- travail forcé ;
- abus sexuels ;
- négligence ;
- séparation des enfants ;
- mauvaises conditions de vie ;
- décès.
Nombre de morts
Il n'existe pas un chiffre global suffisamment fiable permettant d'attribuer à l'ensemble des institutions catholiques irlandaises un nombre précis de morts.
Il faut travailler établissement par établissement.
XLV. Fascisme italien
53. 1922-1943
Les relations entre l'Église catholique et le régime fasciste italien sont complexes.
11 février 1929
Les accords du Latran sont signés entre le Saint-Siège et l'Italie fasciste.
Ils créent notamment l'État de la Cité du Vatican.
Ils constituent un accord institutionnel majeur avec le régime de Mussolini.
Mais cela ne signifie pas que chaque politique fasciste fut approuvée par l'ensemble de l'Église.
Des catholiques s'opposèrent également au fascisme.
XLVI. Allemagne nazie
54. 1933-1945
20 juillet 1933
Le concordat entre le Saint-Siège et l'Allemagne est signé.
L'Église conserve certaines garanties institutionnelles mais le régime nazi poursuit progressivement sa politique de contrôle et de répression.
Des prêtres et religieux sont arrêtés.
Certains sont assassinés.
Des catholiques participent à la résistance.
D'autres coopèrent ou s'accommodent du régime.
Il n'existe donc pas une attitude unique de tous les catholiques.
XLVII. La Shoah
55. 1941-1945
Le régime nazi et ses collaborateurs assassinent environ :
6 millions de Juifs.
La Shoah est un crime du régime nazi et de ses collaborateurs.
Elle ne doit pas être transformée en « crime de l'Église catholique ».
Mais l'attitude de l'Église et des catholiques pendant la Shoah doit être étudiée.
On trouve :
- des religieux qui cachent des Juifs ;
- des institutions catholiques qui sauvent des personnes ;
- des catholiques résistants ;
- des responsables qui protestent ;
- des responsables qui se taisent ;
- des individus qui collaborent ;
- des attitudes antisémites présentes dans certaines sociétés chrétiennes.
L'histoire exige donc d'étudier séparément :
la responsabilité dans la Shoah elle-même
et
l'histoire de l'antijudaïsme chrétien et des comportements catholiques pendant la Shoah.
XLVIII. Régime oustachi en Croatie
56. 1941-1945
Le régime oustachi commet des massacres contre :
- Serbes ;
- Juifs ;
- Roms ;
- opposants.
Certains membres du clergé catholique sont impliqués ou associés au régime.
D'autres catholiques s'opposent aux violences.
Il faut donc documenter individuellement les religieux impliqués plutôt que d'attribuer automatiquement toutes les victimes à l'Église catholique.
XLIX. Dictatures d'Amérique latine
57. XXe siècle
Dans plusieurs dictatures latino-américaines, l'Église catholique adopte des attitudes diverses.
On trouve :
- soutien à certains régimes ;
- accommodement ;
- silence ;
- opposition ;
- protection des victimes ;
- participation à la défense des droits humains.
Des religieux sont eux-mêmes assassinés.
La responsabilité doit donc être recherchée au niveau :
- des évêques ;
- des diocèses ;
- des ordres religieux ;
- des individus ;
- des régimes militaires.
L. Rwanda
58. Génocide de 1994
6 avril-juillet 1994
Le génocide contre les Tutsi entraîne la mort de plus de 800 000 personnes selon les estimations internationales couramment utilisées.
Les responsables principaux sont :
- autorités extrémistes ;
- forces gouvernementales ;
- milices ;
- responsables locaux ;
- participants civils.
59. Participation de membres du clergé
Certains prêtres et religieux sont accusés, poursuivis ou condamnés pour leur participation aux massacres.
D'autres membres du clergé protègent des victimes.
Il serait donc faux d'attribuer les plus de 800 000 morts à l'Église catholique.
Mais il serait également faux d'effacer les cas documentés de participation de religieux.
La responsabilité doit être établie individu par individu et institution par institution.
LI. Les abus sexuels dans l'Église
60. Une violence institutionnelle contemporaine majeure
Les violences sexuelles commises par des membres du clergé constituent un dossier distinct des massacres historiques mais doivent absolument figurer dans une étude globale.
Il ne s'agit pas seulement de crimes individuels.
Les enquêtes ont également étudié :
- déplacements de prêtres accusés ;
- absence de signalement ;
- protection institutionnelle ;
- silence ;
- mauvaise gestion des plaintes ;
- destruction ou rétention de documents dans certains cas ;
- maintien de certains auteurs dans des fonctions ;
- défaut de protection des victimes.
C'est précisément ici que la notion de « marionnettiste » doit être examinée avec beaucoup de sérieux :
si un individu commet le crime, mais qu'une institution sait, protège, déplace ou dissimule, la responsabilité ne s'arrête pas à l'individu.
LII. France : 1950-2020
61. Rapport de la CIASE
La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église a publié son rapport le 5 octobre 2021 après deux ans et demi de travaux. 5
L'enquête estime à :
216 000
le nombre de personnes agressées sexuellement pendant leur minorité par des prêtres, diacres, religieux ou religieuses sur la période 1950-2020. 6
En incluant les personnes agressées par des laïcs travaillant dans des institutions ou activités de l'Église :
330 000 victimes mineures estimées. 7
Il s'agit d'une estimation statistique, et non d'un registre exhaustif de victimes identifiées.
La CIASE estime également à environ :
2 900 à 3 200
le nombre de prêtres et religieux auteurs sur la période étudiée. 8
Ces chiffres sont particulièrement importants parce qu'ils montrent pourquoi la responsabilité institutionnelle ne peut pas être réduite à quelques individus isolés.
LIII. La question des morts dans les abus sexuels
Il serait faux de convertir les 216 000 victimes en nombre de morts.
La grande majorité des victimes ne sont évidemment pas mortes des suites des violences.
La CIASE ne fournit pas un nombre global permettant de dire :
« X personnes sont mortes à cause des abus sexuels dans l'Église. »
Il ne faut donc pas inventer ce chiffre.
En revanche, le nombre de victimes est suffisamment important pour constituer un phénomène historique majeur.
LIV. Pourquoi il ne faut pas additionner toutes les victimes
Une synthèse mondiale ne peut pas simplement additionner :
- victimes de guerre ;
- morts de maladie ;
- morts de famine ;
- victimes de massacres ;
- personnes exécutées ;
- personnes torturées ;
- victimes d'abus sexuels ;
- personnes déplacées ;
- victimes de discriminations.
Ces catégories ne sont pas comparables.
Une personne morte de variole après l'arrivée européenne en Amérique n'est pas dans la même catégorie historique qu'une personne exécutée par un tribunal inquisitorial.
Une victime d'abus sexuel n'est pas nécessairement une victime décédée.
Une personne expulsée n'est pas une personne assassinée.
Cette distinction est indispensable.
LV. La chaîne complète de responsabilité
Pour chaque événement, la méthode correcte doit désormais être :
| Niveau | Question à poser |
|---|---|
| Doctrine | Quelle justification religieuse est donnée ? |
| Autorité pontificale | Le pape ou la Curie ont-ils ordonné, autorisé ou soutenu l'action ? |
| Autorité ecclésiastique | Quel rôle ont joué évêques, légats, abbés ou supérieurs religieux ? |
| Religieux | Des prêtres, moines ou inquisiteurs ont-ils participé ? |
| Pouvoir politique | Quel souverain ou gouvernement a décidé ? |
| Organisation | Qui a organisé concrètement l'action ? |
| Commandement | Qui a donné les ordres opérationnels ? |
| Exécution | Qui a matériellement commis les violences ? |
| Protection | Qui a protégé les auteurs ? |
| Dissimulation | Des responsables ont-ils empêché les poursuites ? |
| Justification | Les crimes ont-ils ensuite été justifiés religieusement ? |
| Opposition | Qui, au contraire, les a dénoncés ? |
| Victimes | Combien de personnes ont été tuées ou victimes ? |
| Incertitude | Que les sources ne permettent-elles pas de déterminer ? |
Cette méthode permet de ne pas confondre exécutant et décideur, tout en évitant de transformer automatiquement toute autorité religieuse en « marionnettiste ».
LVI. Les principaux épisodes à retenir
Moyen Âge
- christianisation forcée de certains peuples ;
- guerres de Charlemagne contre les Saxons ;
- massacre de Verden en 782 ;
- première croisade de 1096-1099 ;
- massacres de Juifs pendant la première croisade ;
- massacre de Jérusalem en 1099 ;
- quatrième croisade ;
- sac de Constantinople en 1204 ;
- croisade contre les Cathares de 1208-1229 ;
- massacre de Béziers le 22 juillet 1209 ;
- prise de Lavaur le 3 mai 1211 ;
- bataille de Muret le 12 septembre 1213 ;
- répression de Toulouse ;
- siège de Montségur ;
- bûcher de Montségur le 16 mars 1244 ;
- Inquisition médiévale ;
- persécution des Vaudois ;
- persécution de minorités juives ;
- destruction du Temple entre 1307 et 1314.
Époque moderne
- Inquisition espagnole ;
- Inquisition portugaise ;
- Inquisition romaine ;
- persécution des protestants ;
- guerres de Religion ;
- Saint-Barthélemy du 24 août 1572 ;
- persécution des Vaudois de Provence en 1545 ;
- chasse aux sorcières ;
- exécutions de personnes accusées de sorcellerie ;
- colonisation des Amériques ;
- conversions forcées ;
- destruction de sanctuaires autochtones ;
- esclavage ;
- colonisation africaine.
Époque contemporaine
- institutions coloniales ;
- Congo ;
- pensionnats autochtones du Canada ;
- Stolen Generations en Australie ;
- institutions catholiques irlandaises ;
- relations avec le fascisme italien ;
- relations avec l'Allemagne nazie ;
- comportements catholiques pendant la Shoah ;
- régime oustachi ;
- dictatures latino-américaines ;
- Rwanda ;
- abus sexuels dans l'Église ;
- mécanismes institutionnels de protection ou de dissimulation.
LVII. Les principaux chiffres qui peuvent être retenus avec prudence
| Événement | Date | Nombre de victimes ou morts |
|---|---|---|
| Verden | 782 | 4 500 selon les Annales franques |
| Première croisade | 1096-1099 | Nombre exact inconnu |
| Jérusalem | 1099 | Nombre exact inconnu |
| Béziers | 22 juillet 1209 | Nombre exact inconnu ; plusieurs milliers |
| Lavaur | 3 mai 1211 | Environ 80 chevaliers + plusieurs centaines de Cathares exécutés |
| Montségur | 16 mars 1244 | Environ 200-220 |
| Inquisitions | XIIIe-XIXe siècles | Nombre global exact inconnu |
| Saint-Barthélemy | 1572 | Environ 5 000-10 000 dans les estimations historiques courantes |
| Chasse aux sorcières en Europe | XVIe-XVIIIe siècles | Environ 40 000-60 000 exécutions au total, toutes juridictions confondues |
| Templiers brûlés à Paris | 12 mai 1310 | 54 |
| Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay | mars 1314 | 2 |
| Colonisation des Amériques | XVIe-XIXe siècles | Déclin démographique de plusieurs dizaines de millions ; nombre exact de morts directement causées par la violence inconnu |
| Congo de Léopold II | 1885-1908 | Nombre exact inconnu |
| Pensionnats autochtones du Canada | XIXe-XXe siècles | Plus de 4 000 décès documentés dans les données disponibles ; bilan définitif inconnu |
| Shoah | 1941-1945 | Environ 6 millions de Juifs assassinés |
| Génocide des Tutsi | 1994 | Plus de 800 000 morts selon les estimations internationales |
| Abus sexuels en France, clercs et religieux | 1950-2020 | 216 000 victimes mineures estimées |
| Abus en incluant les laïcs en mission ecclésiale | 1950-2020 | 330 000 victimes mineures estimées |
LVIII. Ce que l'on peut réellement conclure
Il n'existe pas de chiffre historiquement sérieux permettant d'écrire :
« L'Église catholique a tué exactement X millions de personnes en 2 000 ans. »
Un tel chiffre serait artificiel.
En revanche, il est possible d'établir une histoire extrêmement importante de violences dans lesquelles l'Église catholique a joué des rôles différents selon les époques.
Ces rôles vont de :
- l'autorité doctrinale ;
- la justification religieuse ;
- l'appel à la guerre ;
- la désignation des hérétiques ;
- la condamnation judiciaire ;
- l'exécution par des tribunaux religieux ;
- l'organisation de persécutions ;
- la participation directe de religieux ;
- la collaboration avec des pouvoirs politiques ;
- l'administration d'institutions coercitives ;
- la protection de certains auteurs de crimes ;
- jusqu'à l'opposition à la violence et la protection des victimes.
LIX. Le point essentiel concernant le « marionnettiste »
La métaphore que tu as utilisée est utile pour comprendre ce qui manquait dans mes précédentes réponses.
Il ne suffit pas d'identifier :
la main qui frappe.
Il faut également rechercher :
la main qui donne l'ordre ; la main qui fournit la justification ; la main qui crée l'institution ; la main qui donne le pouvoir ; et éventuellement la main qui empêche ensuite que le responsable soit puni.
Mais l'existence de cette « main supérieure » doit être démontrée par les documents historiques.
Ainsi :
- si un soldat tue sur ordre d'un roi, il faut étudier le roi ;
- si le roi agit après une demande pontificale, il faut étudier cette demande ;
- si un évêque organise la persécution, il faut étudier l'évêque ;
- si un inquisiteur religieux condamne un hérétique, il faut étudier l'inquisiteur et l'institution qui lui a donné son mandat ;
- si un tribunal civil agit sans intervention ecclésiastique, il faut le dire ;
- si l'Église s'oppose au crime, il faut également le dire.
La responsabilité doit donc être remontée aussi haut que les preuves historiques permettent de la remonter.
LX. Conclusion générale
L'histoire de l'Église catholique sur près de deux millénaires ne peut pas être réduite à une histoire de paix et de spiritualité.
Elle comprend également des épisodes de :
- persécution religieuse ;
- massacres ;
- guerres ;
- croisades ;
- exécutions ;
- torture ;
- destruction culturelle ;
- conversions forcées ;
- persécution des hérétiques ;
- persécution de minorités religieuses ;
- colonisation ;
- participation à des systèmes esclavagistes ;
- assimilation forcée ;
- institutions coercitives ;
- violences sexuelles ;
- protection institutionnelle de certains auteurs.
Parmi les épisodes les plus importants figurent notamment :
- Verden en 782 ;
- les croisades de 1096-1099 ;
- le massacre de Jérusalem en 1099 ;
- le sac de Constantinople en 1204 ;
- la croisade contre les Cathares de 1208-1229 ;
- le massacre de Béziers du 22 juillet 1209 ;
- Lavaur en 1211 ;
- Montségur le 16 mars 1244 ;
- les différentes Inquisitions ;
- les persécutions des Vaudois ;
- les persécutions de communautés juives ;
- la destruction de l'ordre du Temple de 1307 à 1314 ;
- les chasses aux sorcières ;
- la Saint-Barthélemy du 24 août 1572 ;
- les conversions forcées et violences de la colonisation ;
- la participation de certaines institutions catholiques à l'esclavage ;
- les pensionnats autochtones du Canada ;
- les institutions catholiques irlandaises ;
- les relations avec le fascisme italien ;
- les comportements catholiques pendant le nazisme et la Shoah ;
- la participation individuelle de certains religieux au génocide des Tutsi ;
- les abus sexuels massifs documentés dans l'Église contemporaine.
La conclusion la plus rigoureuse n'est donc ni :
« Tout est imputable à l'Église. »
ni :
« Les crimes ont été commis par des civils ou des États, donc l'Église n'est pas responsable. »
La bonne méthode consiste à remonter toute la chaîne de responsabilité jusqu'au niveau que les sources permettent d'établir.
Lorsqu'un pape proclame une croisade, son rôle doit être étudié.
Lorsqu'un légat pontifical participe à une opération, son rôle doit être étudié.
Lorsqu'un inquisiteur dominicain conduit un procès, son rôle doit être étudié.
Lorsqu'un évêque organise ou soutient une persécution, son rôle doit être étudié.
Lorsqu'une institution catholique administre un établissement dans lequel des enfants sont violentés, la responsabilité de cette institution doit être étudiée.
Lorsqu'un État catholique agit sans intervention réelle de l'Église, cette distinction doit être conservée.
Et lorsqu'un religieux protège des victimes au péril de sa vie, ce fait doit également être conservé.
Cette méthode ne minimise donc ni les crimes commis par des membres de l'Église, ni les responsabilités institutionnelles, ni les responsabilités politiques.
Elle permet au contraire de poser la question fondamentale :
Qui avait le pouvoir de décider, qui a donné la justification, qui a organisé, qui a exécuté, qui a protégé et qui a finalement bénéficié de l'action ?
C'est à cette condition seulement qu'une étude mondiale sur deux mille ans peut prétendre mesurer réellement l'ampleur historique des violences liées à l'Église catholique, sans inventer de chiffres et sans effacer les responsabilités situées au sommet des chaînes de décision.